Billets publiés en juin 2012

La campagne électorale est terminée. Les jeux sont faits. Les Mexicains n’ont plus que quelques heures pour se décider. PRI, PAN ou PRD?

Les derniers sondages ont été publiés et ils coïncident, disent les journaux : Enrique Peña Nieto est largement en tête, obtenant de 10 à 17 points d’écart avec le candidat de gauche, Andrès Manuel Lopez Obrador (PRD).

Journaux mexicains

Milenio cite la maison de sondage Mitofski : AMLO a plus de chances de gagner la loterie que de devenir président.

Avec Peña Nieto, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) reprendrait le pouvoir après 12 ans dans l’ombre au niveau fédéral seulement.

Car ces 12 dernières années, le PRI n’a pas disparu, loin de là. Il dirige la majorité des États du Mexique. Les adversaires soulignent que les États les plus violents du Mexique, le long du Pacifique, dans le nord et le golfe du Mexique, sont gouvernés par le PRI.

Enrique Peña Nieto

Peña Nieto a fait campagne sur son bilan comme gouverneur de l’État de Mexico, relativement épargné par la violence. Il dispose d’une impressionnante machine électorale, très bien huilée. Il affirme que le PRI a bien changé et qu’il est capable de résister aux « dinosaures » du parti. Les adversaires en doutent, à commencer par le mouvement étudiant « yo soy 132 » qui manifeste régulièrement contre le retour du PRI.

Le mouvement étudiant « yo so 132 »Alors, faut-il avoir peur du PRI, ce parti autoritaire, notoirement corrompu, qui a gouverné le pays pendant 70 ans d’une main de fer?

Jean-François Prud'homme

Jean-François Prud’homme, analyste politique, vit au Mexique depuis 30 ans. Il est coordonnateur général académique du prestigieux Colegio de Mexico.
 

« Le contexte et les conditions sont très différents de ce qu’ils étaient il y a une vingtaine d’années.

« Le Mexique est un pays qui a changé beaucoup. C’est un pays où l’idée de démocratie, de concurrence politique est bien installée, c’est un pays où il y a une séparation du pouvoir entre l’exécutif, le législatif et le pouvoir judiciaire. C’est un pays aussi qui est doté d’institutions autonomes que ne peut pas contrôler directement le gouvernement. »

Voir le reportage »» 

 

Emilio Alvarez Icaza

 

Emilio Alvarez Icaza, expert en droits de la personne, croit que l’élection de 2006 a interrompu la transition démocratique commencée par l’élection de Vicente Fox du PAN, en 2000. En 2006, Lopez Orbrador (PRD), vaincu par 0,56 % des voix, a crié à la fraude et à l’illégitimité du mandat de Felipe Calderon (PAN).

« Le grand défi est que si le PRI gagne, cela ne signifie pas un recul de la démocratie. Le dilemme du Mexique est de faire en sorte que, quel que soit le gagnant, la transition démocratique progresse. »

 

Égypte : des prières et des larmes

Lundi 25 juin 2012 à 17 h 02 | | Pour me joindre

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chartrlu

Nous attendions les résultats de la présidentielle égyptienne.

Il faisait bien 40 degrés Celsius. Tandis qu’une foule innombrable cuisait sous le soleil de la place Tahrir, avec quelques journalistes, imams et cadres des Frères musulmans, j’attendais derrière l’estrade. Une occasion de fraterniser avec les Frères…

Partout, autour de moi, les gens priaient, paumes levées vers le ciel. Comme Ateya Adlan que j’ai pris en photo.

Ateya Adlan

Un autre Frère, Mahmoud Hassan, me dit : « Je ne prie pas pour Mohamed Morsi. J’ai été emprisonné pour mes idées sous Moubarak. Je prie pour que s’ouvre devant nous la voie de la liberté. » Il ajoute qu’il aime bien Céline Dion.

Pendant ce temps, le vrai héros du jour, c’était le caméraman Yves Chartrand. Trois heures au soleil, juché sur une plateforme branlante, conçue pour tenir quatre personnes, écrasée par une quinzaine! Sur cette photo, il se trouve en haut, juste à gauche de la photographe qui capte toute la lumière avec son chemisier blanc.

Yves avait décroché la meilleure position de toutes les caméras du monde. Son stoïcisme et sa maîtrise de soi ont fait toute la différence au moment de filmer ce moment historique.

Et quel moment!

À l’annonce de l’élection du candidat Mohamed Morsi, j’ai filmé avec mon téléphone les réactions des Frères musulmans qui se trouvaient à mes côtés.

 

Tous les six ans, c’est un rite. Le Mexique élit un nouveau président. Nouveau, car il n’a plus jamais le droit de se représenter à la présidence.

Ainsi le veut la Constitution de 1917, mise en place après la révolution (Pancho Villa, Emiliano Zapata…)

La Constitution mexicaine
La Constitution mexicaine

Article 83 : « Le président commencera son mandat le 1er décembre et il durera quatre ans (changé à six ans en 1934). Le citoyen qui a occupé la charge de président de la République, élu par le peuple (suffrage universel à un tour avec majorité simple) […] en aucun cas ni pour aucun motif ne pourra occuper à nouveau ce poste.

La faute à Porfirio Diaz (1830-1915). La Constitution de 1824 interdisait la réélection. Ce militaire populiste la fait modifier à plusieurs reprises pour obtenir la réélection indéfinie.

Porfirio Diaz

Porfirio Diaz gouverne le pays d’une main de fer durant 30 ans. En 1910, la révolution met un terme à sa dictature.

De 1929 à 2000, le Mexique est gouverné par un seul parti, le PRI, Parti révolutionnaire institutionnel. C’est 70 ans d’un régime que l’écrivain péruvien et Prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa a fameusement qualifié de « dictature parfaite ».

Le dernier président du PRI est Ernesto Zedillo, choisi à la hâte par le président sortant Carlos Salinas après l’assassinat de son candidat, Luis Donaldo Colosio, en pleine campagne électorale et lors d’une visite officielle du premier ministre Jean Chrétien au Mexique.

En 2000, Vicente Fox du PAN (Parti d’action nationale, de droite) succède à Ernesto Zedillo (PRI).

En 2006, Felipe Calderon est élu. Il marquera l’histoire pour avoir lancé l’armée aux trousses des cartels de la drogue. Offensive qui se solde jusqu’ici par 50 000 morts.

Felipe Calderon
Felipe Calderon

En 2006, il ravit la présidence à Andrès Manuel Lopez Obrador (PRD, de gauche) de quelques fractions de pourcentage. Ce dernier crie à la fraude et refuse de reconnaître la victoire de Calderon. AMLO est à nouveau candidat à la présidence.

Andrès Manuel Lopez Obrador, du PRD
Andrès Manuel Lopez Obrador, du PRD

Josefina Vasquez Mota représente le PAN, parti au pouvoir depuis 2000. Elle était ministre de l’Éducation de Vicente Fox et directrice de campagne de Felipe Calderon en 2006.

Josefina Vasquez Mota, du PAN, en campagne électorale à Tantoyuca, le 16 juin 2012
Josefina Vasquez Mota, du PAN, en campagne électorale à Tantoyuca, le 16 juin 2012

À une semaine de la fin de la campagne électorale, les sondages donnent Enrique Peña Nieto, du PRI, gagnant. Il est gouverneur sortant de l’État de Mexico (qui entoure le district fédéral).

Enrique Peña Nieto

Alors, le retour du PRI après 12 ans d’absence?

Un quatrième candidat, moins connu, se présente pour la Nouvelle Alliance : Gabriel Quadri.

Gabriel Quadri, de la Nouvelle Alliance
Gabriel Quadri, de la Nouvelle Alliance

Am Ramadan, un vendeur de journaux de la place Tahrir
Am Ramadan. Photo : Chaban EL Sayed

Au petit matin, Am Ramadan étale ses journaux sur le trottoir. Am Ramadan sait à peine lire et écrire, mais il sait quels seront les sujets de préoccupations du jour.

Avant la révolution, se rappelle-t-il, son kiosque était peu fréquenté. Les quatre journaux officiels ne faisaient pas recette. Ses clients achetaient surtout les journaux sportifs.

Aujourd’hui, Am Ramadan fait des affaires d’or. Certains jours, il y a des clients qui peuvent acheter jusqu’à sept quotidiens. Une centaine de publications ont vu le jour depuis la chute de Moubarak.

Am Ramadan est surpris par la popularité de ses journaux, alors que des dizaines de télévisions privées et de sites Internet ont fait leur apparition ces derniers mois.

Am Ramadan n’affiche pas ses convictions politiques ou religieuses. Le journal des Frères musulmans, Liberté et justice, se vend comme des petits pains chauds pendant les grandes manifestations baptisées « Un million d’hommes ».

Am Ramadan ne sait pas jouer avec les mots, mais il sait qu’ils peuvent changer son pays.

L’autre Angola

Jeudi 21 juin 2012 à 10 h 13 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

L’Angola explose… de croissance. Depuis la fin d’une sanglante guerre civile, en 2002, le commerce du pétrole a supplanté celui des armes. Le vacarme des marteaux-piqueurs a remplacé celui des bombes. Luanda, la capitale de 6 millions d’habitants, est un vaste chantier. L’argent du pétrole et des diamants nourrit une croissance spectaculaire : 10 % en moyenne depuis 10 ans. Le FMI prévoit une croissance de 12 % en 2012. 

L’Angola, maintenant le deuxième producteur de pétrole en Afrique, serait sur le point de devancer le Nigeria. Mais les revenus du pétrole que touche le gouvernement, 45 milliards l’an passé (le vrai chiffre serait plus élevé), ne profitent pas encore aux pauvres. 

Tatiana Fernandez, une Portugaise au chômage, vient d’atterrir à Luanda, où l’attend un emploi bien rémunéré dans une agence de publicité. Nous la filmons dans la rue d’un quartier huppé, quand nous sommes apostrophés par des vendeurs angolais sur le trottoir : « Vous, les Blancs, on va vous tuer, vous volez nos emplois. » Le beau sourire de Tatiana se crispe, elle accélère le pas. La jeune mère se demande si elle a fait le bon choix. « L’Angola est un pays étrange », répète-t-elle, nettement sous le choc. 

La croissance du pays et des salaires alléchants attirent des milliers de travailleurs étrangers : 110 000 Portugais (les anciens colonisateurs), encore plus de Chinois. Arrivés ici, ils découvrent l’autre Angola.

Beaucoup de chômeurs angolais gagnent péniblement leur vie en vendant mille et une babioles en plein trafic, au milieu de voitures luxueuses qui leur roulent presque dessus. Leur agressivité, on la comprend un peu mieux quand on découvre où ils vivent. Plus de deux millions de personnes s’entassent dans les musseques autour de Luanda, ces bidonvilles qui rappellent les favelas brésiliennes.

Musseques signifie quartier rouge en kimbundu, rouge comme la terre utilisée pour construire les maisons aux toits de tôle. Beaucoup de secteurs n’ont pas d’électricité et ceux qui sont branchés subissent constamment des coupures. « On a de l’électricité quelques heures par jour, et on n’a pas d’eau courante », nous dit un professeur d’anglais au chômage. Et ici, les rues bétonnées sont inexistantes. Le contraste avec les nouvelles routes qu’on voit partout ailleurs en ville donne le vertige.  

Dix ans de croissance ont transformé la capitale, détruite par 27 ans de guerre civile, en ville moderne. La reconstruction est phénoménale. Les Portugais qui ont connu Luanda avant la guerre civile ne la reconnaissent pas. Le centre-ville colonial a pris des allures de Manhattan. Les gratte-ciel ont poussé par dizaines, les nouveaux quartiers s’étalent sur une banlieue qui n’en finit plus de s’étendre. 

Les pétrodollars sont visibles partout à Luanda, sauf dans les musseques. « Le gouvernement a bâti des écoles et des hôpitaux, mais on manque de professeurs, de médicaments, et notre mortalité infantile demeure une des plus élevées au monde », nous dit Elias Isaac, qui dirige une ONG de défense des droits de la personne. 22 % des enfants meurent avant d’avoir 5 ans. Le pays est riche, le gouvernement est très riche, mais plus de la moitié des Angolais vivent encore avec moins de 2 $ par jour. L’Angola est le seul pays en Afrique subsaharienne à avoir vu naître un mouvement « d’indignés ».  Et en cette année électorale, les manifestations sont violemment réprimées. 

Des coups de feu ont été tirés mercredi au centre-ville lors d’une manifestation de vétérans qui vivent dans une pauvreté extrême. Ils affirment n’avoir jamais rien reçu depuis la fin de la guerre et réclament une pension pour vieillir dignement. Le ministère de la Défense a fini par leur offrir 500 $US par mois. Les manifestants ont refusé. Dans la deuxième ville du monde pour ce qui est du coût de la vie (selon l’Enquête internationale Mercer 2012 sur le coût de la vie), où un hamburger coûte 20 $, cela ne paie même pas un logement misérable.

Sans papiers et sans droits

Mardi 19 juin 2012 à 11 h 20 | | Pour me joindre

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Ils sont 12 millions, plus ou moins.

Le nombre de sans-papiers qui vivent aux États-Unis n’est qu’une estimation. Ils sont fort probablement beaucoup plus nombreux.

Ils arrivent en traversant illégalement la frontière mexicaine à pied. Ils viennent en avion et en auto aussi, munis de visas temporaires, mais ils restent aux États-Unis après la date d’expiration. Ils font des travaux modestes et sont habités par cette peur constante de se faire expulser à tout moment.

Les clandestins arrivent souvent avec de jeunes enfants, des bébés qui grandissent aux États-Unis, vont à l’école, parlent anglais comme des Américains. Mais ils sont néanmoins des sans-papiers qui n’ont pas le droit de s’inscrire à l’université publique ni de se trouver un emploi légal.

Vendredi, cette génération « d’illégaux » – ils sont 800 000 – a reçu la bonne nouvelle : Barack Obama met un stop temporaire aux expulsions de jeunes sans-papiers, ceux qui sont arrivés ici enfants et qui veulent travailler. Des jeunes, a dit le président, qui sont « Américains dans l’âme, mais pas sur papier ».

Les jeunes pourront donc obtenir un permis de travail, mais leurs parents alors? Et les millions d’autres clandestins qui frôlent les murs, qui baissent les yeux quand vous les croisez sur le trottoir? Ceux-là continueront de vivre en marge d’une société bien trop heureuse d’avoir à sa disposition cette main-d’œuvre bon marché.

L’équipe de Washington a passé cinq jours en Arizona au début du mois, l’État où les lois contre l’immigration clandestine sont les plus sévères, l’État par où entrent près de la moitié des sans-papiers qui viennent aux États-Unis. Ils traversent le désert de Sonora à pied… Des centaines y meurent de soif chaque année.

Maria, sans-papiers mexicaine qui vit à Tucson, y a perdu son frère.

Lisette, une Américaine mariée à un clandestin expulsé au Mexique, ne veut pas que son mari le traverse pour revenir.

Des millions de clandestins, des millions d’histoires.

Faut-il accorder des permis de travail à ceux qui ne présentent aucun danger pour la société, ou fermer la frontière et les expulser?  L’Arizona adopte la ligne dure. Une vingtaine d’États songent à emboîter le pas.

Est-ce la bonne solution?

 

 

Chine, pays de contrastes

Mardi 19 juin 2012 à 11 h 00 | | Pour me joindre

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J’ai toujours trouvé un peu cliché les descriptions dans les livres de voyage qui parlent d’un lieu comme d’un « pays de contrastes ». Après tout, chaque pays a bien quelques contrastes à offrir… Le Canada a ses Prairies et ses Rocheuses, sa dualité français-anglais…

Malheureusement pour moi, « pays de contrastes », est probablement l’une des meilleures formules pour décrire la réalité chinoise. Dans ce pays où les routes sont construites si rapidement qu’on ne les trouve pas toujours avec le GPS (nous nous sommes retrouvés l’autre jour sur une autoroute flambant neuve, en pleine campagne, et le pauvre curseur du GPS pointait dans le néant numérique), où les paysans se baladent en charrette tirée par un âne le long de ces mêmes autoroutes ultra-modernes, où les vieilles dames font leur taï-chi matinal au parc tandis que derrière elle, pousse un autre gratte-ciel qui viendra peupler la forêt urbaine… Bref, dans ce pays, les contrastes sont partout.

La formidable envolée de Liu Yang, la première femme astronaute chinoise, en est un bel exemple.

Liu Yang, la veille de son baptême de l’espace

La femme de 33 ans, qui est présentement à bord du vaisseau Shenzhou 9, est devenue instantanément l’héroïne de tout un peuple.

Sa présence aux côtés de deux astronautes masculins envoie un message clair : en Chine, hommes et femmes sont égaux. D’ailleurs, lors de la conférence de presse la veille du lancement de la navette, Liu, une pilote de chasse dans l’armée de l’air chinoise, a résumé ainsi l’esprit qui régnait à l’entraînement.

« Dès le premier jour, on m’a dit que je n’étais pas différente des astronautes masculins. »

Pour elle, représenter les femmes de Chine est un honneur.

Et presque au même moment, le traitement réservé à une autre femme montrait que des années-lumière pouvaient séparer le destin de deux Chinoises.

Le 2 juin, dans la province du Shaanxi, Feng Jianmei, 23 ans, a subi un avortement forcé. Elle était enceinte de sept mois. Les autorités réclamaient plus de 6000 $ à Feng et son mari, car le couple avait déjà une petite fille. Une naissance supplémentaire aurait été contraire à la politique de l’enfant unique.

Une photo de la jeune femme sur son lit d’hôpital, son bébé sanguinolent à ses côtés a suscité de vives réactions en Chine.

Sur le Twitter chinois, les deux événements n’ont pas tardé à retenir l’attention des internautes.

Un texte de microblogue @假装在纽约 soulignait à gros traits les contradictions de la société chinoise.

« Nous pouvons envoyer une femme astronaute dans l’espace, et à la campagne, on peut forcer une femme enceinte de sept mois à avorter. Ce contraste frappant […] illustre l’état tordu de notre pays. La gloire et les rêves illuminent le désespoir et la honte. D’un côté, une technologie de pointe, de l’autre, un peuple bafoué. Les fusées s’envolent dans le ciel, alors que la morale plonge vers des profondeurs insoupçonnées. La nation se lève, tandis que le peuple soumis s’agenouille. Voilà comment la plus belle époque côtoie la pire époque. »

Comme le rapporte le site Tealeafnation, ce message a été « harmonisé », c’est-à-dire effacé de la blogosphère par les censeurs. Mais il avait déjà fait l’objet de plus de 70 000 commentaires, comme quoi il y a parfois un certain espace de discussion.

D’ailleurs, petite lueur d’espoir, le tollé suscité par cette histoire a poussé les autorités à présenter leurs excuses à Feng Jianmei et à sa famille. Trois personnes responsables de la planification des naissances ont été relevées de leurs fonctions.

Les contrastes, même en blanc sur noir, prennent parfois quelques teintes de gris…

 Quelques statistiques sur les femmes en Chine :

  • Elles représentent 46 % de la population active (2010).
  • À l’université, les étudiantes sont un tout petit peu plus nombreuses que leurs camarades masculins : 50,86 % (2010).
  • La politique de l’enfant unique aura beaucoup favorisé les bébés garçons. Aujourd’hui, 35 millions de filles et de femmes manqueraient à l’appel en Chine.
  • Selon le recensement de 2010, pour chaque 100 bébés filles, naissaient en Chine 118 garçons.
Manifestation du 12 juin

Le 12 juin, manifestation de l'opposition lors de la journée de la Russie à Moscou. Sonné après la réélection de Vladimir Poutine, le mouvement d'opposition semble reprendre de la vigueur.

Des peuples d’ordinaire plutôt placides qui descendent en masse dans la rue munis d’insignes de couleur.

Des manifestations qui se succèdent depuis plusieurs mois ; la majorité, plutôt bon enfant ; d’autres qui dérapent.

Un gouvernement et des contestataires qui s’accusent mutuellement d’être responsables de la violence.

Un parlement qui vote une loi spéciale imposant de lourdes amendes en cas de manifestation illégale.

La Russie et le Québec montrent ces jours-ci d’étranges similitudes.

Et dans la contrée de Poutine comme dans celle de Charest, l’intransigeance des autorités semble attiser le feu des opposants.

Malgré l’avis du conseiller de Vladimir Poutine en matière de droits de la personne, malgré la farouche résistance de l’opposition à la Douma (qui a proposé plusieurs centaines d’amendements pour en ralentir l’adoption), le projet de loi russe sur les manifestations a été adopté à la hâte la semaine dernière et aussitôt ratifié par le Président.

Vladimir Poutine

Selon les observateurs, le retour de Vladimir Poutine à la Présidence russe s'est accompagné d'un durcissement à l'endroit des manifestants.

La nouvelle législation multiplie par 150 les amendes prévues pour les manifestations jugées illégales : 30 000 $ pour les organisateurs et 9000 $ pour chaque participant. Un outil répressif redoutable quand on sait que 9000$ par année correspond au PNB par habitant en Russie.

Redoutable aussi parce que pour obtenir le droit d’organiser une manifestation à Moscou, les organisateurs doivent en fournir le trajet non pas 8 heures, mais bien plusieurs semaines d’avance.

Et l’approbation est loin d’être automatique. Le lieu de la manifestation et le nombre de manifestants autorisés fait habituellement l’objet d’une longue négociation entre organisateurs et autorités.

Un plan de match auquel il faut se tenir scrupuleusement. Si la manifestation dévie du trajet initial, va au delà de l’heure prévue ou accueille plus de manifestants que le nombre autorisé, les organisateurs s’exposent à des amendes, voire à des peines de prison. Le blogueur anti-corruption vedette Alexeï Navalny et le jeune chef du front de la gauche, Sergueï Oudaltsov peuvent en témoigner. Tous deux collectionnent depuis l’automne les séjours en détention.

Autre indice du durcissement du régime : après 5 mois d’une contestation sans précédent depuis la fin de l’Union soviétique, la police a mené une série de perquisitions aux domiciles et aux lieux de travail des principaux leaders du mouvement d’opposition. Escortés par des hommes cagoulés et armés de fusils mitrailleurs, les enquêteurs ont saisi ordinateurs téléphones, fichiers, objets personnels. Une action menée à la veille d’une grande manifestation (pourtant autorisée) prévue à Moscou pour le jour de la fête nationale. Cela aurait pu passer pour une simple coïncidence si les mêmes opposants n’avaient pas également été convoqués pour des interrogatoires devant se tenir, étrangement, en même temps que la manifestation.

Si la mesure est largement vue dans les rangs de l’opposition comme une tentative d’intimidation, elle a, pour l’instant eu l’effet inverse. La marche du 12 juin a rassemblé une foule imposante (20 000 personnes selon la police, 100 000 selon les organisateurs ; la réalité se situant sans doute autour de 70 000 personnes), la plus importante depuis février. Parmi les slogans scandés, en plus des traditionnels « Rossiya bez Poutina » (pour une Russie sans Poutine) et « Poutine Vor » (Poutine voleur), un nouveau est apparu : « Doloï vlast tchekistof » (À bas le pouvoir du KGB).

Si le mouvement de contestation russe semblait sonné, et moribond au lendemain de l’élection de Vladimir Poutine, la ligne dure adoptée par le président depuis son retour, a ravivé les opposants, les incitant à sortir de chez eux en plus grand nombre, leur fournissant de nouvelles raisons de manifester.

Autre similitude avec le printemps érable : chaque jour qui passe semble creuser davantage le fossé entre pouvoir et manifestants et éloigner d’autant toute possibilité d’une solution négociée.

 

« Quand j’étais petite, raconte Tatiana, ma mère me disait « tu dois aller à l’université pour bien gagner ta vie ». Je suis diplômée depuis cinq ans, mais je n’ai pas de quoi payer un loyer ».

La jeune publicitaire de 26 ans s’est résignée, comme plus de 100 000 Portugais depuis cinq ans, à partir en Angola, une ancienne colonie portugaise en Afrique qui connaît une croissance spectaculaire. Une des nombreuses boutiques fermées à Lisbonne, dans un édifice qui ne trouve aucun locataire.  Une des nombreuses boutiques fermées à Lisbonne, dans un édifice qui ne trouve aucun locataire.

Au Portugal, le chômage chez les jeunes atteint 35 %, du jamais vu depuis 45 ans. Les banques, qui ont longtemps prêté de l’argent qu’elles n’avaient pas, ont fermé le robinet. La crise a déjà mis au chômage les deux tiers des travailleurs de la construction du pays, soit près de 400 000 personnes. Et poussé des dizaines de milliers de jeunes professionnels sur le chemin de l’exil. 

Tatiana a pris l’avion mardi matin pour Luanda le cœur gros, car elle laisse derrière elle son fils de 10 ans. « Je veux d’abord m’installer, lui trouver une bonne école, stabiliser ma situation, mais ce matin, j’aurais voulu le mettre dans ma valise, dit-elle la voix étouffée par les sanglots. J’aime mon pays, mais mon pays ne m’aime pas ».

Le caméraman de Radio-Canada Alfonse Mondello filme un complexe géant de logements à prix modiques, abandonné il y a deux ans à Lisbonne.Le caméraman de Radio-Canada Alfonse Mondello filme un complexe géant de logements à prix modiques, abandonné il y a deux ans à Lisbonne.

En Angola, Tatiana va toucher un salaire quatre fois supérieur et son employeur fournit la maison avec domestique. « Je ne veux pas partir, mais je crois que je serai heureuse là-bas, car même si les Angolais sont très pauvres, ils sourient. Ici, la vie est belle, mais les Portugais ne sourient plus ».

Un autre chantier à Lisbonne, suspendu depuis deux ans à cause de la crise économique qui frappe de plein fouet le secteur de la construction. Un autre chantier à Lisbonne, suspendu depuis deux ans à cause de la crise économique qui frappe de plein fouet le secteur de la construction.

Québec raciste?

Mardi 5 juin 2012 à 10 h 34 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Souleymane est un biochimiste formé en Union soviétique avec plusieurs années d’expérience en Europe et en Afrique de l’Ouest. Depuis qu’il a immigré à Montréal avec sa famille il y a huit ans, ce bel Africain bien noir a eu mille et un petits boulots, tous très loin d’un laboratoire. Personne ne remet en cause ses compétences, mais personne n’embauche le scientifique. « Désolé, lui dit-on souvent, le poste a été pourvu hier ». Une fois, j’ai appelé pour m’informer du poste « pourvu la veille ». Pour une Québécoise sans accent, le poste était encore vacant.

Depuis mon retour d’Afrique il y a trois ans, je tombe des nues. Je réalise avec stupéfaction que le Québec est beaucoup plus raciste que je ne l’avais jamais imaginé. J’ai longtemps été bercée par l’illusion que le Québec n’était pas raciste, ou si peu. Pour avoir vu un racisme plus ouvert et répandu en France et aux États-Unis, j’étais convaincue que mon pays était un des endroits les plus tolérants au monde. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo me disait récemment aimer Montréal parce qu’elle n’a jamais subi de racisme ici. Sans doute n’a-t-elle jamais cherché de travail ici.

Un rapport de la Commission québécoise des droits de la personne confirme ce que les immigrants savent déjà : « Mieux vaut s’appeler Bélanger que Traoré quand on se cherche un emploi à Montréal ». Les candidats avec un nom de famille québécois francophone ont 60 % plus de chance d’être convoqués à un entretien que ceux qui portent un nom à consonance africaine, arabe ou latino-américaine. Le taux net de discrimination est de 42 % pour les Africains, de 35 % pour les Arabes, de 28 % pour les Latino-Américains. Le rapport parle d’une discrimination systémique.

Une discrimination qui prend sa source dans un racisme apparemment bien enraciné, dans les cours d’école. Il y a quelques années, quand ma soeur a décidé d’adopter un 2e enfant haïtien (une petite fille), mon neveu, Tim, était déçu :  « Les amis vont être méchants avec elle à l’école, comme avec moi. J’aimerais mieux qu’elle soit beige comme toi, pas brune comme moi. » Les enfants sont cruels, me suis-je dit, envers tous ceux qui sortent du moule. Je refusais d’y voir du racisme. J’avais tort. Un enfant de 5 ou 6 ans n’invente pas une remarque raciste, il répète ce qu’il entend autour de lui.

Un autre exemple parmi tant d’autres. Mélanie, la fille mulâtre d’une collègue, écrit une carte de Saint-Valentin à une camarade de classe dans une école très bien du Vieux-Longueuil. « Regarde maman le beau mot que j’ai écrit pour Julie : « Je sais que je suis brune, mais j’aimerais quand même être ton amie. » La maman a éclaté en sanglots. Ces incidents se répètent chaque jour dans une cour d’école près de chez vous.    

Depuis mon retour d’Afrique, je vis une sorte de choc culturel à l’envers. Je découvre, à travers mes amis africains, un racisme que je n’avais jamais vu avant. Souleymane et Mamadou sont des prénoms fictifs. Ils n’oseraient jamais se plaindre eux-mêmes. Plus que moi encore, ils refusent de conclure au racisme. Beaucoup ont choisi de venir ici plutôt qu’en France, cette mère patrie qui les rejette. Ils ont tellement rêvé du Canada, idéalisé leur terre d’accueil, ils n’osent croire qu’ils sont victimes de racisme, ici à Montréal. Et pourtant, c’est bien de cela qu’il s’agit, non?