Billets publiés en mars 2012

Décalage aux Béatitudes

Jeudi 29 mars 2012 à 15 h 24 | | Pour me joindre

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chartrlu

 C’était un moment béni…

Profitant d’un petit répit lors d’un tournage en Israël, notre équipe — le caméraman Yves Chartrand et moi-même — faisait une balade du côté du lac de Tibériade lorsqu’un panneau routier nous a indiqué le mont des Béatitudes (pour ceux qui l’ignorent, c’est là que le Christ a prononcé son Sermon sur la montagne).

 

Les jardins... Le lac de Tibériade en contrebas

 

L’endroit est enchanteur : un parc aux jardins très soignés surplombe le lac. L’air porte le parfum des fleurs, et la visite est bercée par le chant d’une multitude d’oiseaux. « Tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté… » Ici, lorsque les rayons du soleil percent les nuages et illuminent les eaux en contrebas, le mortel peut cultiver l’impression d’être en ligne directe avec l’au-delà.

Mon téléphone sonne…

— Oui?

— Salut Luc! Heye! Je suis avec ton moteur, là. Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec? 

Un autre sacrilège de l’ère des communications!

En ce lieu hors du monde et du temps, me voici en ligne directe avec Yoland, chez qui j’entrepose mon bateau pendant l’hiver. Le malheureux ne sait pas que je suis chez les bienheureux… Pour ne pas le troubler avec le décalage spirituel qui nous sépare, je me contente tout bonnement de lui donner mes instructions pour la vidange d’huile et l’entreposage, tout en déambulant au milieu des religieuses et des pèlerins qui visitent les lieux.

Ce genre de dérangement fait partie du quotidien des correspondants (et bien sûr de tous ceux qui voyagent souvent). L’agent d’assurance, le dentiste ou le comptable viennent tous, à un moment ou à un autre, vous tirer du sommeil en pleine nuit, ignorant que vous êtes dans un tout autre fuseau horaire et, surtout, dans une autre réalité. Vous me direz : pourquoi ne pas fermer votre cellulaire? Le hic, c’est qu’en mission à l’étranger il faut toujours être prêt à répondre à une alerte.

Cela me permet de collectionner ces petits moments de décalage quelque peu surréalistes qui ont l’avantage de me rappeler que ma vraie vie est aussi dans mon pays.

Comme cet autre appel, pendant une manifestation palestinienne à Gaza :

— Bonjour Monsieur Chartrand, c’est la réserve faunique Papineau-Labelle. Vous avez gagné au tirage au sort pour la chasse au chevreuil et je vous appelle pour que vous choisissiez votre territoire. 

J’ai interrompu mon tournage pour poursuivre la conversation. Après tout, il y a, dans la vie, des priorités.

WASHINGTON – Il n’y a pas de jeu plus dangereux pour un journaliste que d’essayer de prédire le jugement que rendra un tribunal à partir des questions que les juges ont posées à l’audience. Après tout, ce sont des juges qui ont inventé la notion d’« avocat du diable ». (Des juges de procès de canonisation, mais des juges tout de même!)

Reste que presque tous les observateurs qui ont écouté les trois jours d’audiences de la Cour suprême des États-Unis sur la réforme de l’assurance maladie du président Obama sont ressortis avec la même idée : si la réforme n’est pas morte, elle a été mortellement touchée.

Pour un Canadien, le côté le plus surprenant de ces audiences était de voir la partisanerie affichée des juges, d’un côté comme de l’autre. Les juges nommés par des présidents républicains reprenaient les arguments de leur parti sans aucune retenue, ceux qui ont été nommés par des démocrates défendaient la loi avec plus de vigueur que les avocats de l’administration.

On était loin des débats feutrés et respectueux que l’on entend à la Cour suprême du Canada, même dans les causes les plus disputées ou les plus politiques.

Il était d’autant plus étonnant d’entendre les arguments des juges qu’il est traditionnel, aux États-Unis, pour les politiciens de droite de dénoncer les juges gauchisants qui essayent de « légiférer depuis le banc » au lieu d’écouter la voix des élus du peuple, dont c’est pourtant le travail.

Lors des audiences sur la santé, c’étaient les juges les plus conservateurs qui s’interrogeaient ouvertement sur les mérites du projet de loi – le travail du Congrès – plutôt que sur sa constitutionnalité.

On en a entendu de toutes sortes au cours des audiences de la part des juges. Certains citaient les chiffres du Bureau du budget du Congrès, comme s’ils étaient des législateurs qui doivent considérer les arguments économiques plutôt que strictement juridiques.

On a aussi entendu exactement les mêmes arguments qu’utilisent tous les jours les dirigeants républicains du Congrès pour s’opposer à la réforme. Comme la désormais célèbre « théorie du brocoli », qui veut que si le gouvernement peut obliger un citoyen à acheter de l’assurance maladie, il peut aussi l’obliger à manger du brocoli.

L’argument est tellement gros qu’on aurait pensé que les juges de la Cour suprême se seraient gardé une petite gêne… Ça a été fait dès la toute première intervention du juge Anthony Scalia, le chef de l’aile conservatrice de la Cour.

Mais la « théorie du brocoli » est pourtant au cœur des débats. Il touche le « mandat individuel » qui est au centre de toute la réforme de l’assurance maladie. C’est l’obligation pour tous les citoyens de souscrire une assurance maladie, que ce soit auprès d’un assureur privé ou d’un programme gouvernemental.

Le mandat individuel est une idée d’un groupe de réflexion de droite bien connu, Heritage Foundation, qui le présentait comme une solution respectueuse du marché comparativement au système public de payeur unique (celui qui est en vigueur au Canada) et que proposait alors le président Bill Clinton.

Elle était aussi au cœur de la réforme de l’assurance maladie mise de l’avant par Mitt Romney quand il était gouverneur du Massachusetts – une loi qui n’a jamais été contestée devant les tribunaux. Mais cette même idée est devenue toxique quand elle a été adoptée par Barack Obama.

Devant la Cour suprême, les arguments contre le mandat individuel sont tous revenus à la même chose : l’État ne peut obliger quelqu’un à acheter un service. Même quand il s’agit de la santé, alors qu’on sait que tout le monde, à un moment ou à un autre, aura besoin des services d’un médecin.

On oblige déjà les automobilistes à souscrire à l’assurance automobile? Mais on n’est pas obligé d’acheter une auto, répondent les juges conservateurs. Les tarifs du téléphone sont réglementés, comme le seraient ceux de l’assurance maladie, pour qu’on puisse étendre le service au plus grand nombre de gens possible. « Mais ça ne s’applique que si on se sert du téléphone », disait le juge Scalia.

Bref, la liberté individuelle de souscrire ou non à une assurance maladie doit primer. Même si cela défait le principe même de l’assurance, soit de mettre en commun les risques et de les faire partager par le plus grand nombre. L’État n’a pas plus le droit d’obliger un tel partage des risques que d’obliger quelqu’un à acheter du brocoli.

Quand on entend de tels arguments, on n’est guère surpris que la grande majorité de ceux qui ont entendu ces trois jours d’audiences de la Cour en soit sortie en pensant que la réforme de l’assurance maladie n’avait que peu de chances d’être jugée constitutionnelle par les juges.

Nicolas Sarkozy aura-t-il tiré profit de l’épisode du tueur fou de Montauban et de Toulouse, survenu à un mois du premier tour d’une élection où il essaie difficilement de conserver son siège? Son comportement « présidentiel » – entendre : digne et mesuré – au cours des heures qui ont suivi la fin violente de Mohamed Merah, est-il de nature à réorienter le vote en sa faveur? Le président « rassembleur dans l’épreuve »… recueille-t-il les fruits de son action?

En gros, la réponse est non.

Les derniers sondages pour le premier tour, en date du 27 mars, montraient une quasi-égalité, autour de 27-28 %, avec le candidat socialiste François Hollande, alors qu’une lutte à trois se déroulait pour la troisième place, entre Jean-Luc Mélenchon (extrême gauche), Marine Le Pen (extrême droite) et le centriste François Bayrou. C’est à peu de choses près ce qui se passait déjà juste avant les tueries…

La miniremontée de Sarkozy au premier tour (deux ou trois points pour rejoindre Hollande, voire le dépasser d’un poil) était en fait antérieure aux événements. Elle n’a rien à voir avec cet épisode.

Au second tour, les projections ne donnent certes plus une avance de 16 % à François Hollande (58 % contre 42 % comme en janvier et février). Mais l’écart en sa faveur reste confortable : 54 % contre 46 %, selon au moins deux sondages postérieurs aux événements.

Bravo M. Sarkozy, mais…

La retenue et l’élévation – inhabituelles – du président qui, juste après le dénouement sanglant de Toulouse, a prévenu les citoyens contre tout « amalgame » antiarabe ou antimusulman, ne sont pas considérées par l’opinion comme déterminantes.

Il aura somme toute « bien fait ça », reconnaissent les Français à 74 % (sondage SOFRES du 23 mars), mais ce n’est pas une raison suffisante pour changer son vote en faveur de Sarkozy. Et puis, les Français se souviennent que c’est le même homme qui avait – quelques jours plus tôt –, soufflé sur les braises, dénonçant pêle-mêle l’immigration excessive, les frontières poreuses de l’Europe et l’imposition (réelle ou supposée) de la viande halal aux non-musulmans.

Et puis, quelques jours après les événements, M. Sarkozy revenait à la charge sur le thème de la menace sécuritaire. Il a affirmé que l’antiterrorisme serait pour lui « la priorité d’un nouveau mandat »… irrésistiblement attiré sur ce terrain par une Marine Le Pen elle-même en perte de vitesse, qui « en rajoutait » sur les dangers de l’islam extrémiste.

Malheureusement pour M. Sarkozy et Mme Le Pen, « l’immigration et la sécurité ne sont pas au centre des préoccupations des électeurs », ainsi que le titrait Le Monde du 28 mars. Avant comme après Toulouse, ils restent plutôt obsédés – sans surprise – par l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation et le logement.

Les événements, disent les sondeurs, n’ont rien changé aux angoisses économiques fondamentales des Français, effarés par le déclin de leur pays, de leur continent, et toujours tentés de se tourner vers l’État protecteur.

Ces événements n’ont rien changé, non plus, à leur évaluation fondamentale des candidats devant eux. Sarkozy « l’agité » exaspère le peuple. Son bilan économique le plombe. Hollande « le mou » s’apprête à récolter des votes « contre », par défaut et sans enthousiasme.

Quant à Marine Le Pen, elle a perdu l’attrait de la nouveauté qui lui donnait, début 2011, des sondages à 21 %, voire 23 %. Elle agite des épouvantails qui – leçon cruciale de cet épisode tragique – ne font plus autant recette aujourd’hui. Selon la firme de sondages BVA (27 mars), elle devra même se battre pour ne pas glisser, le 22 avril, sous les 15 %, barre dont s’approche, par ailleurs, le flamboyant néocommuniste Jean-Luc Mélenchon. La gauche radicale a encore de belles réserves en France.

À moins de quatre semaines du vote, la campagne française offrait donc le spectacle d’une mer relativement calme, qui résiste aux secousses, avec quelques courants sous-marins… et peu de surprises appréhendées.

Bien différent de l’Espagne en 2004

On est loin, bien loin, du scénario espagnol de mars 2004. À l’époque, une droite au pouvoir arrogante, sûre d’une réélection qu’elle croyait facile, avait trébuché de façon catastrophique sur un épisode terroriste survenu en toute fin de campagne législative.

Les attentats de Madrid, il y a huit ans, avaient certes une autre dimension que les dernières tueries du sud de la France. Ce jour-là, le 11 mars 2004, ce sont près de 200 personnes qui ont trouvé la mort.

Le résultat du scrutin en a été totalement bouleversé. C’est que José Maria Aznar, le premier ministre sortant, avait faussement accusé l’organisation basque ETA d’avoir fait sauter les 10 bombes qui ont semé la mort dans des gares madrilènes et des trains de banlieue.

Malgré toute une série d’indices qui, très rapidement, ont désigné la filière maghrébine d’Al-Qaïda, le gouvernement Aznar avait non seulement maintenu, à des fins électoralistes, la fausse thèse de l’ETA, mais il avait également exercé des pressions indues contre la presse, pour qu’elle ne contredise pas la thèse officielle mensongère.

Mais à 24 heures du scrutin, la version gouvernementale s’effondrait… et le gouvernement avec. Le 14 mars 2004, le Parti socialiste ouvrier espagnol cueillait une victoire totalement inespérée, dans une campagne mise cul par-dessus tête par une irruption terroriste, doublée d’un vote de rage antigouvernemental.

En comparaison, devant les errances sanglantes de Mohamed Merah, la France de 2012 – électeurs et politiciens confondus – aura gardé son sang-froid. Et elle aura maintenu, contre les aléas du terrorisme et les transports émotionnels, ses critères de vote, restés plus proches de l’angoisse économique que de l’obsession sécuritaire.

La plus récente gaffe de campagne du candidat à l’investiture républicaine Mitt Romney n’est pas sortie de sa bouche, même si, à de nombreuses reprises dans le passé, il a montré qu’il a un don pour les déclarations controversées.

Cette fois, c’est son principal stratège, Eric Fehrnstrom, qui s’est mis les pieds dans les plats. Cela, au lendemain de la victoire de M. Romney en Illinois, et le jour même où il recevait l’appui convoité de l’ancien gouverneur de Floride Jeb Bush. Eric Fehrnstrom se fait demander par CNN si le candidat Romney n’a pas été obligé de se positionner trop à droite pour plaire aux électeurs du centre. Voici sa réponse : « Pour la campagne électorale à l’automne, c’est presque comme si on appuyait sur le bouton recommencer, tout change, on secoue pour tout effacer comme sur un Etch-a-Sketch et on recommence. »

Ses opposants ont sauté sur la gaffe et pas seulement au Parti républicain… la campagne démocrate a produit deux publicités en deux jours qui reprennent la gaffe de l’Etch-a-Sketch

Rick Santorum et Newt Gingrich, deux des opposants de Mitt Romney dans la course républicaine, vont à tous leurs événements de campagne avec une petite tablette rouge sous le bras. Et ils ne se gênent pas pour dénoncer le manque de conviction du candidat qui les distance allègrement. Cette histoire n’a pas fini de le hanter.

Et en post-scriptum, il faut mentionner une conséquence tout à fait américaine à la controverse : les ventes d’Etch-a-Sketch ont augmenté (la petite tablette rouge avec ses deux boutons blancs s’est hissée aux premiers rangs sur Amazon) et les actions de la compagnie qui les produit, Ohio Art Company, ont monté en flèche, une augmentation de 212 % en une journée.

Le Sénégal est un pays fascinant. Quand on descend de l’avion à Dakar, notre premier contact avec le pays est brutal. À la sortie de l’aéroport, des hordes de petits trafiquants harcèlent les nouveaux arrivants. Il est presque impossible de se rendre aux taxis sans se faire bousculer, houspiller. Ils crient tous « halis », mot qui signifie « argent » en wolof, la principale langue locale.

Ces scènes se répètent dans le marché Sandaga, au centre-ville, que beaucoup de touristes évitent à cause du harcèlement. Je n’ai connu ce phénomène dans aucun autre pays africain. Les Sénégalais sont réputés comme étant des négociateurs acharnés. Ils peuvent marchander des sandales à 50 ¢ pendant des heures, en quête perpétuelle du franc à faire.

Ce sont aussi les Africains les plus fiers que j’ai rencontrés. Fiers et orgueilleux. Ils aiment dire que leur vote n’est pas à vendre. C’est un paradoxe. Peut-on, d’un côté, être prêt aux pires bassesses pour acheter un mouton au rabais à la Tabaski et, de l’autre, refuser de se faire acheter par le candidat le plus offrant?

Les Sénégalais ont la réputation d’être les plus grands démocrates d’Afrique de l’Ouest, avec les Ghanéens. Depuis l’indépendance, c’est le seul pays de la région à n’avoir connu ni coup d’État ni guerre civile. Les deux premiers présidents ont su quitter leur poste avant que l’usure du pouvoir ne devienne destructrice. En 2000, Abdou Diouf avait élégamment accepté sa défaite face à Abdoulaye Wade. Le président sortant, qui a 85 ans, aura-t-il la même sagesse?

Les Sénégalais ont confiance en leur système électoral, qui a fait ses preuves dans le passé. Le premier tour, le 26 février, leur a donné raison. Le « vieux », comme le surnomment les Sénégalais, était convaincu d’être réélu dès le premier tour, mais il n’a récolté que 35 % des suffrages, seulement 8 % de plus que son rival Macky Sall. Comme tous les candidats de l’opposition appuient maintenant son ancien premier ministre, Wade n’a, en théorie, aucune chance de gagner. Mais le donner perdant d’avance serait bien mal connaître les Sénégalais, toujours prêts à négocier. Et mal connaître le fin renard qu’est Abdoulaye Wade, toujours un grand stratège politique, même s’il a semblé déconnecté de la réalité ces dernières années.

N’empêche, le vieux politicien commence à sentir les effluves de la défaite. Abdoulaye Wade se fait menaçant et prédit le chaos s’il n’est pas réélu, titre le quotidien dakarois Rewmi. Le président prédit une paralysie financière du Sénégal, le non-paiement des fonctionnaires, sans oublier une économie à genoux si toutefois les Sénégalais ne le reconduisent pas à la tête du Sénégal.

La valse des valises de billets, déjà présentes en 2007, a repris depuis quelques semaines. Les Sénégalais résistent à leur façon à la corruption électorale. « Si un homme politique vous offre 10 $, prenez-les. S’il vous offre du riz, prenez-en. Mais s’il veut acheter votre carte d’électeur, dites non », conseille le chanteur sénégalais Ousmane « Ouza » Diallo dans son dernier vidéoclip, Le vote.

« Ce que je dis dans cette chanson, c’est : « Prenez autant d’argent qu’il vous plaira. De toute façon, c’est l’argent des contribuables », explique-t-il au quotidien sénégalais Le Matin. Mais une fois dans l’isoloir, pensez aux gens et à l’avenir du pays plus qu’à l’argent qu’ils vous ont donné. »

D’après des anecdotes recueillies auprès d’électeurs, poursuit Le Matin, des hommes transportant des valises de billets ont proposé de l’argent à des Sénégalais en échange de leur carte d’électeur. Un observateur de l’ONU a également dit soupçonner l’existence de telles pratiques.

Le dimanche 25 mars 2012, 5,3 millions de Sénégalais sont appelés aux urnes. Espérons qu’ils sauront préserver leur titre de « grands démocrates », en dépit des petits cadeaux qu’ils auront acceptés.

Chine : bye-bye Bo

Jeudi 15 mars 2012 à 11 h 28 | | Pour me joindre

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Grand, charismatique, il était promis aux plus hautes sphères du pouvoir chinois. Mais finalement, le scandale aura eu raison de lui.

Bo Xilai, le chef du Parti communiste de la mégalopole de Chongqing, a été remplacé par le vice-premier ministre chinois Zhang Dejiang.

Son avenir politique est aujourd’hui incertain.

Bo et les drapeaux... Il vient de dégringoler de son piédestal. Photo : Reuters

C’est tout un rebondissement dans une affaire qui passionne la Chine depuis plusieurs semaines. Bo Xilai, connu pour sa campagne louangeant les valeurs maoïstes par des « chansons rouges » et autres démonstrations patriotiques, était, il y a à peine quelques mois, presque assuré d’obtenir l’un des neuf postes au prestigieux Comité permanent du bureau politique (politburo).

Dans l’organigramme du Parti communiste chinois, ce Comité est le vrai siège du pouvoir. Cette année, 7 de ses 9 membres, dont le président Hu Jintao et le premier ministre Wen Jiabao, doivent céder leur place. Nombreux sont ceux qui se perdent en conjectures pour savoir qui accédera à ces places convoitées. Ceux qui avaient misé sur Bo Xilai risquent d’être déçus.

Les internautes tentent de décrypter la gestuelle de Wen Jiabao lors de sa conférence de presse. Photo: Weibo

Mercredi, lors d’une conférence de presse marquant la fin de l’Assemblée nationale populaire, le premier ministre Wen Jiabao a indiqué, à mots couverts, que les bruits lui parvenant de Chongqing n’avaient rien pour lui plaire.

Il a laissé entendre que les « officiels (de Chongqing) devraient sérieusement réfléchir et tirer des leçons » de l’incident.

L’incident en question est en fait la fuite du bras droit de Bo Xilai, le chef de police Wang Lijun.

Le mois dernier, celui-ci a passé plus de 24 heures au Consulat américain de Chengdu, la capitale du Sichuan, non loin de Chongqing. Le département d’État américain a confirmé la présence de Wang Lijun au consulat, mais n’a jamais donné de détails sur les motifs de ce déplacement.

Demande d’asile politique? Transfert de documents incriminants? Tout ce que les Américains ont dit, c’est que Wang Lijun avait quitté le consulat de son plein gré (pour être cueilli à sa sortie par des agents de sécurité qui se sont empressés de l’escorter jusqu’à Pékin. Depuis, aucune nouvelle de l’ex-superflic).

L’incident a fait couler beaucoup d’encre et le limogeage de Bo au lendemain de la conférence de Wen Jiabao a relancé les discussions de plus belle.

Comme quoi même en Chine, où les dirigeants sont en poste pendant 10 ans et où stabilité et harmonie sont les valeurs maîtresses du régime, la route vers le pouvoir comporte tout de même quelques cahots.

Les maths peuvent-elles remplacer l’amour?

Mercredi 14 mars 2012 à 17 h 42 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Les mathématiques peuvent-elles remplacer l’amour? C’est la question du jour au Parti républicain, tandis que le favori mal-aimé, Mitt Romney, a échoué, encore une fois, à gagner des primaires qui auraient nettement prouvé qu’il sera le candidat de son parti à l’élection présidentielle de novembre.

En laissant filer de peu les primaires de l’Alabama et du Mississippi, Mitt Romney a montré que les républicains les plus conservateurs ont encore autant de doutes à son égard. Et il se trouve à maintenir en vie la campagne de Rick Santorum, le préféré de la droite religieuse, qui n’a ni argent ni message, mais qui peut continuer en étant simplement l’anti-Romney du moment.

Devant ce manque d’amour évident, que dit M. Romney? Il invoque les mathématiques. Ou plus précisément la froide réalité statistique qui veut que ni Rick Santorum ni Newt Gingrich ne puissent de manière réaliste penser obtenir suffisamment de délégués pour avoir la nomination républicaine.

Pour que M. Santorum obtienne les 1144 délégués requis pour être élu au premier tour, il faudrait qu’il gagne les deux tiers des délégués qui sont en jeu dans les primaires et les caucus qui restent d’ici le mois de juin. Autant dire que c’est mission impossible.

Parce que malgré les victoires au vote populaire, ce qui compte, ce sont les délégués. Or, il est bien possible que lorsque tous les calculs seront terminés, Mitt Romney soit celui qui a gagné le plus de délégués mardi soir dernier. Même au Mississippi, où M. Romney a pourtant fini troisième, c’est lui qui obtient le plus de délégués : 14 contre 13 pour M. Santorum et 12 pour M. Gingrich.

Comme il est le seul à avoir une organisation digne de ce nom, M. Romney a facilement gagné les caucus d’Hawaï et des îles Samoa américaines (9 délégués!) et la même chose devrait être vraie à Porto Rico ce week-end (20 délégués).

L’homme d’affaires avisé qu’est Mitt Romney sait qu’il n’y a pas de petits profits. Donc, son organisation lui permet d’avoir des délégués partout où les campagnes moins onéreuses de ses adversaires n’ont pas pu avoir des candidats dans tous les districts, ou n’ont pas eu assez de signatures pour être sur le bulletin de vote.

Ainsi, le District de Columbia – un bastion démocrate, s’il en est, qui tiendra sa primaire le 3 avril – aura tout de même 19 délégués à la convention de Tampa. M. Romney devrait les remporter presque tous, puisque M. Santorum ne sera pas sur le bulletin de vote.

On se retrouve alors dans la situation absurde d’un candidat qui est en train de voguer vers la victoire, même quand il subit la défaite. « Les résultats des derniers jours ont vu le gouverneur Romney augmenter son avance dans le nombre de délégués, tandis que ses adversaires sont plus proches du jour de leur élimination mathématique », a affirmé mercredi le directeur politique de la campagne de Romney, Rich Beeson.

Cette logique toute mathématique a conduit le candidat Newt Gingrich – le grand perdant des primaires d’Alabama et du Mississippi – à élaborer une nouvelle théorie justifiant de rester dans la course, malgré ses mauvais résultats.

Son but, disent ses organisateurs, est d’empêcher Romney d’arriver au chiffre magique de 1144 délégués. De cette façon, il faudrait des négociations entre les candidats entre la fin des primaires au début juin et la convention républicaine à la fin août. Ce serait la première fois en 64 ans que les républicains auraient une « nomination négociée » et une convention qui ne serait pas réglée comme du papier à musique.

Chez M. Santorum aussi, on veut empêcher Romney de gagner au premier tour, sauf que la solution est bien différente : elle passe par un retrait de la course de M. Gingrich pour faire cesser la division des voix plus conservatrices. Mais M. Gingrich, dont l’ego est légendaire, ne montre aucune indication qu’il est prêt à se retirer en faveur de M. Santorum.

Et pendant tout ce temps, on assiste à l’improbable spectacle d’un Mitt Romney mal-aimé qui invoque les mathématiques pour montrer qu’il est toujours le candidat incontournable du Parti républicain. Et tant qu’il continuera d’accumuler des délégués, même s’il perd des primaires, il sera bien difficile de l’arrêter.

Comme quoi, en politique, les mathématiques peuvent remplacer l’amour. Le temps d’une course à l’investiture, en tout cas.

 

Sexiste la Chine? Oui!

Jeudi 8 mars 2012 à 23 h 57 | | Pour me joindre

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Je m’en voudrais de terminer la Journée de la femme sans attirer votre attention sur une tradition pour le moins étonnante.

Cette semaine, tout Pékin vit au rythme des « Deux Assemblées »,  ce grand rendez-vous de parlementaires chinois venus des quatre coins de la Chine. Aucune décision n’y sera prise qui n’avait déjà été approuvée d’avance. N’empêche, cet exercice « démocratique » suscite beaucoup d’intérêt, ou à tout le moins se voit allouer une couverture de premier plan dans les médias.

Vous trouverez ici un recueil des unes de journaux mardi, un bel exemple de propagande chinoise à l’œuvre.

Au pays de l'individualisme... Image: Tea Leaf Nation

Le coup d’envoi de la semaine a été donné lundi par le discours du premier ministre Wen Jiabao, que l’on pourrait décrire comme l’équivalent du discours du Trône canadien.

Des copies avaient été distribuées aux 3000 personnes présentes au Palais de l’Assemblée du peuple. Peu après le début de cette allocution, qui a finalement duré près de deux heures (plus courte que d’habitude apparemment!), j’ai entendu un bruit étrange. Comme si une volée d’oiseaux venait d’entrer dans l’imposante salle. J’ai relevé la tête et j’ai vu soudain 3000 personnes en train de tourner d’un même geste la page du petit livret contenant le fameux discours.

À ce nombre, il faut bien sûr soustraire les quelques parlementaires qui, épuisés par l’exercice de leurs fonctions, s’étaient déjà endormis…

Chaque année, ces photos font le tour de la toile.

 

Zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz Photo: shangaiist.com

Mais il y a un autre type de diaporama lié aux Deux Assemblées qui suscite beaucoup d’intérêt.

Celui des « Jolies journalistes aux Deux Assemblées »

 

Une journaliste de la chaîne d'État CCTV

Oui, vous avez bien lu. Depuis plus de cinq ans maintenant, de nombreux sites de nouvelles chinois, dont celui du très officiel Quotidien du Peuple, offrent une collection de photos de journalistes, croquées sur le vif, micro à la main, lors de conférences de presse…

Vous pouvez donc découvrir les ravissants visages de reporters des télés satellites de Shenzhen, du Hubei , du Zhejiang…  Leurs consoeurs de l’agence de presse Xinhua et de la chaîne nationale CCTV y font aussi belle figure… Jusqu’à une journaliste tibétaine en costume traditionnel.

Croyez-moi, je n’ai rien contre l’appréciation de la beauté, mais je me demande sincèrement si l’on ne devrait pas célébrer leur travail plutôt que leur visage.

Imaginez une galerie de photos prises à la conférence de presse suivant le discours du Trône mettant en vedette la charmante correspondante d’une chaîne québécoise et sa collègue « cute » d’un journal torontois… Impensable.

Cela dit, comme la République populaire de Chine prône l’égalité entre les sexes, j’attends avec impatience le diaporama mettant en vedette les mecs mignons de la presse chinoise.

Le retour du candidat mal-aimé

Jeudi 8 mars 2012 à 15 h 21 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON — À première vue, c’est une grande victoire : 6 États sur 10 et plus de la moitié des délégués en jeu. Pourtant, il y a plus de feux jaunes que de feux verts dans la victoire de Mitt Romney au « super mardi ».

En montrant qu’il n’est pas capable de passer la barre des 30 % dans les États du Sud profond et qu’il y a toujours autant d’électeurs républicains qui ont des doutes sur sa candidature, Mitt Romney est retourné, en quelque sorte, à la case départ. Celle du candidat mal-aimé qui doit tout prouver aux membres de son propre parti.

Le problème de Mitt Romney n’est pas qu’il pourrait perdre. C’est maintenant hautement improbable. Pour gagner, l’un de ses trois adversaires devrait remporter les deux tiers des caucus et primaires qui restent. Mission impossible, pour ainsi dire.

De plus, à partir de maintenant, plusieurs États tiendront des primaires « winner-take-all », où le gagnant, ne serait-ce que par une voix, remporte tous les délégués de l’État. Une recette qui ne peut qu’aider le meneur dans la course. Il reste que Mitt Romney aura tout de même à gagner près de la moitié (47 %) des délégués qui reste à choisir pour l’emporter dès le premier tour. C’est difficile, mais jouable compte tenu des règles.

Il faut aussi dire que le scénario de la convention bloquée, où un candidat qui ne s’est pas soumis à l’épreuve des primaires pourrait surgir et sauver le parti, n’est pas réaliste. D’abord, parce que les principaux candidats potentiels y ont déjà renoncé, et aussi parce qu’il serait impensable de détourner ainsi l’exercice démocratique des primaires au profit d’une convention manipulée par de prétendues éminences grises du parti.

Normalement, à ce moment-ci de la course, les candidats moins bien placés seraient forcés de reconsidérer leur campagne et de se retirer. Le plus souvent par manque d’argent.

Sauf qu’avec le jugement de la Cour suprême de 2010 levant toutes les limites de financement et permettant la création des Super PAC (organismes prétendument indépendants des campagnes officielles, mais qui peuvent recevoir des fonds et dépenser sans limites), il suffit d’avoir des amis fortunés qui ne s’occupent pas trop des résultats électoraux. Comme ce milliardaire de Las Vegas qui finance Newt Gingrich à coup de chèques de cinq millions de dollars.

Traditionnellement, les candidats se retiraient aussi soit pour le bien et l’unité du parti, soit par ambition personnelle (comme d’avoir une chance d’être choisi candidat à la vice-présidence), soit pour préserver ses chances pour une prochaine fois.

Toutefois, les règles habituelles ne jouent pas vraiment cette année.

Ni Ron Paul (76 ans) ni Newt Gingrich (69 ans) ne seront là au prochain cycle électoral. Quant à Rick Santorum (53 ans), il répète sur tous les tons que l’avenir du parti passe par un vrai conservateur comme lui et pas par tous ces modérés qui finissent par perdre comme John McCain, il y a quatre ans, ou Mitt Romney, cette année.

La course va donc se poursuivre pendant encore quelques semaines avec des candidats qui n’ont pratiquement aucune chance de l’emporter, mais qui continuent la course, au risque d’affaiblir l’éventuel candidat républicain à la présidence.

Mitt Romney finira certainement par obtenir le nombre de délégués requis, donc la nomination. Cela semble désormais acquis. Reste à savoir dans quel état le candidat mal-aimé se trouvera quand il franchira enfin la ligne d’arrivée.

Ce « peuple » si courtisé…

Jeudi 1 mars 2012 à 10 h 50 | | Pour me joindre

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La France qui se lève tôt. La France qui trime dur. La France qui souffre en ces temps d’austérité, de crise, de chômage élevé et de hausse du coût de la vie.

Cette France-là fait l’objet d’une intense cour de la part des prétendants à l’Élysée.

Impossible de rater le remarquable tourbillon de candidats ces jours-ci à l’incontournable Salon de l’Agriculture, immense foire annuelle très populaire aux portes de Paris.  

Certains viennent y vanter leurs origines rurales ou provinciales; d’autres se plient, même en costume-cravate, au rituel de la traite des vaches ou de la toilette des animaux;  et tous goûtent aux  produits de la ferme, de la terre et de la vigne. Et ils font un brin de jasette avec les agriculteurs et les éleveurs.

Tout ça, bien sûr, dans une nuée de micros et de caméras.

Les médias qui croquent aussi la tournée des candidats dans les usines en crise. Les annonces de sauvetage in extremis, faites par le président candidat, disputent la manchette aux promesses de protection des emplois ou de préservation des sites menacés, faites par les uns et les autres.

Plus de 700 000 emplois industriels ont disparu en 10 ans au pays.

Des statistiques.

C’est la dure réalité pour Bernard Garrigou, Robert Nagel et Éric Haennel. Ils ont travaillé pendant des années au site alsacien de la raffinerie Petroplus, qui a fermé il y a plusieurs mois. Je les ai rencontrés à Strasbourg, dans le nord de la France. J’ai bien senti leur déception.

 

Robert Nagel, Éric Haennel et Bernard Garrigou, employés de la raffinerie du géant Pétroplus de Reichstett, en Alsace, qui a fermé ses portes il y a quelques mois. Strasbourg, février 2012

En ces temps de désillusion, la chef frontiste Marine Le Pen serait en tête des intentions de vote chez l’électorat ouvrier. En tout cas, c’est ce que dit un récent sondage. Elle est devant le socialiste François Hollande, et devant Nicolas Sarkozy, qui avait courtisé avec un certain succès les ouvriers en 2007. Cinq ans plus tard, pour en savoir plus sur l’électorat ouvrier et son état d’esprit, j’en ai parlé avec Florent Gougou, de Sciences Po à Paris.

 

Florent Gougou, spécialiste du vote ouvrier et doctorant au Centre d’études européennes de Sciences Po. Paris, février 2012

En me promenant à Strasbourg, j’ai croisé d’autres travailleurs qui ne se font plus trop d’illusions. C’est le cas de François Moes, apiculteur de père en fils. Il n’est pas du tout enclin à voter Nicolas Sarkozy, qui selon les sondages, serait le favori chez les commerçants, les artisans et les chefs d’entreprise.

 

François Moes, apiculteur de père en fils, au stand de l’entreprise familiale dans un marché de Strasbourg. Février 2012