Samira porte son hijab rose fuchsia comme une provocation. Son sourire éclatant comme un défi. Cette jeune Égyptienne de 25 ans vient de remporter une victoire extraordinaire contre la toute puissante armée égyptienne. La Cour ordonne à l’armée de ne plus procéder à des « tests de virginité » forcés.
Samira et 17 autres jeunes femmes arrêtées en mars parce qu’elles manifestaient à la place Tahrir, au Caire, ont subi cet étrange test. « Pour que des vierges ne puissent nous accuser de viols », a prétendu l’armée. « Pour mieux violer les femmes qui ne le sont pas », ont répliqué les organismes de défense des droits, pour qui ces tests sont une forme de torture et de violence sexuelle.
Quand on lui demande ce qui s’est passé en prison, Samira nous renvoie à son témoignage sur YouTube. Elle y raconte, parfois en pleurs, comment on l’a traitée de pute, rouée de coups de souliers au visage, battue toute la nuit, déshabillée de force devant des hommes. Elle craque quand elle décrit cette humiliation.
« Je voulais mourir, je souhaitais avoir une crise cardiaque, j’enviais ceux qui avaient été tués. » Puis elle décrit les électrochocs pour lui écarter les jambes, la pénétration digitale qui confirme qu’elle est toujours « une jeune fille » et non une « prostituée ». « C’était un docteur, mais, qu’a-t-il examiné pendant cinq minutes? Ce n’était qu’humiliation, les officiers nous insultaient et riaient. C’était comme une compétition pour trouver la pire insulte. Ils voulaient nous briser, pour qu’on ne pense même plus à protester contre l’oppression. »
Mais l’humiliation et les souffrances qu’elle a subies aux mains des militaires ont plutôt nourri la colère et la détermination de Samira. Elle décide de poursuivre l’armée pour qu’aucune autre Égyptienne ne subisse le même supplice. Aussi, elle est désormais convaincue que les militaires n’appuient pas la révolution, mais veulent l’écraser.
En prison, elle avait été surprise de voir sur les murs une toute nouvelle photo d’Hosni Moubarak. Quand elle demande pourquoi la photo du président déchu est encore là, on la frappe à nouveau et on lui crache au visage : « Vous ne l’aimez pas, mais nous on l’aime, c’est notre président. » Un ancien garde présidentiel rencontré au Caire en novembre avait renchéri : « Tant que Moubarak sera en vie, la révolution sera en danger. »
Cette décision de la Cour est un formidable pied de nez à l’armée égyptienne, qui mène le pays à coups de matraques et de tortures depuis 60 ans. Cette cause révèle à quel point la chute d’Hosni Moubarak n’a pas mis fin aux vieilles méthodes. Les militaires continuent de gouverner par la force et l’intimidation. Grâce à l’incroyable courage de Samira, maintenant, tout le monde sait.
L’histoire de Samira illustre aussi que, malgré les revers et les reculs, la révolution égyptienne avance, tranquillement. Beaucoup d’Égyptiens n’ont plus peur. C’est le cas de Samira et des milliers de jeunes qui continuent de manifester à la place Tahrir et ailleurs au pays. Chaque nouveau torturé qui sort de prison semble renforcer la volonté des révolutionnaires, qui ont juré de ne plus quitter la place Tahrir tant que l’armée ne cédera pas le pouvoir aux civils élus par le peuple.
L’équipe d’Une heure sur terre a rencontré Samira Ibrahim au Caire en novembre et doit la retrouver chez elle en Haute-Égypte en janvier. Voyez son portrait et celui d’autres jeunes Égyptiens à l’émission le 10 février.

Graffiti près de la cour militaire où a été entendue la cause de Samira contre l'armée. / Crédit: Sophie Langlois
Traduction : Une fille (Aliaa Magda Elmahdy, à gauche) pose nue sur le web et tout le monde en parle. Une autre fille (Samira Ibrahim, à droite) est déshabillée de force par des militaires pour subir un test de virginité et personne n’en parle.




















