Billets publiés en décembre 2011

Samira Ibrahim / Crédit: Sophie Langlois

Samira porte son hijab rose fuchsia comme une provocation. Son sourire éclatant comme un défi. Cette jeune Égyptienne de 25 ans vient de remporter une victoire extraordinaire contre la toute puissante armée égyptienne. La Cour ordonne à l’armée de ne plus procéder à des « tests de virginité » forcés.

Samira et 17 autres jeunes femmes arrêtées en mars parce qu’elles manifestaient à la place Tahrir, au Caire, ont subi cet étrange test. « Pour que des vierges ne puissent nous accuser de viols », a prétendu l’armée. « Pour mieux violer les femmes qui ne le sont pas », ont répliqué les organismes de défense des droits, pour qui ces tests sont une forme de torture et de violence sexuelle.

Quand on lui demande ce qui s’est passé en prison, Samira nous renvoie à son témoignage sur YouTube. Elle y raconte, parfois en pleurs, comment on l’a traitée de pute, rouée de coups de souliers au visage, battue toute la nuit, déshabillée de force devant des hommes. Elle craque quand elle décrit cette humiliation.

« Je voulais mourir, je souhaitais avoir une crise cardiaque, j’enviais ceux qui avaient été tués. » Puis elle décrit les électrochocs pour lui écarter les jambes, la pénétration digitale qui confirme qu’elle est toujours « une jeune fille » et non une « prostituée ». « C’était un docteur, mais, qu’a-t-il examiné pendant cinq minutes? Ce n’était qu’humiliation, les officiers nous insultaient et riaient. C’était comme une compétition pour trouver la pire insulte. Ils voulaient nous briser, pour qu’on ne pense même plus à protester contre l’oppression. »  

Mais l’humiliation et les souffrances qu’elle a subies aux mains des militaires ont plutôt nourri la colère et la détermination de Samira. Elle décide de poursuivre l’armée pour qu’aucune autre Égyptienne ne subisse le même supplice. Aussi, elle est désormais convaincue que les militaires n’appuient pas la révolution, mais veulent l’écraser.

En prison, elle avait été surprise de voir sur les murs une toute nouvelle photo d’Hosni Moubarak. Quand elle demande pourquoi la photo du président déchu est encore là, on la frappe à nouveau et on lui crache au visage : « Vous ne l’aimez pas, mais nous on l’aime, c’est notre président. » Un ancien garde présidentiel rencontré au Caire en novembre avait renchéri : « Tant que Moubarak sera en vie, la révolution sera en danger. »

Cette décision de la Cour est un formidable pied de nez à l’armée égyptienne, qui mène le pays à coups de matraques et de tortures depuis 60 ans. Cette cause révèle à quel point la chute d’Hosni Moubarak n’a pas mis fin aux vieilles méthodes. Les militaires continuent de gouverner par la force et l’intimidation. Grâce à l’incroyable courage de Samira, maintenant, tout le monde sait. 

L’histoire de Samira illustre aussi que, malgré les revers et les reculs, la révolution égyptienne avance, tranquillement. Beaucoup d’Égyptiens n’ont plus peur. C’est le cas de Samira et des milliers de jeunes qui continuent de manifester à la place Tahrir et ailleurs au pays. Chaque nouveau torturé qui sort de prison semble renforcer la volonté des révolutionnaires, qui ont juré de ne plus quitter la place Tahrir tant que l’armée ne cédera pas le pouvoir aux civils élus par le peuple. 

 

 

L’équipe d’Une heure sur terre a rencontré Samira Ibrahim au Caire en novembre et doit la retrouver chez elle en Haute-Égypte en janvier. Voyez son portrait et celui d’autres jeunes Égyptiens à l’émission le 10 février.

 

Graffiti près de la cour militaire où a été entendue la cause de Samira contre l'armée. / Crédit: Sophie Langlois

Traduction :  Une fille (Aliaa Magda Elmahdy, à gauche) pose nue sur le web et tout le monde en parle.  Une autre fille (Samira Ibrahim, à droite) est déshabillée de force par des militaires pour subir un test de virginité et personne n’en parle.

Les États-Unis hors d’Irak! Au 31 décembre 2011, il ne doit plus y avoir de soldats américains sur le territoire irakien. Huit ans et neuf mois après l’invasion des troupes américaines, qui a donné lieu à une guerre catastrophique et meurtrière. Le président Barack Obama a terminé, comme promis, le processus de retrait des troupes américaines d’Irak.

Le 14 décembre, M. Obama a souligné ce retrait en y allant, à la base de Fort Bragg, d’un éloge appuyé à l’armée américaine. Un éloge qui faisait presque oublier que le même homme, en 2002, s’était élevé contre ce qu’il avait appelé à l’époque « une guerre stupide ».

Devant 3000 vétérans, dans une ambiance patriotique, il s’est émerveillé de l’esprit américain, de l’esprit de sacrifice américain… sacrifice toujours « désintéressé », bien entendu. Air connu. En précisant que « nous laissons derrière nous un Irak souverain, stable, autosuffisant. Ce qui nous permet de partir aujourd’hui la tête haute ».

Et pourtant…

Pourtant, presque une décennie plus tard, l’intervention en Irak présente un bilan au mieux mitigé… avec un départ qui n’a rien de triomphal.

Massacre après massacre

La guerre et tous ses morts… Quatre mille cinq cents soldats américains tués, mais aussi 20 000 soldats irakiens et surtout 100 000 civils innocents (évaluation « basse » du site spécialisé www.iraqbodycount.org). Des civils interceptés aux barrages et tués « par accident », par des Américains à la gâchette légère. Le massacre de Haditha, en novembre 2005 : 24 civils massacrés par une troupe de marines fous de rage, vengeresse après la mort d’un officier. Un épisode qui, à une moindre échelle, rappelle le massacre de My Lai au Vietnam, en 1968, par un bataillon américain.

Et puis, à partir de février 2006 et pendant environ deux ans, ce sera la guerre civile sunnites-chiites, une guerre atroce, avec des assassinats ciblés, des bombes quotidiennes et des pointes de 100 morts par jour à l’été 2006… Les explosions au coin de la rue, les cadavres partout dans Bagdad au petit matin.

Et puis — quand même — dans la colonne positive, la chute d’un dictateur cruel, Saddam Hussein, mais exécuté dans des conditions honteuses, en décembre 2006, à la suite d’un long procès où l’on n’aura finalement pas appris grand-chose. Et puis, certes, l’éclosion d’une vie politique pluraliste : il y a aujourd’hui, en Irak, des partis libéraux, islamistes, sunnites, chiites, kurdes…

Mais à quel prix? Et ces prétendus « acquis », sont-ils durables ou non? La question reste ouverte.

D’autant qu’il y a encore des violences presque quotidiennes en Irak. Des assassinats politiques. Des attentats à l’explosif. Rien à voir avec la descente aux enfers de 2006. Mais en 2011, en Irak, il y a quand même eu, en moyenne, un gros attentat à la bombe par mois. Avec, chaque fois, 8, 10, 20, 30 morts… On parle, cette année, de 3000 morts violentes, soit huit par jour en moyenne. C’est douze fois moins qu’en 2006, mais l’Irak reste un pays instable et violent.

Des tensions qui persistent

Malgré ce qu’a dit Barack Obama aux soldats de Fort Bragg — « un pays souverain, stable, autosuffisant » —, ce n’est pas un territoire en paix que les États-Unis laissent derrière eux. Loin de là. Les tensions intercommunautaires sont omniprésentes. La question de la cohabitation entre Arabes sunnites et chiites, entre Arabes et Kurdes, reste incertaine.

Les Kurdes au nord veulent leur indépendance, même s’ils sont prêts à se contenter d’une superautonomie. Les sunnites minoritaires (le groupe de Saddam Hussein) n’ont pas encore digéré que le pays soit désormais gouverné par les chiites, majorité démocratique oblige. Le partage des ressources pétrolières entre Bagdad, le Nord et le Sud? Un gros, gros point d’interrogation.

Économiquement, le solde de la guerre n’est toujours pas payé. Les gens ont-ils commencé à vivre mieux? Tout est très relatif. La pauvreté absolue touche un quart de la population. La fourniture quotidienne d’électricité, indicateur important et symbolique à Bagdad, reste toujours limitée à quelques heures par jour. La production de pétrole n’a pas tout à fait retrouvé ses niveaux d’avant-guerre, qui étaient de presque 3 millions de barils par jour dans les meilleures années. On est aujourd’hui entre deux et deux et demi.

L’influence nouvelle de l’Iran

Il y a eu des attentats, encore tout récemment, contre des installations pétrolières… On soupçonne les insurgés sunnites. Mais il y a aussi des brigades chiites, restées très actives, même si leur fameux chef charismatique, Moktada el-Sadr, a aujourd’hui intégré le jeu politique.

C’est ce même Moktada qui a réussi, cet automne, à empêcher la prorogation, désirée par les Américains, de leur présence militaire, à hauteur de quelques milliers de soldats en 2012. Moktada, soutenu en sous-main par l’Iran, a dit non. Et ça a été non : les Américains dehors au 31 décembre.

N’oublions pas non plus l’influence nouvelle de l’Iran en Irak, puisque les chiites maintenant au pouvoir à Bagdad sont plutôt les amis de Téhéran. Voilà un autre effet pervers d’une guerre qui devait — pensait-on naïvement à Washington — amener un réalignement géopolitique favorable aux Occidentaux.

Donc, une guerre qui aura coûté des centaines de milliards de dollars aux États-Unis. M. Obama lui-même a dit « mille milliards », mais certaines évaluations d’économistes (Joseph Stieglitz) vont jusqu’à trois mille milliards! Donc, les États-Unis, qui vont tout de même conserver une certaine présence à Bagdad avec la plus grosse ambassade du monde,  ne retrouveront pas avant longtemps, très longtemps, un retour sur leur supposé « investissement » irakien.

Au contraire : la folle équipée irakienne, pour les États-Unis, ressemble à un immense gâchis, à une colossale perte d’argent… mais aussi de prestige et d’influence diplomatique.

Le Brésil, meneur mondial de la production et de l’exportation agricole, n’a absolument pas besoin de détruire la forêt amazonienne pour produire encore plus.

Pourtant, la forêt est – encore plus? – menacée.

Humidité au lever du soleil. Mato Grosso.

LOI FORESTIÈRE

Le Sénat brésilien a approuvé le 6 décembre 2011 la loi de réforme du Code forestier de 1965.

Dans les exploitations agricoles amazoniennes, jusqu’à 80 % de la forêt doit être protégée. Mais en comptant les forêts riveraines, elles pourront désormais réduire ce pourcentage.

Les infractions commises avant 2008 seront pardonnées si les propriétaires s’engagent à reboiser.

C’est « un jour de honte », a dit Greenpeace Brésil. Le Brésil a reçu de vives critiques à la conférence des Nations unies sur le climat, à Durban, en Afrique du Sud.

Mato Grosso. Ceci était la forêt amazonienne.

Les écologistes affirment que 79 millions d’hectares de forêts seront menacés, soit l’équivalent de l’Allemagne, de l’Autriche et de l’Italie réunies.

Le projet de loi doit repasser devant la Chambre de députés. La présidente Dilma Roussef pourrait encore y apposer son veto. Dernier recours des écologistes, qui rappelleront à la présidente ses promesses électorales.

UN GÉANT AGRICOLE

Le Brésil est premier producteur et/ou exportateur de bœuf, de poulet, de sucre, de café, de jus d’orange, et sa part du marché du soja et du maïs est en croissance.

Le plus grand presse-oranges du monde. Cie. Cutrale, Araraquara, Sao Paulo.

Le Brésil est, ou sera bientôt, la « ferme du monde ». La forêt, il n’en a pas besoin pour produire plus de bœuf ou de soja. Actuellement, seulement 7 % de son territoire est en culture, selon Yves Théry, géographe de l’Université de Sao Paulo.

« Le problème c’est que ce n’est pas un mouvement rationnel. C’est un mouvement qui est fait par des spéculateurs, souvent par des gens qui veulent surtout s’enrichir en occupant des terres publiques, en enregistrant leur nom, ce qui est parfaitement légal. La coupe de la forêt paie déjà leurs frais. Et s’ils mettent un peu de bétail, un peu d’herbe là-dessus, c’est déjà un gain, après ça ils peuvent revendre. [...] Dans des régions extrêmement reculées, les autorités locales, les mairies sont souvent occupées par ces gens-là. Il y a beaucoup de corruption, de menaces, de violences, donc c’est un Far West. Des situations de Far West où la notion de loi devient un peu floue. Moi, j’ai travaillé en Rondônia. Il y a une seule loi qui s’applique, c’est l’article 30-30, qui était le calibre de la Winchester. » — Yves Théry

Le reportage de Jean-Michel Leprince, Georges Amar et Martin Cloutier à Une heure sur terre

 

Ce bois, non marqué, est illégal. Il vaut de l’or.

 

« Avec la main droite, vous prenez des initiatives pour contrôler la déforestation. Avec la main gauche, vous prenez des initiatives pour financer et stimuler la déforestation, on veut faire les deux choses en même temps, et jusqu’à présent c’est la main gauche qui a gagné. » — Roberto Smeraldi, Amigos da Terra

Voir : « Zébu contre Amazonie » — Le reportage au Téléjournal de Jean-Michel Leprince, Christine Campestre et Martin Thibault, le 12 décembre 2008.

Écoutez le reportage Zébu en Amazonie>>

PHOTOS : JEAN-MICHEL LEPRINCE

Bouffée d’air frais à Pékin

Jeudi 8 décembre 2011 à 10 h 22 | | Pour me joindre

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Mercredi, un vent glacial en provenance de la Sibérie s’est finalement levé et a balayé le voile toxique qui étouffait Pékin depuis plusieurs jours.

Nous sommes donc passés en quelques heures d’un paysage glauque de fin du monde :

… à un ciel glorieusement bleu :

C’est beau Pékin, quand il fait soleil!

Pour la première fois depuis des lunes, l’indicateur de l’ambassade américaine annonce que la qualité de l’air est « bonne ».

Ces épisodes de smog ne pourront pourtant que se reproduire parce que Pékin est sise au fond d’une cuve entourée d’une couronne de montagnes. Par temps calme, ce relief emprisonne inéluctablement les polluants au-dessus de la ville.

Au moment où la capitale chinoise vivait un moment d’asphyxie, le débat se poursuivait à Durban en Afrique du Sud, pour tenter de trouver un terrain d’entente quant à l’après-Kyoto. Et c’est toujours l’impasse, notamment entre les États-Unis et la Chine, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre du monde.

Plus tôt cette semaine, les Chinois ont semblé faire preuve d’une certaine ouverture. Ils se sont dits prêts à accepter un accord contraignant dès la fin de la décennie. Mais ils ont servi les mêmes conditions qu’à l’habitude, à savoir que la Chine, comme les autres pays en voie de développement, devrait être traitée différemment des grands pays industrialisés. Les États-Unis, qui ont toujours refusé de ratifier le protocole de Kyoto, s’opposent à tout accord qui ne mettrait pas la Chine sur un pied d’égalité avec les autres pays.

Le refrain que l’on entend souvent en provenance de la Chine, c’est que la responsabilité historique du réchauffement de la planète revient aux pays riches. Il est vrai que la révolution industrielle en Occident a commencé il y a plus de deux siècles. Et qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, c’est en Occident que la société de consommation a connu un essor sans précédent, à un moment où tous voulaient acheter le rêve américain, avec maison et voiture svp.

Mais peu importe que l’on calcule les émissions historiques ou par personne, il faudra tirer les rênes de la Chine – rappelons-le, ce pays est aujourd’hui la deuxième puissance économique mondiale – pour la simple et bonne raison que l’on étouffe ici même, en Chine. Est-ce la faute du voisin? De l’arrière-grand-père du voisin? Chercher le coupable, alors que la situation est aussi alarmante ici, semble pour le moins futile.

Cette semaine, les salles d’urgence étaient bondées dans la capitale chinoise. De nombreux résidents souffraient de troubles pulmonaires. Un article du China Daily, journal pourtant contrôlé par l’État, notait que depuis 10 ans, le taux de cancer du poumon était en hausse de 60 % à Pékin, et sans une augmentation notable du nombre de fumeurs. Les particules polluantes provenant des gaz d’échappement des voitures et des centrales au charbon seraient donc en cause.

Mince lueur d’espoir : c’est peut-être l’impact que la pollution a sur l’économie qui pourrait s’avérer le meilleur argument en faveur de la protection de l’environnement. Car si réduire les émissions entraîne des coûts, le statu quo a aussi des conséquences financières.

Des centaines de vols annulés, des autoroutes fermées pendant des jours, qui paralysent le transport des gens et des marchandises, tout cela a un prix.

Mais quand on apprend que les dirigeants chinois vivent en vase clos, jugeant l’air de leur propre capitale trop nocif pour eux, on peut se demander si la grogne des gens prisonniers du smog arrivera jusqu’à eux.

 

50% à peine aux législatives: un camouflet pour Vladimir Poutine.

50 % à peine aux législatives : un camouflet pour Vladimir Poutine.

99,48 %.

C’est le score qu’a obtenu le parti Russie unie de Vladimir Poutine et de Dmitri Medvedev en Tchétchénie. 99,5 %, c’est aussi le taux de participation aux élections législatives russes dans cette petite république du Nord-Caucase.

Ramzan Kadyrov, président de Tchétchénie, protégé du Kremlin, sait visiblement s’y prendre quand vient le moment de livrer les résultats électoraux escomptés…

Si la fraude a été moins manifeste dans le reste du pays (ou moins efficace), elle a tout de même marqué le scrutin de façon importante, d’après les observateurs internationaux envoyés par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). 

Cette dernière a noté des irrégularités au niveau du décompte des voix dans 25 % des bureaux de vote visités, et de forts soupçons de bourrage d’urnes dans 11 %. L’organisation a aussi fait état d’une trop grande proximité entre l’État et le parti au pouvoir, Russie unie, un accès inégal aux médias nationaux, une campagne électorale injuste dont ont été exclus d’emblée beaucoup de joueurs.

Plus »

Vous adorez regarder des téléromans en mandarin à la télé chinoise? Vous en avez marre de devoir attendre la fin d’une énième pause publicitaire pour connaître le prochain rebondissement? Réjouissez-vous! À compter de janvier, aucune publicité ne viendra interrompre les téléromans et autres dramatiques diffusés sur les chaînes de l’Empire du Milieu.

Il y aura donc plus de ça. Et moins de ça.

La nouvelle, annoncée cette semaine par le gouvernement chinois, a surpris bien des diffuseurs ici. Selon eux, cette réglementation pourrait entraîner des pertes de revenus publicitaires de plus de 3 milliards de dollars.

En fait, la durée des pauses publicitaires sera à peu près la même, mais les publicités seront concentrées au début et à la fin des épisodes.

Un officiel de la chaîne Shanghai Drama soulignait toutefois que ce changement pourrait avoir des conséquences positives. « Bien sûr, nos revenus publicitaires seront touchés, mais cela attirera peut-être un plus grand nombre de téléspectateurs », a-t-il confié au Shanghai Daily.

Comme bien souvent dans l’Empire du Milieu, aucune explication n’a été donnée pour justifier cette décision. Elle semble cependant s’inscrire dans un vaste programme ayant pour but de rehausser la qualité et la valeur culturelle de l’offre télévisuelle.

Le mois dernier, les autorités chinoises ont annoncé qu’elles allaient limiter le nombre d’émissions de divertissement (talk-shows, téléréalité, jeux télévisés), favorisant plutôt les documentaires et autres émissions d’information. Ainsi, Supergirl, émission ultrapopulaire inspirée des concours de type Star Académie ou American Idol, sera retirée des ondes.

Les autorités souhaitent ainsi mettre fin à la promotion de l’hédonisme, de l’individualisme extrême et du culte de l’argent. Pendant ce temps, les jeunes se tournent vers Internet, sautent par-dessus la « Grande Cyber-Muraille » (Great Firewall of China) et s’abreuvent de contenus chinois et étrangers qui ne sont pas diffusés à la télé chinoise. Comme quoi la censure ne fait qu’augmenter l’attrait de l’interdit…

Gingrich : saveur du mois ou lutte à deux?

Vendredi 2 décembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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MCAuger

WASHINGTON – Un autre mois, un autre meneur dans la course à l’investiture républicaine. Cette fois, c’est l’ancien président de la Chambre des représentants, Newt Gingrich, qui est en tête des sondages.

Est-il seulement la saveur du mois, comme les Bachmann, Perry et Cain l’ont été avant lui? Ou est-il plutôt celui qui pourra ravir la nomination au candidat que l’on disait inévitable, l’ancien gouverneur Mitt Romney?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles Gingrich est un candidat plus sérieux que les précédents. D’abord, nul ne doute de son intelligence, de sa capacité de saisir les questions les plus complexes ou de son expérience. Ce n’est pas lui qui dira que la Chine n’a pas la bombe atomique, comme Herman Cain, ou qui ne se souviendra pas des trois principaux éléments de son propre programme, comme Rick Perry.

Le problème de tous ceux qui ont mené la course depuis quelques mois est que dès qu’ils se sont retrouvés sous la lumière des projecteurs, ils ont surtout réussi à faire la preuve qu’ils n’étaient aucunement prêts à assumer la présidence des États-Unis. Ça n’arrivera pas à Newt Gingrich.

En même temps, dans cet étrange derby de démolition qu’est devenue la course républicaine, il est le dernier candidat sérieux à être encore debout et à pouvoir affronter Mitt Romney – qui se maintient constamment au premier ou deuxième rang des sondages, mais toujours avec le même désespérant quart des voix.

Mitt Romney

Les sondages ont beau indiquer que, de tous les républicains en lice, c’est Romney qui a les meilleures chances de battre Barack Obama, on dirait que les républicains – et particulièrement les plus conservateurs – sont incapables de lui trouver des qualités.

Trop modéré, sans véritables convictions conservatrices, dit-on de Romney. Certains le trouvent même trop parfait, au point d’être « un candidat en plastique ».

Il est vrai que Mitt Romney a souvent changé d’idée. Sa réforme de l’assurance maladie au Massachusetts ressemble beaucoup à celle d’Obama, qu’il promet pourtant d’abandonner. Il a été pour le sauvetage des banques, pour une bourse du carbone et pro-choix en matière d’avortement, mais il défend aujourd’hui le contraire. Il a longtemps été favorable au contrôle des armes à feu, pour ensuite devenir membre à vie de la National Rifle Association, le principal lobby des armes à feu, à 59 ans!

Et c’est un mormon, ce qui pour bien des chrétiens évangélistes, qui sont une force dans le Parti républicain, n’est rien de plus qu’une secte dont il faut se méfier.

Newt Gingrich

Newt Gingrich n’a pas, lui non plus, le profil pour plaire à l’aile droite de son parti.

Il a permis à son parti de prendre le contrôle de la Chambre des représentants pour la première fois en 30 ans pendant les années Clinton, mais il devait démissionner en disgrâce seulement quatre ans plus tard parce qu’il s’était fait de puissants ennemis au sein même de son parti. Des ennemis qui le sont encore…

Sa vie personnelle est loin d’être parfaite : il en est à son troisième mariage et ses aventures extra-conjugales sont bien connues.

Il a, lui aussi, appuyé le sauvetage des banques et il a été l’un des rares républicains à rejeter le budget proposé par le représentant Paul Ryan pour réduire le déficit.

Il a été le lobbyiste grassement payé, même s’il s’en défend, de Freddie Mac et de Fannie Mae, les deux prêteurs hypothécaires quasi gouvernementaux que les républicains accusent d’être responsables de la crise actuelle.

Et, surtout, Gingrich a la réputation d’être imprévisible et de pouvoir, pratiquement à tout moment, faire une déclaration aussi spectaculaire qu’embarrassante. Comme la semaine dernière quand il a suggéré qu’on n’avait qu’à congédier les concierges des écoles et de faire faire le nettoyage par les élèves.

« Tout le monde sait qu’inévitablement, Newt va, un jour, presser le mauvais bouton et qu’il va s’autodétruire. C’est l’histoire de sa carrière », disait cette semaine un stratège démocrate.

Sauf que Gingrich est l’homme qui s’est mis à monter dans les sondages au bon moment et, intellectuellement, nul ne doute qu’il puisse tenir tête à Mitt Romney et à l’establishment du Parti républicain.

Reste à savoir s’il sera assez discipliné pour que cela dure suffisamment longtemps.

Chine : les héritiers du sida

Jeudi 1 décembre 2011 à 11 h 14 | | Pour me joindre

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Ce devait être l’un des plus beaux jours de leur vie. Mais la joie s’est vite transformée en cauchemar.

Dans le Hebei, la province voisine de Pékin, ils sont des centaines à avoir attrapé le virus du sida à la suite de transfusions sanguines. Comme la plupart des paysans en Chine ne possèdent pas d’assurance maladie, ils ne se rendent à l’hôpital qu’en cas de maladie grave. Et les femmes y vont pour accoucher.

Entrevue dans la cour carrée de Wang Weijun. Photo : Yang Lei

« Ma femme était en bonne santé avant la naissance de notre fille », nous a confié Wang Weijun.

Selon lui, son épouse n’aurait jamais dû recevoir de transfusion. Mais en Chine, les soins de santé sont payants et une transfusion sanguine rapporte de l’argent. Dans les années 90, les médecins et le personnel de deux hôpitaux de la région de Xingtai avaient mis sur pied un système qui leur permettait d’arrondir leurs fins de mois.

Au lieu de se procurer du sang dans des banques certifiées, ils en achetaient au noir, en offrant l’équivalent de quelques dollars aux paysans qui acceptaient de faire un don. Le sang n’était jamais testé, et on le « revendait » ensuite aux patients, au même prix que celui venant de banques légitimes. Les médecins et le personnel impliqués empochaient la différence.

Pour la famille Wang, cette pratique illégale a eu des conséquences funestes. La femme de Wang Weijun est morte deux ans après la naissance de leur fille, Wang Kaijia. Et celle-ci a aussi attrapé le virus. Quand l’adolescente de 14 ans nous parle de sa maladie, de son désir d’aller vivre « dans une grande ville » où l’on ne saurait pas ce qu’elle a, son regard se met à fuir. Elle finit ses phrases par un rire nerveux, comme pour ne pas pleurer.

Cette histoire de sang contaminé s’est passée dans les années 90. Pourtant, encore aujourd’hui, Wang Weijun est l’un des rares à avoir obtenu compensation (après une bataille judiciaire de 10 ans, on lui a accordé 43 000 $).

Nombreux sont ceux qui continuent de se battre, malgré leur santé chancelante et l’espoir qui s’éteint peu à peu. Des années plus tard, les médecins responsables d’avoir transmis le virus à leurs propres patients ont depuis longtemps pris la fuite. Et les autorités tentent toujours de faire pression pour que l’on oublie ce scandale.

Nous nous étions assurés de ne pas réserver de chambres dans le district où se trouvent les deux hôpitaux à l’origine du scandale. Pourtant, notre arrivée était connue, même avant que nous posions le pied dans cette campagne reculée.

L’une des victimes avec qui nous avions rendez-vous est Mme Chen. Elle a contracté le VIH à l’accouchement de son fils. Celui-ci est mort du sida à l’âge de six ans. Pourtant, l’hôpital où a eu lieu l’accouchement refuse de reconnaître toute responsabilité dans l’affaire. Mme Chen n’a reçu que 1500 $ de compensation et on l’a même jetée en prison quand elle a tenté de réclamer une somme plus raisonnable.

Notre rendez-vous avait été fixé pour le mardi 22 novembre, mais un smog intense a entraîné la fermeture de l’autoroute, reportant notre arrivée au lendemain. Étrange tour du destin, puisque ce jour-là, un officiel local avait envoyé à Mme Chen le message suivant :

Photo Yang Lei

« Aujourd’hui, des journalistes viendront peut-être t’interviewer. J’espère que tu ne les rencontreras pas. S’il se passe quelque chose, appelle-moi. »

Tentative à peine voilée de faire taire cette dame qui n’a aujourd’hui plus rien à perdre.

Mme Chen nous a confié avoir été « surveillée » toute la journée par des gardiens à la solde des autorités locales. Quand nous nous sommes finalement présentés tard le lendemain après-midi, la voie était libre. Nous avons fait l’entrevue et réveillé de mauvais souvenirs.

Et puis, nous sommes repartis vers Pékin avec les histoires de ces gens innocents que l’on traite comme des coupables.