Blogue de Luc Chartrand

Couvrir la guerre avec les plus faibles

mardi 27 novembre 2012 à 8 h 57 | | Pour me joindre

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L'équipe de Radio-Canada en Syrie
Couvrir une guerre peut devenir une expérience très différente, selon que l’on se trouve du côté de l’armée la plus forte ou avec la plus faible. Les rebelles syriens appartiennent sans l’ombre d’un doute à la seconde catégorie.

Certains d’entre nous avaient déjà été « embeddés » dans les armées canadienne ou américaine, en Afghanistan ou en Irak. Même si de telles couvertures sont dangereuses, les journalistes y bénéficient au moins de la protection que confère la supériorité militaire des soldats qu’ils accompagnent. Ceux-ci ont les meilleures armes, de bons moyens de communication et un accès à des secours médicaux d’urgence ou d’évacuation.

Rien de tel quand on se trouve du côté d’une milice rebelle telle que celles qui se battent en Syrie.

Pendant toute la semaine que nous avons passée sur ce front, il nous a fallu d’abord passer au silence radio. Nous avons dû retirer les cartes à puces de nos cellulaires, car les méthodes de détection modernes permettent de les localiser et de les suivre. Pas de protection non plus sur la route où nous avons dû nous déplacer dans un vieux minibus déglingué.

Les rebelles que nous allons rencontrer s’abritent souvent dans des écoles. Les forces de l’armée gouvernementale connaissent leurs emplacements et celles-ci sont souvent bombardées. S’ils choisissent ces bâtiments, c’est parce qu’ils sont construits en béton et peuvent — on l’espère — résister aux bombes.

Nous voyageons aussi avec un ange gardien. Il s’appelle John Heron. C’est notre conseiller en sécurité. John a servi pendant 16 ans dans les forces spéciales britanniques, les SAS, et travaille depuis 10 ans dans le secteur privé comme conseiller en sécurité en zone dangereuse. C’est un homme calme. Il surveille constamment et évalue les risques. Il nous fait ses recommandations. C’est ensuite à l’équipe de décider si le jeu en vaut la chandelle et s’il faut avancer.

John est aussi formé en secours d’urgence. Il transporte avec lui une panoplie d’équipements fascinants : poudres coagulantes ultrarapides pour stopper une hémorragie, appareils d’injection nasale pour la morphine, pic pour creuser le tibia en cas de nécessité d’y injecter dans la moelle un médicament salvateur… Nous n’avons bien sûr rien utilisé de tout ça. Inch Allah!