Blogue de Sophie Langlois

Les talibans du Sahara

Jeudi 12 juillet 2012 à 15 h 31 | | Pour me joindre

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J’ai eu une pensée terrible dimanche en voyant les images insoutenables de Najiba, une Afghane de 22 ans, à genoux dans la poussière. Un taliban debout juste à côté tire sur elle neuf coups de fusil à bout portant. La jeune femme s’écroule sous les applaudissements d’une centaine d’hommes criant « c’est la volonté d’Allah ». Le même jour, les pays de l’OTAN qui ont combattu les talibans, dont le Canada, annonçaient une nouvelle aide de 16 milliards à l’Afghanistan.

En voyant la vidéo qui a fait le tour du monde, je me suis dit spontanément : « Dommage que Najiba ne soit pas Malienne. » C’est terrible comme pensée. On ne doit pas comparer les souffrances des peuples. Les Afghans subissent les horreurs de la guerre depuis plus de 30 ans. Et si nos soldats ont fait reculer les talibans, pendant un temps, ces derniers ont clairement regagné beaucoup de terrain. Najiba a été massacrée à une heure de route de Kaboul, et son assassinat insensé mérite toute l’attention qu’il reçoit.

Pourquoi ne parle-t-on pas autant des atrocités que subissent les Maliennes tombées sous le joug d’islamistes lourdement armés qui occupent la moitié nord-est du Mali depuis le 2 avril? Depuis que ces djihadistes du désert ont commencé à détruire les mausolées de Tombouctou, il y a deux semaines, on s’émeut de la destruction de ces joyaux du patrimoine mondial de l’UNESCO. Tant mieux. Cela nous force enfin à regarder un peu du côté du Sahel. Mais encore faudrait-il regarder au-delà des mausolées.

Les images de ces guerriers d’Allah en train de détruire à coups de pioches et de massues un rare trésor de l’histoire africaine, de l’islam africain, sont tristes à pleurer. Cette destruction nous scandalise, à juste titre. Mais pourquoi fait-on si peu de cas des êtres humains qu’on tue juste à côté, des fillettes qu’on viole en public, des couples non mariés qu’on fouette presque à mort, de ces enfants que les islamistes d’Ansar Dine transforment en machine à tuer?

Les djihadistes du Sahel imposent un islam intégriste avec la même violence que leurs complices d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Ils combattent avec les mêmes moyens que d’autres rebelles africains : le viol collectif comme arme de guerre, les enfants comme chair à canon. Pourquoi dépenser des centaines de milliards de dollars à combattre les talibans et Al-Qaïda en Afghanistan et ne rien faire pour arrêter leurs frères africains?

Aujourd’hui, la France évoque pour la première fois une « probable » intervention étrangère au Mali. Les rebelles islamistes auront-ils réussi, en détruisant des joyaux du patrimoine mondial, à réveiller nos gouvernements, qui ne réagissent que si leur opinion publique crie au loup?

Mais si seules les forces de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) sont envoyées au Mali, l’intervention est vouée à l’échec. Ces guerriers du désert sont mieux équipés – merci à Kadhafi – que la plupart des armées nationales de la région. Et ils auront toujours l’avantage du terrain, le Sahara, dont ils connaissent toutes les pistes. Les armées de la France et des États-Unis sont celles qui connaissent le mieux cette immense région désertique qu’on surnomme désormais le « Sahelistan ».