« Qu’est-ce qu’on vous souhaite en 2012 de la part des Canadiens, Monsieur le Président? »
Un peu surpris par ma question, Nicolas Sarkozy hésite un tantinet et reste évasif… « Les Canadiens, les Canadiens… Ce sont de grands amis, de grands alliés… Et puis il y a le Québec! » Il s’arrête sec, ayant peut-être à l’esprit le piège dans lequel est tombée sa rivale de 2007, Ségolène Royal qui, questionnée sur une éventuelle indépendance du Québec, s’y était montrée spontanément favorable.
Depuis près d’une heure, dans les salons de l’Élysée, le président prend un bain de foule. Pas n’importe quelle foule : les 200 journalistes français et étrangers venus entendre ses vœux du Nouvel An s’agglutinent maintenant autour de lui. Il discute ferme, rit, prend plaisir à invectiver les uns et à chouchouter les autres. Il est décontracté, bien dans son élément, sans l’ombre du fameux « casse-toi, pauvre con » qu’il avait lancé, il y a quelques années, à un de ses détracteurs refusant de lui serrer la main lors d’une foire agricole.
C’est qu’il a beaucoup appris, Nicolas Sarkozy, depuis qu’il est entré à l’Élysée il y a 5 ans. Et il n’hésite pas à le dire, les journalistes y sont pour beaucoup. Et c’est un véritable « je vous aime, moi non plus » qu’il leur a « fredonné » en guise de vœux. « La seule façon de progresser, c’est se faire critiquer, et là, je dois vous dire merci, j’ai été servi », a-t-il lancé vers l’assistance.
« Il y a encore beaucoup de passion dans le vieux couple que nous formons, vous et moi », a poursuivi le président. Les journalistes présents, dont plusieurs n’hésitent pas à le malmener quotidiennement dans leurs publications respectives, n’ont pu faire autrement qu’acquiescer quand il a dit : « La vitalité d’une démocratie repose en grande partie sur la liberté de la presse, même quand elle se trompe… Et imaginez l’ennui d’un pays où la presse ne se tromperait pas! »
La référence à la presse qui le donne perdant à l’élection présidentielle du printemps prochain ne pouvait être plus claire. « Je vous souhaite une année 2012 où on ne s’ennuiera pas vous et moi… Je vous assure, 2012 ne vous décevra pas », a conclu Nicolas Sarkozy avant de descendre discuter dans la salle.
Toujours pas officiellement candidat à sa propre succession, Sarkozy fait languir la presse, les Français et son propre parti, l’UMP, où les troupes commencent à s’impatienter. Au plus bas dans les sondages, près de neuf points derrière son principal rival, le socialiste François Hollande, le président laisse courir toute sorte de bruits… Il envisagerait sérieusement la défaite, il serait déprimé, il attendrait le tout dernier moment, soit le 16 mars, pour se présenter. Les journalistes multiplient les astuces pour lui faire cracher le morceau, sans succès.
Mais encore, je tente aussi ma chance : « Si les Canadiens sont de grands amis, Monsieur le Président, qu’est-ce qu’ils devraient vous souhaiter pour 2012? »
« La même chose que Stephen Harper! » Yes, j’ai ma réponse! Je pousse ma chance : « Avec la même majorité? » (nos systèmes électoraux sont différents, mais qu’importe). « Oui », répond le probable futur candidat Nicolas Sarkozy.
Qu’est-ce que ce serait ennuyant si la presse ne se trompait pas!




