Blogue de Joyce Napier

Sans papiers et sans droits

Mardi 19 juin 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Ils sont 12 millions, plus ou moins.

Le nombre de sans-papiers qui vivent aux États-Unis n’est qu’une estimation. Ils sont fort probablement beaucoup plus nombreux.

Ils arrivent en traversant illégalement la frontière mexicaine à pied. Ils viennent en avion et en auto aussi, munis de visas temporaires, mais ils restent aux États-Unis après la date d’expiration. Ils font des travaux modestes et sont habités par cette peur constante de se faire expulser à tout moment.

Les clandestins arrivent souvent avec de jeunes enfants, des bébés qui grandissent aux États-Unis, vont à l’école, parlent anglais comme des Américains. Mais ils sont néanmoins des sans-papiers qui n’ont pas le droit de s’inscrire à l’université publique ni de se trouver un emploi légal.

Vendredi, cette génération « d’illégaux » – ils sont 800 000 – a reçu la bonne nouvelle : Barack Obama met un stop temporaire aux expulsions de jeunes sans-papiers, ceux qui sont arrivés ici enfants et qui veulent travailler. Des jeunes, a dit le président, qui sont « Américains dans l’âme, mais pas sur papier ».

Les jeunes pourront donc obtenir un permis de travail, mais leurs parents alors? Et les millions d’autres clandestins qui frôlent les murs, qui baissent les yeux quand vous les croisez sur le trottoir? Ceux-là continueront de vivre en marge d’une société bien trop heureuse d’avoir à sa disposition cette main-d’œuvre bon marché.

L’équipe de Washington a passé cinq jours en Arizona au début du mois, l’État où les lois contre l’immigration clandestine sont les plus sévères, l’État par où entrent près de la moitié des sans-papiers qui viennent aux États-Unis. Ils traversent le désert de Sonora à pied… Des centaines y meurent de soif chaque année.

Maria, sans-papiers mexicaine qui vit à Tucson, y a perdu son frère.

Lisette, une Américaine mariée à un clandestin expulsé au Mexique, ne veut pas que son mari le traverse pour revenir.

Des millions de clandestins, des millions d’histoires.

Faut-il accorder des permis de travail à ceux qui ne présentent aucun danger pour la société, ou fermer la frontière et les expulser?  L’Arizona adopte la ligne dure. Une vingtaine d’États songent à emboîter le pas.

Est-ce la bonne solution?