Billets publiés en novembre 2012

La crise syrienne

Vendredi 30 novembre 2012 à 21 h 20 | | Pour me joindre

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Mon reportage diffusé à Une heure sur terre le 30 novembre :

 

Venir, repartir…

Vendredi 30 novembre 2012 à 9 h 46 | | Pour me joindre

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Un habitant d'Alep
Un habitant d’Alep

Retour demain à Montréal… Je lis qu’il y fait nettement moins chaud qu’à Killis, petite ville turque où nous sommes, à 5 km de la frontière syrienne. Moi et mon collègue Luc Chartrand avons même passé quelques instants sur une terrasse de café, en compagnie d’Ahmed, un réfugié qui a fui Alep il y a trois mois.

À Killis, des Syriens, il y en a beaucoup. Certains sont dans des camps, mais d’autres, ceux qui le peuvent, ont pris un appartement dans la ville. Si proches, mais si loin de chez eux… Aujourd’hui, impossible de joindre ceux qui sont restés là-bas, où plus rien ne fonctionne, ni Internet ni téléphone. Rien de rassurant.

Killis ne connaît pas les bruits de la guerre, mais elle en a la tristesse. Le soir, dans ce café où nous sommes allés, des familles entières viennent pour fumer une chicha, échanger des nouvelles, pendant que les enfants, privés d’école, sautent sur le trampoline installé sur la terrasse. De ceux qui sont partis, on dit généralement qu’ils sont « sains et saufs », pour reprendre la formule consacrée. Physiquement, peut-être. Pour le reste, sort-on vraiment indemne d’une tragédie comme celle-là?

Je disais que nous repartions pour Montréal demain matin. Ces derniers jours, nous avons raconté ce que nous avons vu à Alep.

Peut-être pas de quoi tomber à terre, a écrit Pierre Foglia, dans une de ses chroniques. Entièrement d’accord, ce n’est pas nous qui tombons. Mais pour ceux qui ont perdu la vie, leurs proches, leur maison, c’est le monde qui s’écroule. Et tant que leur monde s’écroulera, il faudra le dire, et le redire, jusqu’à ce qu’il cesse de s’écrouler.

En repartant, je penserai à tous ces gens qui nous ont livré leur histoire sans jamais nous dire qu’elle avait déjà été racontée, qu’il n’était pas nécessaire de venir. À ces enfants qui nous ont souri en tournant autour de la caméra de Sylvain et de Marie-Ève, sa réalisatrice. À ces hommes et ces femmes inquiets et en colère, qui veulent que la paix revienne, et avec elles, ceux qui ont fui les bombes et le chaos.

Quant à nous, nous ne faisions que passer et ramasser au passage des fragments de vies menacées de mort. Mais nous n’avons pas fait que notre métier. Modestement, nous sommes venus dire à tous ces gens, chaleureux et accueillants malgré le drame, que nous n’y étions pas indifférents. Et que notre vie ne valait pas mieux que la leur.

Le téléphone est coupé

Vendredi 30 novembre 2012 à 8 h 20 | | Pour me joindre

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Les communications (cellulaires, lignes terrestres et Internet) sont coupées dans tout le pays :

La colère des gens d’Alep

Jeudi 29 novembre 2012 à 18 h 13 | | Pour me joindre

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Dans tout Alep en guerre, ce qu’il manque, c’est l’argent. « Il n’y a plus de travail et les prix n’arrêtent pas de s’envoler, disent des hommes avides de paroles. Ajoutez les bombes et les tireurs embusqués, voilà notre vie. Qu’Allah fasse triompher la justice! Le mazout est cher, le pain est cher, et puis il n’y a plus d’électricité. »

Où sont les femmes?

Jeudi 29 novembre 2012 à 11 h 58 | | Pour me joindre

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« Où sont les femmes? » se demandait dans une chanson assurément sexiste Patrick Juvet dans les années 70. C’est le refrain improbable qui me trotte en tête depuis une semaine. À voir notre couverture de la guerre qui embrase la Syrie depuis presque deux ans, on peut en effet se poser la question : où sont les femmes?

Elles sont bien là, devant la boulangerie, à faire la queue bien à l’écart des hommes. Mais impossible de les approcher avec notre caméra sans qu’un homme généralement armé nous bloque le passage. Au marché d’un quartier populaire d’Alep, les hommes se sont bousculés pour nous crier leurs frustrations devant une vie qu’ils ne contrôlent plus et qui coûte de plus en plus cher. À la seule vue de notre groupe, les femmes elles, baissaient le regard quand elles ne rebroussaient pas carrément chemin.

Elles ne prennent pas les armes, mais dans tous les conflits, les femmes ne se battent pas moins pour autant. Ce sont elles les mères qui rassurent leurs enfants apeurés par le bruit des bombes, ce sont elles qui enterrent un mari ou un fils tombé au combat. Mais nos tentatives de recueillir leurs témoignages se sont avérées un exercice de frustration.

Les jeunes filles se laissent plus facilement approcher.

Au marché, difficile d’interroger les femmes.

Une jeune fille dans un marché d’Alep

Je n’ai pas connu Alep avant la guerre. Et avec l’omniprésence des miliciens, qui font désormais la loi, arme à la main, dans les secteurs contrôlés par l’Armée syrienne libre, difficile de juger à quel point le courant d’islamisme, dans le sillage des rebelles, explique cette pudeur farouche des femmes ici. La Syrie est un pays multiconfessionnel où cohabitent chrétiens et musulmans de toutes confessions depuis des millénaires. Ces jours-ci, on ne devine rien de cet héritage dans la cité commerciale. Pas une seule tête sans voile ne s’aventure dans la rue.

Des milices, nous en avons côtoyées plusieurs pendant cette semaine en Syrie. Leurs discours étaient immanquablement imprégnés de ferveur religieuse. Un peu à la blague, je prétendais pouvoir déterminer le degré d’intégrisme religieux d’un rebelle, selon qu’il accepte de me serrer la main ou pas. Certains n’osaient même pas me regarder. D’autres me vantaient les vertus de la charia, la loi islamique, strictement appliquée. Le port du voile obligatoire pour les femmes, bien sûr, mais aussi les dispositions punitives comme les mains coupées pour les voleurs.

Abou Muhamdine nous dit qu’il se bat d’abord pour l’islam.

Une milice se réchauffe entre les combats dans la vieille ville d’Alep.

Quand nous avons quitté M. Adam, un fonctionnaire qui nous a confié à visage couvert ses craintes pour l’avenir de son pays, il m’a spontanément embrassée sur les deux joues en pleine rue. Une marque d’affection banale chez nous, mais dans cette Syrie nouvelle qui se dessine à la pointe de mitraillettes, son élan m’a semblé être un geste de résistance. Dans cette courte embrassade, j’ai senti que M. Adam ne se demandait pas où sont les femmes, mais plutôt, où vont les hommes.

« Deviens qui tu es »

Jeudi 29 novembre 2012 à 9 h 39 | | Pour me joindre

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Avant de nous envoler pour la Turquie, vers la Syrie, nous avions quitté nos collègues de Radio-Canada un peu à la sauvette. Leurs poignées de main et leurs bises nous témoignaient de leur amitié. Mais leurs mines attristées étaient celles d’un salon funéraire. Nous étions touchés par leur empathie, mais elle venait briser la bulle de sérénité et de détachement que l’on essaie de créer autour de soi avant de partir en zone dangereuse.

Et cette question, toujours, à laquelle il est impossible de répondre : « Pourquoi? »

Cette nuit, comme nous roulons dans la campagne syrienne après avoir évacué Alep, devenue trop dangereuse pour nous, Sylvain Castonguay et moi avons le cœur à philosopher.

Pourquoi en ce moment, alors que nous venons de frôler la mort, sommes-nous si sereins et, oui, essentiellement heureux?

C’est à ce moment que le « Grand Pourquoi », la question si souvent posée par nos camarades, par nos amis et nos familles nous revient.

Je cite à Sylvain cette phrase tirée d’un roman de John Le Carré : « Il nous faut parfois entreprendre quelque chose avant d’en comprendre la raison. Nos actions sont souvent des questions. Non des réponses. »

Les réponses ne sont pas toujours rationnelles. Il y a quelques années, mes patrons m’avaient donné une nuit pour réfléchir avant d’accepter de partir à la guerre en Irak. Une nuit à soupeser rationnellement toutes données et à conclure que, bien sûr, j’allais dire non. Mais pendant que mon cerveau rationnel me tenait ce discours avec insistance, je ne pouvais empêcher mon autre hémisphère, celui du rêve et de l’irrationnel, de me projeter, déjà en pensée, au cœur des événements à venir. À la fin, c’est la part irrationnelle qui l’avait emporté.

Sylvain me cite cette phrase de Nietzsche, qui l’a marqué : « Deviens qui tu es. »

« Aujourd’hui, poursuit Sylvain comme notre véhicule tressaute toujours sur la route cahoteuse, je réalise que dans ces moments où je me trouve sur la ligne de front, je me sens toujours à l’aise. À ma place. »

« C’est peut-être que je suis devenu qui je suis! », conclut-il avec un grand sourire.

Ce soir, nous sommes vivants. Nous sommes au cœur d’une aventure. Nous sommes devenus qui nous sommes.

La guerre, dans toute son horreur

Mercredi 28 novembre 2012 à 23 h 31 | | Pour me joindre

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Je vous entraîne dans un hôpital de la ville d’Alep, rasé quelques minutes plus tard par l’aviation syrienne. L’établissement n’est plus que décombres… et un tombeau pour une quarantaine de personnes qui s’y trouvaient. Une médecine de guerre, avec très peu de moyens.

Crise en Syrie : la France s’impose

Mercredi 28 novembre 2012 à 21 h 50 | | Pour me joindre

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La France veut continuer à jouer un rôle-clé avec les rebelles du régime syrien :

La vie en temps de guerre

Mercredi 28 novembre 2012 à 17 h 54 | | Pour me joindre

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Témoignage d’un citoyen d’Alep qui vit dans un quartier contrôlé par les rebelles : « La vie est plus dure qu’avant. Avant c’était la simplicité, le travail. Maintenant on ne peut pas marcher facilement, surtout après 7 h, 6 h du soir. Avant on pouvait marcher à minuit, à 2 h du matin, aller dans les souks. Maintenant c’est le contraire. Il y a toujours des bombardements. On a perdu plusieurs enfants, plusieurs familles. »

J’en parle à Désautels :

Bombarder un hôpital

Mercredi 28 novembre 2012 à 17 h 24 | | Pour me joindre

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Même les hôpitaux sont la cible des bombes. L’hôpital Dar al-Chifa a été bombardé plusieurs fois avant notre arrivée à Alep. Il a été de nouveau attaqué par l’armée de Bachar Al-Assad pendant qu’on y était. Une quarantaine de personnes ont péri, des dizaines d’autres ont été blessées :