Blogue de Manon Globensky

L’amendement Akin

Mercredi 22 août 2012 à 17 h 20 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Twitter:

manonglobensky

La question de l’avortement revient à l’avant-scène pour les républicains, bien malgré eux.

Todd Akin, élu du Missouri à la Chambre des représentants qui se présente à un poste de sénateur en novembre, connaît son 15 minutes de « gloire ». Ses propos voulant que le corps de la femme ait les moyens d’empêcher la grossesse si elle résulte d’un viol véritable lui ont attiré une condamnation unanime de la classe politique, y compris de la part des plus hautes instances de son parti, le Parti républicain. Mitt Romney ne pouvait pas aller assez vite pour prendre ses distances de M. Akin.

Malgré les pressions, le candidat a décidé de rester dans la course, ce qui pourrait permettre à la démocrate Claire McCaskill de s’accrocher à son siège. Vraisemblablement, sans cette victoire au Missouri, les républicains ne reprendront pas la majorité au Sénat. Todd Akin, lui, croit encore qu’il peut gagner.

En présentant ses excuses, il a expliqué qu’il s’est trompé de mots. Il admet qu’il est possible qu’une femme tombe enceinte après avoir été violée. Mais dans tous les cas, Todd Akin s’oppose à une interruption de cette grossesse. La punition doit être contre le violeur, dit-il, pas contre l’enfant à naître.

Il n’est pas le seul de son parti à penser ça : le candidat pressenti à la vice-présidence, Paul Ryan, un catholique pratiquant, pense la même chose. Et le Parti républicain vient de se prononcer, dans les délibérations sur son programme électoral qui précèdent la convention de la semaine prochaine, en faveur d’un amendement constitutionnel qui interdit l’avortement sans exception. On appelle ça
« l’amendement pour la vie humaine », mais les démocrates se sont empressés de le surnommer
« l’amendement Akin ».

Cette position du Parti républicain n’est pas nouvelle. En fait, le comité n’a fait que renouveler l’inscription de l’amendement pour la vie humaine dans le programme du parti. Mais, en campagne, la position de Mitt Romney, et de son colistier donc, sera plus nuancée : l’avortement peut être permis dans les cas de viol, d’inceste, et quand la vie de la mère est en danger.

Par ailleurs, l’opinion de Todd Akin que les femmes violées tombent rarement enceintes lui vient des écrits d’un médecin antiavortement, John Willke, qui affirme que le traumatisme résultant du viol est suffisant pour empêcher, la plupart du temps, la grossesse. Le Dr Willke faisait partie de l’équipe rapprochée de Mitt Romney lors de sa première campagne d’investiture, en 2008.

Todd Akin dit qu’il aurait dû parler de viols forcés au lieu de vrais viols. Mais même cette notion de viols forcés est contestée. Elle a en fait été introduite dans un projet de loi républicain qui visait à définir le viol de façon plus serrée pour restreindre les remboursements d’avortements par l’assurance fédérale. Devant les protestations, le mot forcé est disparu du projet de loi parrainé tant par Todd Akin que par Paul Ryan.

« Un viol est un viol », a dit le président Barack Obama en réagissant à la controverse Akin, et ce n’est surtout pas à un groupe de politiciens, en majorité des hommes, a-t-il dit, de se mettre à prendre des décisions de santé au nom des femmes.

La controverse Akin n’est pas terminée. Il a jusqu’au 25 septembre pour se retirer de la course, mais il encourra des pénalités.

Les démocrates n’ont pas encore donné la pleine mesure de la façon dont ils comptent exploiter la gaffe aux dépens des républicains, qui ont des difficultés avec l’électorat féminin. Dans le plus récent sondage NBC-News/WSJ, les femmes appuient Barack Obama à 51 %, contre 41 % pour Mitt Romney.