Blogue de Manon Globensky

Chronique postélectorale américaine

Jeudi 15 novembre 2012 à 16 h 28 | | Pour me joindre

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Les leçons qu’en tire Mitt Romney

Mitt Romney ne s’est pas expliqué publiquement depuis sa défaite, mais l’enregistrement (encore un!) d’une conférence téléphonique avec les riches donateurs qui ont financé sa campagne lève le voile sur la façon dont il explique la victoire du président Obama.

M. Romney dit que la campagne Obama s’est concentrée sur les éléments importants de sa coalition électorale, c’est-à-dire les jeunes, les minorités et les femmes, qu’elle leur a fait des « cadeaux »  importants et s’est ensuite assurée qu’ils iraient voter en grand nombre. Par cadeaux, il entend par exemple :

  • certains avantages de l’Obamacare;
  • la politique qui inclut les moyens contraceptifs, dont la pilule, dans ce qui est remboursé par l’assurance fournie par l’employeur;
  • sa main tendue aux jeunes immigrants arrivés illégalement au pays avec leurs parents et qui ont maintenant un statut légal et la possibilité de travailler pour deux ans, renouvelable.

Donc ce n’est pas de sa faute, ce n’est pas de la faute du Parti républicain, malgré tous les commentaires après les élections comme quoi le parti devait faire un examen de conscience et trouver une façon de faire de la place aux minorités, aux jeunes et aux femmes, parce que son électorat d’hommes blancs diminue à vue d’œil.

C’est tout simplement que le président Obama a su s’acheter un autre mandat en utilisant l’État providence pour fidéliser ses électeurs.

Alors, on est de retour au 47 %?

Mitt Romney a eu beau jurer, après que la vidéo clandestine de ses propos à des donateurs en Floride ait fait surface durant la campagne, qu’il faisait campagne pour 100 % des Américains, on peut se demander ce qu’il pensait vraiment.

Rappelez-vous que M. Romney avait dit que 47 % des électeurs américains ne voteraient jamais pour lui parce qu’ils refusent d’être responsables de leur vie, qu’ils préfèrent se fier à l’État providence et donc qu’ils sont acquis à Barack Obama, beau temps mauvais temps.

Quelle est la différence avec son explication actuelle de la défaite? Mitt Romney semble acquis à la théorie des « makers and takers », qui veut que tous les républicains soient des « makers », des gens qui prennent les choses en main, et tous les démocrates, des « takers »,  des accros à tout ce que l’État peut faire à leur place.

Mitt Romney n’est pas seul

La conférence des gouverneurs républicains, à Las Vegas, fait entendre des voix qui vont tout à fait dans le sens de M. Romney. Par exemple, un sondeur du parti, Glenn Bolger, a expliqué que les jeunes adultes s’identifient plus au socialisme parce qu’ils sont paresseux, satisfaits de ne pas travailler et de vivre dans le sous-sol chez leurs parents. L’ancien gouverneur Haley Barbour constate que le parti n’a pas perdu par une grande marge, 2 %, alors ce n’est pas une si grande victoire pour Barack Obama, et surtout pas un effondrement total du Parti républicain.

Les cadeaux étaient-ils seulement chez les démocrates?

Enfin, une chose m’échappe dans la logique de Mitt Romney : ne promettait-il pas lui aussi des cadeaux à quiconque voterait pour lui? La promesse d’une baisse des taux d’imposition? La promesse de ne pas toucher ni à Medicare ni à la sécurité sociale pour les 10 prochaines années? Celle de se débarrasser des nouveaux règlements sur les institutions financières? Tous des « cadeaux » ciblés vers des éléments importants de sa base électorale, les plus aisés et les plus âgés.

Sans surprise, le porte-parole de la Maison-Blanche, Jay Carney, trouve que l’interprétation du résultat des élections que fait Mitt Romney ne colle pas avec la réalité.

À lire

Si vous pouvez le retrouver, cet article du magazine Time donne un coup d’œil éclairant sur la réalité du rôle de l’État dans la vie de tous les jours, même pour ceux qui se voient comme des « makers » qui prennent les choses en main.