L’un des éléments essentiels du succès dans une campagne électorale américaine est la capacité de pivoter. Le système est ainsi fait qu’on doit d’abord séduire les militants de son propre parti pour obtenir la nomination, mais qu’on doit ensuite pivoter pour convaincre les électeurs indépendants et centristes qui détiennent toujours la clé de l’élection générale.
Le président Obama a obtenu un énorme cadeau de la part de l’aile gauche de son parti. Elle a décidé de ne pas présenter de candidat contre lui aux primaires démocrates. Non seulement n’a-t-il pas eu à se battre pour obtenir l’investiture de son parti, mais il a pu, d’entrée de jeu, s’adresser aux électeurs indépendants.
Pendant ce temps, chez les républicains, on se dispute de plus en plus sur les questions qui intéressent surtout l’aile droite du parti. Depuis quelques semaines, on parle d’avortement, de contraception, de sécularisation de la société, de mariage gai, de liberté religieuse et même des méfaits de l’école publique et de l’éducation universitaire.
Avec la montée de Rick Santorum, le Parti républicain est retourné à l’époque de la « guerre culturelle », quand le meilleur moyen de mobiliser la droite était de parler de ce qui était considéré comme l’érosion des valeurs profondes de l’Amérique, souvent présenté comme sorte de complot tramé par Hollywood, la culture populaire, les médias libéraux et, bien entendu, les politiciens démocrates.
Mais l’électeur américain moyen est de moins en moins intéressé par ces guerres culturelles. On note, par exemple, une grande et rapide évolution de l’opinion sur la question du mariage des couples de même sexe. Il se désintéresse d’autant plus de ces enjeux après une cruelle récession et avec une reprise économique qui demeure fragile. Les Américains ont des préoccupations plus pressantes.
Il y a quelques semaines, beaucoup de commentateurs avaient vivement réagi à la politique de l’administration Obama d’obliger tous les employeurs, y compris les hôpitaux ou universités catholiques, à payer les services de contraception dans le cadre de l’assurance maladie que ces institutions offraient à leurs employés. Cette initiative a vivement été dénoncée par les évêques catholiques.
Même des commentateurs démocrates affirmaient que, cette fois, le président Obama était allé trop loin. Qu’il s’attaquait à la liberté religieuse garantie par la Constitution. Mais comme les leaders républicains au Congrès, ces commentateurs avaient une chose en commun : c’étaient tous des hommes d’un certain âge.
Incapables de ne pas en faire trop quand une occasion politique se présente, les républicains du Congrès ont introduit un projet de loi étendant cette liberté religieuse à tous les employeurs. Le propriétaire d’un supermarché aurait donc pu refuser de payer pour les services de contraception à ses employés en prétextant ses convictions religieuses.



