Billets publiés en mars 2013

Un pape africain?

Mercredi 13 mars 2013 à 12 h 27 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

L’Église est-elle prête à élire le premier pape noir de son histoire? L’archevêque de Cape Coast, au Ghana, pense que non. « C’est très difficile de changer les perceptions des gens à l’endroit des Noirs, dit l’archevêque Mattias Nketsiah. Je ne dis pas que l’Église est raciste, mais la perception est là. Le niveau de tolérance m’inquiète. »

Le religieux connaît depuis 50 ans le cardinal ghanéen Peter Turkson, le plus sérieux des papabili africains. Ils ont étudié au petit et au grand séminaire ensemble. « C’est un homme très intelligent, un grand intellectuel, mais en même temps, il aime se mêler aux gens de la rue. Il est très sensible aux problèmes des gens. »

L’archevêque, qui a été nommé par le cardinal Turkson, est convaincu que son ami a toutes les qualités nécessaires pour devenir un grand pape. « Je dois être honnête, dit-il, tout le monde est-il prêt à accepter qu’une personne du Tiers-Monde soit capable d’affronter les problèmes de l’Église? Les gens ont une mauvaise perception des capacités des gens qui viennent d’Afrique, du Tiers-Monde. »

Maison natale du cardinal Peter Turkson à Nsuta, au Ghana
Maison natale du cardinal Peter Turkson à Nsuta, au Ghana

Des enfants devant la maison où le cardinal Peter Turkson et ses neuf frères et soeurs ont été élevés à Nsuta, ville minière à l'ouest du Ghana
Des enfants devant la maison où le cardinal Peter Turkson et ses neuf frères et soeurs ont été élevés à Nsuta, ville minière à l’ouest du Ghana

Les catholiques ici veulent croire que l’avènement d’un pape africain est possible. Quand on leur demande s’ils croient aux chances du cardinal Turkson, les Ghanéens nous répondent : « Pourquoi pas? Rien n’est impossible à l’Esprit saint, Dieu est capable de tout. » Tout en priant très fort pour l’élection d’un pape africain, les catholiques disent aussi que le prochain pape, quel qu’il soit, aura beaucoup de travail à faire en Afrique.

« Les gens ne croient plus en Dieu », tranche la sœur missionnaire Gana Ewidge, qui était au Rwanda lors du génocide. « S’il y a Dieu, pourquoi y a-t-il la guerre entre deux familles? Si Dieu est là, pourquoi doit-on avoir des calamités, comme la famine? C’est la question que les gens se posent en Afrique, dit-elle. Ce qui fait que le christianisme est en train de se dégrader. »

Une grand-mère au marché de Cape Coast. Elle porte une coiffe de cardinal en appui au papabile du Ghana, Peter Turkson
Une grand-mère au marché de Cape Coast. Elle porte une coiffe de cardinal en appui au papabile du Ghana, Peter Turkson.

Enfants de pêcheurs à Cape Coast, la région du Ghana qui compte le plus grand nombre de catholiques. Les affiches religieuses sont partout.
Enfants de pêcheurs à Cape Coast, la région du Ghana qui compte le plus grand nombre de catholiques. Les affiches religieuses sont partout.

Petite princesse catholique à la messe de l'église St. John the Baptist, à Cape Coast
Petite princesse catholique à la messe de l’église St. John the Baptist, à Cape Coast

En fait, beaucoup de catholiques quittent l’Église de Rome au profit d’églises évangélistes, charismatiques. Des églises qui font de prétendus miracles, acceptent la contraception, permettent aux femmes de devenir prêtres, aux pasteurs de se marier et aux fidèles de prier librement, sans liturgie contraignante. « Le prochain pape, n’importe quel pape, doit changer au niveau du charisme. Dans nos églises, il n’y a pas de miracle, il n’y a pas de vie. Les jeunes maintenant veulent quelque chose de charismatique, ils veulent prier dans le chant, dans la danse », plaide la religieuse.

De 2000 à 2012, la proportion de catholiques au Ghana a diminué de 16 à 13 %. Celle des évangélistes et des charismatiques a grimpé de 24 à 28 %.

Cathédrale catholique de Cape Coast
Cathédrale catholique de Cape Coast

Cape Coast, au Ghana, vue du balcon de la cathédrale
Cape Coast, au Ghana, vue du balcon de la cathédrale

Cette semaine s’ouvrait à Pékin l’Assemblée nationale populaire, qui marque la dernière étape de la longue transition politique en Chine.

C’est à l’issue de cette session du Parlement chinois que le pays aura enfin un nouveau président. Au 18e congrès du Parti communiste, en novembre dernier, Xi Jinping est devenu secrétaire général du Parti. Cette fois-ci, un vote, qui n’est essentiellement qu’une formalité, viendra entériner l’accession de Xi Jinping au pouvoir.

Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l'Assemblée nationale populaire de Chine
Wen Jiabao, le premier ministre sortant, à l’Assemblée nationale populaire de Chine. Photo : Kas Roussy

Une élection marquera aussi l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Li Keqiang. Mais avant de lui céder la place, Wen Jiabao, le premier ministre sortant, a, comme le veut la tradition, prononcé son discours d’adieu.

Lors de cette allocution de près de deux heures, Wen, 70 ans, a fait état de « victoires éclatantes ». Les Jeux olympiques, la croissance économique, la montée en puissance de la Chine, notamment sur le plan militaire, avec l’entrée en service de son tout premier porte-avions…

Ce rapport, truffé de statistiques, nous permettait d’apprendre que :

  • 19 700 km de nouvelles voies ferrées, dont 8951 km de lignes à grande vitesse, ont été construites depuis cinq ans (la Chine a aujourd’hui le plus grand réseau de TGV au monde);
  •  on compte désormais 21,5 voitures pour 100 ménages urbains, une hausse de 15,5 depuis 2007 (la Chine a aussi, malheureusement, parmi les pires problèmes de pollution atmosphérique au monde).

Wen Jiabao a aussi parlé de certains défis auxquels le gouvernement sera confronté au cours des prochaines années : pollution, urbanisation, fossé entre riches et pauvres. Il a aussi discrètement rappelé aux quelque 3000 délégués l’importance de lutter contre le fléau de la corruption.

Les représentants du gouvernement chinois arrivent en bus au palais de l'Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

D’ailleurs, pour projeter une image plus sobre, loin des scandales des récents mois (une fortune potentielle évaluée à 2,7 milliards de dollars pour la famille de Wen Jiabao, 192 maisons pour un simple fonctionnaire du sud de la Chine), on a demandé aux représentants du gouvernement de laisser leur voiture de luxe à la maison et de se rendre au palais de l’Assemblée du peuple en bus.

Catherine Mercier interviewe une déléguée de la minorité zhuang lors de l'Assemblée nationale populaire de Chine.
Photo : Kas Roussy

Parmi les quelque 3000 délégués, on compte des représentants des 56 minorités de la Chine. Cette dame, de la minorité zhuang, vient du Guangxi, dans le sud du pays. Les délégués ne sont pas élus, mais plutôt choisis par le comité central du Parti communiste. Les trois quarts d’entre eux sont membres du Parti communiste.

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple.
Photo : Kas Roussy

Certains délégués sont de véritables célébrités qui provoquent la cohue au moment d’entrer dans le palais de l’Assemblée du peuple. Au milieu de la mêlée, se trouve ici un entrepreneur du Sichuan, qui est l’un des hommes les plus riches de Chine.

Fait intéressant, les délégués, qu’ils représentent une zone rurale ou urbaine, n’ont pas le droit d’avoir un bureau avec une petite plaque les identifiant clairement (à la manière de nos députés). Des Chinois se sont certes plaints du fait qu’ils n’arrivaient pas à entrer en contact avec leur représentant, mais la règle demeure. Est-ce que cette pratique « à l’occidentale » menacerait l’autorité toute-puissante du gouvernement? Nul ne le sait. Une chose est sûre, l’opacité règne…

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, la place Tiananmen est fermée aux visiteurs et les mesures de sécurité sont renforcées.Photo : Kas Roussy

 

Un « wujing », policier armé
Un « wujing », policier armé. Photo : Kas Roussy

 

Avec la tenue de l'Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte.
Avec la tenue de l’Assemblée nationale populaire, les pompiers sont aussi sur un pied d’alerte. Photo : Kas Roussy

Rebaptisés ironiquement la « brigade anti-immolation » par la presse étrangère, ces pompiers sont en poste au beau milieu d’une immense place pavée et bétonnée, où les risques d’incendie sont pour le moins faibles. En fait, ils sont là pour assurer qu’aucune manifestation ne vienne troubler l’Assemblée. Depuis 2009, plus de 100 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre le gouvernement chinois. Aucun n’a posé ce geste au cœur de la capitale chinoise.

L’Assemblée nationale populaire prendra fin le 17 mars.

Le plafond du palais de l'Assemblée du peuple
Le plafond du palais de l’Assemblée du peuple. Photo : Kas Roussy