Billets publiés le 22 avril 2013

La ville est loin d’être l’une des plus riches de Chine et, pourtant, elle plante ses immeubles avec aplomb le long du fleuve Yalu. Bienvenue à Dandong! Population : 740 000.

La ville de Dandong, en Chine, à la frontière avec la Corée du Nord. Photo : Lei Yang
Photo : Lei Yang

Le contraste avec la ville voisine, sur la rive orientale du fleuve, est saisissant. Le fleuve sépare la Chine de la Corée du Nord. Aussi bien dire qu’il sépare deux mondes.

Dans certains de ces grands immeubles, des restaurants offrent une vue panoramique sur l’un des pays les plus pauvres de la planète. Ici, des convives se gavent, attablés non loin d’un généreux buffet, tandis que là-bas, on meurt de faim. Abondance rime avec indécence.

D'un côté du fleuve Yalu, la Chine, et de l'autre, la Corée du Nord
D’un côté du fleuve Yalu, la Chine et ses immeubles illuminés, de l’autre, la Corée du Nord, dans le noir. Photo : Lei Yang

Une banderole rouge typiquement chinoise
Une banderole rouge typiquement chinoise. Photo : Lei Yang

Sur cette banderole, les grands caractères blancs nous annoncent la foire printanière de l’immobilier à Dandong. De l’autre côté de la rivière, pas de trace de boom. On devine la modeste silhouette de Sinuiji, ville nord-coréenne qui compte tout de même 350 000 habitants. Là-bas, les arbres sont encore les rois de l’horizon, aucun bâtiment ne dépasse leur cime.

Si la Chine bâtit avec frénésie – il n’est pas rare de compter les grues par dizaine, surtout dans les villes de province, longtemps tenues à l’écart du développement fulgurant –, en Corée du Nord, le temps semble s’être arrêté.

Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle.
Ce chantier, en Corée du Nord, semble sorti tout droit d’un autre siècle. Photo : Lei Yang

Le jour de notre passage, on pouvait voir les travailleurs s’avancer un par un jusqu’aux abords du fleuve. Ils y plongeaient un seau pour y recueillir l’eau glaciale, probablement pour faire du ciment. Aucune machine n’était visible. En bordure du chantier, quelques vélos attendaient patiemment la fin de la journée.

Le pont brisé est un des symboles de la ville de Dandong.

Le pont brisé est l’un des symboles de la ville de Dandong. Construit au début des années 1900, il a été bombardé par les Américains pendant la guerre de Corée. Aujourd’hui, c’est au bout de ce pont fracturé que les touristes chinois viennent payer 5 yuans pour entrevoir la vie chez leur troublante voisine. Plusieurs agences de voyages de Dandong proposent des séjours en Corée du Nord.

Pourtant, bien des Chinois n’ont aucune envie d’aller jouer les touristes dans la dernière dictature stalinienne du monde. « Les gens sont tellement pauvres, ils ont si peu à manger que si je sortais un biscuit pour le manger, ils me sauteraient dessus pour l’attraper », me disait une dame chinoise sur la promenade le long du fleuve.

Le pont de l'amitié sino-coréenne

Pourtant, des produits chinois traversent bel et bien le fleuve. Le pont de l’amitié sino-coréenne, lui aussi détruit pendant la guerre de Corée, mais reconstruit ensuite, est un des rares liens routiers et ferroviaires avec la Corée du Nord. C’est d’ailleurs à Dandong qu’on enregistre le plus d’échanges commerciaux entre les deux pays.

Halte touristique à la frontière sino-coréenne

Les contradictions ne manquent pas à la frontière sino-coréenne. À cette minihalte touristique, sur les étalages de vendeuses chinoises, on retrouve pêle-mêle des bustes de Mao, de la fausse monnaie nord-coréenne et autres bibelots made in China. La Chine a beau être dirigée par le Parti communiste, elle est devenue aujourd’hui un temple de la consommation. À mille lieux, donc, de la Corée du Nord, même si en cet endroit précis, surnommé « La traversée d’une enjambée », la rivière est si étroite qu’un seul bond suffit pour sauter par-dessus la frontière.

Deux employées nord-coréennes de l'hôtel. Elles portent le « hanbok », l'habit traditionnel coréen.
Deux employées nord-coréennes de l’hôtel. Elles portent le « hanbok », l’habit traditionnel coréen.Photo : Lei Yang

La Corée du Nord changera-t-elle un jour? Ce totalitarisme crispé en a-t-il encore pour longtemps? Nul ne le sait. Mais certains croient que la petite sœur pourrait imiter la grande et emprunter lentement la voie des réformes économiques. On apprenait cette semaine que Pyongyang allait envoyer 120 000 travailleurs en Chine. Notre hôtel à Dandong comptait déjà une centaine de travailleurs nord-coréens. Leur employeur verse 1500 yuans (environ 250 $CA) par mois au gouvernement nord-coréen, qui ne leur en redonne que 200 environ (33 $CA).

Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme
Des paysans nord-coréens se servant d’un bœuf comme bête de somme. Photo : Lei Yang 

Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.
Des bateaux attendent les touristes qui veulent s’offrir une vue de la Corée du Nord depuis le fleuve Yalu.

Un beau ciel bleu sans smog ni fumée en Corée du Nord
Photo : Lei Yang

Ironie du ciel : l’économie moribonde de la Corée du Nord signifie que les taux de pollution n’ont rien à voir avec ceux des grands centres industriels chinois.


Le caméraman Andrew Lee et moi. Photo : Lei Yang