Billets publiés en novembre 2011

Le doigt d'honneur qui a coûté son poste à Tatyana Limanova.

Le doigt d'honneur qui a coûté son poste à Tatyana Limanova

Le geste disgracieux a duré moins d’une seconde, mais il n’a échappé à personne et a coûté son poste à une présentatrice de la télé très connue en Russie. Tatyana Limanova n’est pas une débutante. C’est une présentatrice chevronnée de la chaîne de télé russe REN-TV. Aussi, beaucoup ont été étonnés de la voir présenter son majeur relevé à la caméra au moment même où elle prononçait les mots « Barack Obama » dans une nouvelle consacrée au sommet de l’APEC aux États-Unis.

Vidéo de l’incident sur Youtube

La vidéo de l’incident s’est rapidement propagée sur Internet. Vue à des centaines de milliers de reprises. Pour la présentatrice, la sanction a été immédiate : congédiée sur-le-champ.

Après quelques jours de mutisme, Tatyana Limanova s’est finalement expliquée sur son geste. Le doigt d’honneur n’était pas destiné au président américain pour qui elle dit avoir le plus grand respect. Il s’adressait en fait, selon elle, aux techniciens en studio. La journaliste croyait ne pas être à l’écran à ce moment, puisque des images montrant le sommet de l’APEC devaient être diffusées.

La présentatrice s’est excusée pour cet « incident ridicule ». Elle a reconnu qu’il « a causé du tort à la chaîne et peut-être aussi offensé certains téléspectateurs ». La chaîne a tout de même maintenu sa décision.

Au terme d’un accord négocié en coulisse pour satisfaire tous les partis représentés au nouveau Parlement, un mois après ses premières élections libres, la Tunisie a enfin un président et un premier ministre, tous les deux élus au suffrage universel.

 Le président Moncef Marzouki, 66 ans, médecin de profession, exilé en France pendant des années, est le chef du parti longtemps interdit par le régime Ben Ali, le Congrès pour la République.

 Le premier ministre Hamadi Jebali, 61 ans, est le secrétaire général du parti islamiste Ennahda, qui a obtenu le plus grand nombre de sièges (89) au Parlement lors des élections du mois d’octobre. Condamné à mort, cet opposant de longue date a passé 16 ans dans les prisons de Ben Ali.

 J’ai rencontré les deux hommes en janvier dernier lors de mon séjour en Tunisie, quelques jours après la chute de Ben Ali.

 Moncef Marzouki venait tout juste de rentrer d’exil. Hamadi Jebali s’apprêtait à se lancer à la conquête du pouvoir.

La rencontre avec Hamadi Jebali :

 

Celle avec Moncef Marzouki :

 

Le combat extrême de Vladimir

Mercredi 23 novembre 2011 à 17 h 25 | | Pour me joindre

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belangerjf

Pour ceux qui l’ignorent, la Russie est en campagne électorale. Les électeurs sont appelés aux urnes le 4 décembre prochain pour élire leurs députés. Puis à nouveau en mars pour se choisir cette fois un nouveau président. Et si l’exercice ne laisse que peu de doutes quant à son issue depuis que Vladimir Poutine a déclaré son intention de reprendre son dû, cela ne l’empêche pas de faire campagne, de multiplier les apparitions et les happenings médiatiques.

De fait, le premier ministre est en campagne perpétuelle. Que ce soit pour nourrir un besoin personnel de s’afficher ou parce que le personnel de son service de presse fait du zèle, Vladimir Poutine est partout, omniprésent dans les médias russes.

Et l’homme ne se contente pas de couper des rubans ou de serrer des mains. Non, l’ancien (et, probablement futur) président russe aime se présenter comme un homme d’action. S’il veut parler du rachat du célèbre club de hockey moscovite CSKA, il en enfile l’uniforme, chausse ses patins et échange des rondelles avec les joueurs.

L'image d'un homme d'action

Poutine endosse l'uniforme du CSKA Moscou

S’il veut parler des problèmes d’incendie de forêt, il se fait photographier aux commandes d’un avion-citerne. Au cours des derniers mois, on l’a ainsi vu retrouver des amphores en mer Noire, revêtu d’un habit d’homme-grenouille; monter à cheval, torse nu; piloter une voiture de formule un; et j’en passe.

À cheval, torse nu...

Les Russes semblent aimer cela. Sa cote de popularité flirte avec les 65 % depuis des années.

Or, alors que les élections approchent à grands pas, le surhomme Poutine vient de connaître sa première déconvenue publique. Et son service de presse, son premier couac. Vladimir Poutine s’est fait huer publiquement devant 20 000 personnes. Cela s’est passé dimanche au cours d’un gala d’arts martiaux mixtes auquel il assistait. Tout se déroulait bien jusqu’à ce que le premier ministre s’avance vers le ring et prenne le micro pour féliciter le champion russe Fedor Emelianenko pour sa victoire contre l’Américain Jeff Monson. À ce moment, la foule se met à siffler et à crier « Boohoo ».

Malaise.

Désarçonné par cette réaction inattendue, Poutine a tout de même trouvé le ressort nécessaire pour terminer son discours et repartir tête haute. Mais l’incident n’est pas passé inaperçu. Retransmis une première fois tel quel à la télé sur la chaîne d’État Russie-2, le segment a par la suite été remonté pour retirer le son importun des huées lors des diffusions subséquentes. Trop tard, la vidéo s’était déjà propagée sur YouTube. Elle a déjà été vue par plus de 2 400 000 internautes.

Vladimir Poutine se fait huer (sur YouTube)

Autre vidéo de l’incident

Hué publiquement

Alors, le service de presse est passé en mode de « contrôle des dommages », expliquant que les huées des spectateurs ne visaient pas le premier ministre. Chacun y est allé de ses explications sur l’origine des sifflements. Certains ont émis l’hypothèse qu’ils visaient l’athlète américain battu; d’autres ont expliqué le plus sérieusement du monde que les spectateurs se plaignaient de ne pas avoir accès aux toilettes pendant le discours du premier ministre.

Des explications qui n’ont convaincu personne.

En fait, l’incident pourrait paraître anodin, mais il fait tache dans un parcours médiatique jusque ici sans faute.

Surexposé, Vladimir Poutine commencerait-il à perdre de son éclat? Les Russes commenceraient-ils à se lasser?

Selon un sondage publié par le sondeur indépendant Centre Levada, l’homme recueille aujourd’hui 61 % d’opinions favorables; son parti, 51 %; en baisse constante depuis le début de l’année.

Quelques jours avant sa victoire écrasante aux élections législatives du 20 novembre, Mariano Rajoy, chef du parti de droite, le Parti populaire, qui sera assermenté le 20 décembre prochain, a demandé aux marchés de lui donner un peu plus d’une demi-heure pour mettre en place les réformes destinées à relancer l’économie espagnole. La blague a tourné court.

Les marchés, contrairement à la population espagnole, ne semblent pas faire confiance plus qu’il ne faut à cet ancien ministre de l’Intérieur, un homme du sérail du Parti populaire, peu charismatique et vague sur les mesures qu’il entend employer pour sortir l’Espagne du marasme économique.

Si les Espagnols lui ont pratiquement fait un chèque en blanc en lui donnant une majorité historique (jamais, dans l’histoire de l’Espagne postfranquiste, le Parti populaire n’a disposé d’un nombre aussi élevé de sièges, 186, au Parlement), les marchés se rebiffent. La Bourse de Madrid était à la baisse lundi matin, tout comme les autres places boursières européennes.

Déjà, la semaine dernière, au moment où la victoire de Rajoy ne faisait plus de doute, le gouvernement espagnol arrivait difficilement à vendre ses obligations à moins de 7 % de taux d’intérêt, le niveau considéré dans la zone euro comme une limite au-delà de laquelle les pays ont besoin d’un plan de sauvetage pour arriver à payer leur dette.

C’est que l’Espagne a besoin de bien plus qu’un changement de gouvernement pour venir à bout d’une crise profonde qui, depuis trois ans, a laissé le pays exsangue. Cinq millions de sans-emploi (un taux de chômage de 21,52 %, soit le plus élevé du monde industrialisé), un secteur bancaire mal en point, la croissance économique à zéro…

La dette espagnole a beau être à 20 % en dessous de la moyenne européenne, elle croît à une vitesse grand V, puisque les revenus de l’État sont en chute libre. La situation est tellement grave que plusieurs observateurs craignent que l’Espagne ne soit obligée de demander un plan de sauvetage, avant même que Mariano Rajoy ne forme son gouvernement, à la mi-décembre.

Dimanche, devant le siège du Parti populaire, à Madrid, une foule compacte a célébré la victoire éclatante de Mariano Rajoy une bonne partie de la nuit. Les couples dansaient au son de la vieille chanson des années 70, « Que viva España » Le champagne coulait à flot.

Des jeunes filles célébrant la victoire du PP dans la nuit du 20 novembre devant le siège du parti

Une jeune femme avec le drapeau du PP devant le siège du parti, dans la nuit du 20 novembre

Les Espagnols ne demandent pas mieux que de croire au miracle. Pourtant, le héros du jour leur a bien dit dans son discours de victoire : il n’y aura pas de miracle. Aujourd’hui c’est la fiesta, mais des temps durs sont devant nous. Il n’en a pas soufflé mot dans sa campagne, mais tous savent qu’un régime minceur draconien attend le pays dans les prochains mois. C’est du moins ce qu’on peut déduire des compressions budgétaires en vigueur depuis quelques mois dans 11 régions autonomes (sur 17 au total) administrées par le Parti populaire.

« La crise donne un pouvoir absolu au Parti populaire », titrait au lendemain des élections le quotidien de gauche El Pais. Même les indignés de la Puerta del Sol  brillaient par leur absence sur la place rendue célèbre dans le monde entier.

Reste à voir si ce pouvoir absolu sera suffisant pour insuffler une nouvelle vie à l’économie espagnole.

 

 

 

 

Washington – Les membres du Congrès américain, qui sont au plus bas dans les sondages d’opinion, ont trouvé un nouveau moyen de se rendre ridicules en décrétant que la pizza était un légume.

En fait, la pizza s’est retrouvée au mauvais endroit, au mauvais moment. À l’intersection des compressions budgétaires idéologiques, d’un processus législatif dépassé et de la force des lobbys.

Les compressions budgétaires

L’administration Obama avait proposé de limiter la malbouffe dans les cafétérias scolaires. Sauf qu’un repas bien équilibré coûte un peu plus cher que la restauration rapide. Quatorze cents de plus par repas, ce qui, en cinq ans, aurait tout de même coûté 6,8 milliards de dollars au trésor fédéral.

C’était trop pour les républicains au Congrès qui cherchent partout des moyens de réduire les dépenses, y compris dans les cafétérias scolaires. Alors, le meilleur moyen d’avoir plus de légumes, c’est de changer la définition d’un légume. C’est ainsi que la loi prévoit désormais que la sauce tomate présente sur une pointe de pizza lui permet de se qualifier comme une portion de légume.

Ce n’est pas la première fois qu’on essaie quelque chose du genre. Sous l’administration Reagan, il y a 30 ans, on avait tenté de considérer le ketchup comme un légume, pour les mêmes considérations budgétaires. Sauf qu’alors, le côté ridicule de l’affaire avait fait reculer les amis du ketchup…

Le processus législatif et budgétaire

La seconde difficulté est le processus législatif et budgétaire américain. La question de la pizza n’était qu’un petit article d’un énorme projet de loi budgétaire qui comptait des centaines d’éléments disparates.

Un membre démocrate du Congrès expliquait son vote avec candeur dans une entrevue télévisée : la loi comprenait aussi des projets auxquels il tient. Dans son cas, c’était une augmentation des budgets de l’aide juridique et des fonds pour des trains à haute vitesse. « J’aurais pu voter contre la loi à cause de la pizza, mais cela aurait été voter contre ce pour quoi je me bats depuis des années. »

Les projets de loi budgétaires sont devenus des monstres législatifs qui comprennent des centaines, voire des milliers, d’articles et qui font l’objet d’un marchandage constant entre les partis et les divers comités du Congrès. On vote sur l’ensemble et pas sur chacun des éléments. C’est à prendre ou à laisser. Cela donne, à la fin, des aberrations – comme la pizza qui devient un légume –, qui sont dûment approuvées par le Congrès.

Les lobbys

Enfin, il y a les lobbys. On estime qu’il y a, à Washington, 22 lobbyistes pour chaque législateur. Les lobbys sont bien organisés, puissants et, depuis un récent arrêt de la Cour suprême, ils peuvent donner autant d’argent qu’ils le veulent à une campagne électorale.

Dans ce cas, les lobbys de la pizza et des frites congelées sont immédiatement intervenus. Tous les arguments étaient bons avec, au premier rang, la déréglementation chère aux républicains. Le gouvernement fédéral ne doit pas dire aux enfants et aux autorités locales ce qu’ils doivent manger ou servir dans les écoles.

Quand un lobbyiste dit cela, il peut souvent appuyer ses arguments avec une généreuse contribution à la caisse électorale du représentant du Congrès qui dira comme lui. Ou à celle d’un éventuel adversaire, si on a le malheur de lui tenir tête.

Évidemment, l’affaire de la pizza n’est qu’un petit exemple d’un processus législatif brisé et qui conduit aux pires aberrations. Ce n’est rien en comparaison à l’échec du « super comité », qui a échoué dans sa mission de trouver pour 1500 milliards de compressions budgétaires au cours des cinq prochaines années. Mais c’est le genre d’exemple dont le public se souvient.

C’est aussi ce qui fait que la popularité du Congrès comme institution est maintenant sous les 10 %. Il y a maintenant plus d’Américains qui croient qu’Elvis est vivant que de citoyens qui croient que leurs législateurs font du bon travail.

L’incident est survenu il y a 26 jours, mais personne n’en avait entendu parler jusqu’à maintenant. Pourtant, des dizaines, voire des centaines de passants en avaient capté des images.

Selon ce que rapporte mercredi le journal britannique The Telegraph, à 11 h, le matin du 21 octobre, un homme a tenté de s’immoler sur la place Tiananmen, juste devant le grand portrait de Mao.

Il s’appelle monsieur Wang et voulait protester contre l’issue d’une poursuite judiciaire.

Un touriste britannique se trouvait justement là et a tout vu – l’homme qui met le feu à ses vêtements à l’aide d’un briquet, le policier qui s’empare rapidement d’un extincteur…

 

Place Tiananmen

 

Ce n’est là qu’un fait divers, certes, mais il est lourd de sens à plusieurs égards. La place Tiananmen, c’est le cœur politique et historique de la Chine. À voir les hordes de touristes qui l’envahissent chaque jour, on a presque l’impression que tous les chemins y mènent.

En 1949, c’est sur un balcon surplombant la place Tiananmen que Mao a proclamé la fondation de la République populaire, c’est aussi le lieu que les étudiants de 1989, assoiffés de démocratie, avaient choisi d’occuper. Et c’est par là que passent toutes les grandes parades militaires…

S’y immoler, comme a tenté de le faire Monsieur Wang, du Hebei, n’est donc pas un geste anodin. Voilà sans doute pourquoi les photos de l’incident ne se sont retrouvées nulle part, pas même sur les sites de microblogues, terreau pourtant fertile pour ce genre de nouvelle.  L’armée de censeurs aura bien fait son travail.

Il faut dire que depuis l’hiver dernier, les autorités craignent au plus haut point la venue d’un printemps arabe en terre chinoise.  Printemps, qui rappelons-le, a été déclenché par l’immolation par le feu d’un vendeur ambulant en Tunisie.

C’est ce qui explique aussi la réaction de la Chine à l’endroit des moines et nonnes tibétains, dont plus d’une dizaine se sont immolés depuis l’hiver dernier (huit depuis la fin septembre).  Les Tibétains réclament, entre autres, plus de liberté religieuse et le retour du dalaï-lama, en exil depuis 1959. Le gouvernement chinois a décrit ces immolations comme une forme de terrorisme, inspirée par le dalaï-lama, tout en précisant que les Tibétains étaient libres de pratiquer leur foi bouddhiste.

Bien malheureux le reporter qui voudrait cependant contre-vérifier toutes ces affirmations : les détenteurs d’un visa de journaliste n’ont pas le droit de se rendre au Tibet. Et si théoriquement, on peut aller au Sichuan, près des monastères où ont eu lieu les dernières immolations, les autorités locales ont, dans les faits, chassé tous les journalistes qui ont fait le voyage en prenant soin d’effacer leurs photos avant de les laisser partir.

WASHINGTON – L’administration Obama a réussi l’équivalent politique d’un long botté de dégagement en reportant la décision d’autoriser le pipeline Keystone XL d’au moins un an, soit après les prochaines élections.

Un botté de dégagement, c’est à dire remettre la décision à plus tard, quitte à jouer en défense pendant un certain temps, en espérant qu’on retrouvera le ballon dans des circonstances plus favorables.

Dans ce dossier, la décision de reporter l’autorisation est une manoeuvre transparente, mais habile.

À un an d’une élection qui s’annonce très difficile, le président Obama ne pouvait se mettre à dos une partie importante de la coalition qui l’a porté au pouvoir il y a trois ans.

Les grands syndicats voient surtout les 20 000 emplois directs créés par la construction de ce pipeline. Et on estime à 118 000 les emplois indirects qui seront générés, au moins temporairement, par le projet.

Les écologistes y voient un danger pour l’un des plus importants réservoirs d’eau souterraine de l’Amérique du Nord. Et un pipeline qui viendra confirmer la dépendance des États-Unis envers un combustible polluant.

Les gens d’affaires, eux, voient le pipeline comme un grand chantier sur lequel les États-Unis ne peuvent lever le nez dans les circonstances économiques actuelles.

Et les États qui seront traversés par le pipeline salivent déjà en pensant aux cinq milliards de dollars qu’il rapportera chaque année en taxes foncières.

À la fin, personne ne doute que l’administration Obama donnera le feu vert à Keystone XL. Elle ne peut pas prendre le risque de s’opposer à un projet qui créerait autant d’emplois et de revenus. Pas maintenant. Pas quand le chômage est toujours au-dessus de 9 %. Pas quand une nouvelle récession reste toujours possible.

Mais, en même temps, le président Obama n’a aucune envie de faire campagne en 2012 en étant obligé de s’expliquer pratiquement tous les jours devant une foule de manifestants écologistes hostiles.

D’où la stratégie du botté de dégagement. Elle est déjà dénoncée par les dirigeants républicains. Mais au fond, ils savent bien qu’ils ne pourront pas faire grand-chose dans ce dossier.

Cela dit, la question de la nappe souterraine d’Ogallala est loin d’être insignifiante. Elle est l’une des plus importantes du continent, si bien que même le gouverneur républicain du Nebraska s’oppose au projet pour en préserver l’intégrité.

Une déviation relativement modeste du tracé permettrait d’éviter les risques les plus importants, tout en n’exigeant qu’un retard d’un an sur le début des travaux pour permettre les études d’impact sur le nouveau tracé.

Les écologistes célèbrent le délai comme une grande victoire, surtout parce qu’ils semblaient s’être déjà résignés à perdre la partie. Pendant ce temps, les syndicats n’ont pas envie d’utiliser ce dossier pour nuire aux chances de réélection du président Obama.

Le Canada, qui a fait ouvertement campagne pour le pipeline au cours des derniers mois avec la mobilisation dans la capitale américaine toutes les ressources de son ambassade, s’est dit déçu du bout des lèvres. Mais, somme toute, sans trop insister. C’est parce que tout le monde sait que ce n’est que partie remise.

La première ministre de l’Alberta, Alison Redford, est même venue à Washington pour dire qu’elle respectait le processus réglementaire américain et ne semblait pas plus préoccupée que cela de l’issue finale.

Les États-Unis ne peuvent refuser ni un projet qui leur assure un approvisionnement stable en pétrole de la part d’un partenaire fiable, ni les emplois et les taxes que cela va entraîner – surtout dans une période de grande incertitude économique.

C’est un botté de dégagement, tout simplement. Une manoeuvre de diversion qui ne fait que retarder l’inévitable.

Pour en savoir plus : dans le Christian Science Monitor.

L’effet ivoirien

Mardi 8 novembre 2011 à 14 h 58 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Le scénario sanglant des élections en Côte d’Ivoire plane sur le scrutin du 28 novembre en République démocratique du Congo. Le président de la RDC, Joseph Kabila, rejette ce parallèle et, c’est vrai, il a pris les mesures pour ne pas marcher dans les traces de Laurent Gbagbo.  

Le président congolais a modifié la Constitution pour éliminer le deuxième tour des présidentielles qui permet aux forces de l’opposition de s’unir derrière un seul candidat. Et il n’a pas invité l’ONU à superviser le vote.  

Les dirigeants africains ont tiré des leçons de la crise ivoirienne, mais pas celles qu’on aurait pu souhaiter. Après avoir vu l’ex-président ivoirien s’accrocher au pouvoir après une « victoire » contestée, de nombreux présidents africains en quête d’une réélection s’arrangent plus que jamais pour la gagner de façon incontestable.       

Le sort tragique de Laurent Gbagbo n’a pas convaincu les chefs d’État de la nécessité de respecter la volonté du peuple exprimée dans les urnes. Depuis un an, on les a plutôt vus modifier les règles électorales ou les ignorer, afin d’augmenter leurs chances de réélection, ou de carrément garantir leur victoire. 

Le drame ivoirien, au lieu de décourager la magouille, semble avoir multiplié les mascarades électorales sur le continent.

Paul Biya, président du Cameroun depuis 30 ans, a été réélu en octobre, après avoir modifié la Constitution qui limitait à deux les mandats présidentiels. Les résultats officiels lui donnent 77 % des suffrages, mais le scrutin a été entaché d’irrégularités.   

Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade a d’abord modifié la Constitution pour pouvoir solliciter un troisième mandat. Puis, en juin, il a voulu de nouveau modifier la loi fondamentale pour permettre aux Sénégalais d’élire un président et un vice-président sur la base d’un « ticket » qui, pour l’emporter, n’avait qu’à recueillir 25 % des suffrages au premier tour.

Wade souhaitait se présenter avec son fils Karim, devenu l’homme fort du gouvernement après avoir perdu les élections à la mairie de Dakar. Des émeutes ont forcé le président sénégalais à abandonner son projet. Mais la colère populaire n’empêche pas le président de 85 ans, un ancien opposant historique qui a fait de la prison, de déployer tous les moyens de l’État et des Mourides, la plus riche confrérie musulmane du pays, pour remporter les présidentielles de février 2012.   

En RDC, Joseph Kabila n’a pas encore l’usure du pouvoir de ses homologues sénégalais et camerounais. Va-t-il utiliser les mêmes vieilles méthodes pour se maintenir au pouvoir?  Dans ce pays encore déchiré par 15 ans de guerre, la plus meurtrière depuis la Deuxième Guerre mondiale avec plus de 5 millions de morts, la magouille électorale est explosive. Les « forces » de l’opposition sont, dans certaines régions, encore armées. 

Plusieurs personnes ont été blessées samedi à Lubumbashi, la capitale du Katanga, lors d’affrontements entre partisans de partis adverses qui s’attaquaient à coups de couteaux et de machettes.

« La tension monte aux quatre coins de la République démocratique du Congo à trois semaines des élections présidentielles et législatives. Les principales villes du pays connaissent de violents affrontements », lisait-on dimanche dans un blogue du Courrier international. « Depuis plusieurs mois, les ONG présentes sur place tirent la sonnette d’alarme et craignent une généralisation des violences. Le risque d’un scénario à « l’ivoirienne » plane sur le scrutin, dans ce pays encore très instable. »

Si la poudrière congolaise explose à nouveau, on se demandera à quoi servent les 20 000 Casques bleus de l’ONU qui « assurent la paix » dans le pays depuis 10 ans. Il faudra se souvenir que l’ONU a étroitement supervisé les élections en Côte d’Ivoire, et cela n’a empêché ni le dérapage postélectoral ni les massacres.

À l’ouverture de la Foire commerciale internationale de La Havane, début novembre, le ministre du Commerce extérieur de Cuba, Rodrigo Malmierca Diaz, a annoncé une augmentation de 27 % du commerce cubain.

Importations : 9 milliards de dollars

Exportations : 13,6 milliards de dollars – surtout de services médicaux fournis à l’étranger. Priorité à l’exportation de produits médicaux, pharmaceutiques, de génie génétique et de biotechnologie.

Il n’y a pas que le rhum et les cigares.

Hugo Ponce, vice-président de l’Association des économistes et comptables de Cuba, prévoit un taux de croissance raisonnable de 2,9 %, en raison de la conjoncture mondiale difficile. Selon M. Ponce, les changements « sont nécessairement lents, compte tenu des objectifs cubains de système de gestion intégrée. On ne doit pas improviser ».

« Une économie ne se restaure pas, ne se recompose pas, ne se réorganise pas, ne croît pas en un espace de temps aussi court que quelques mois. » – Hugo Ponce

Jean-Michel Leprince interviewe Hugo Ponce (à droite)

Agriculture : moins de pénuries

Cuba importe encore plus de 60 % de ses aliments : blé, maïs, soja, volailles et autres viandes à un coût de 1,5 à 2 milliards de dollars.

Raul Castro veut réduire de moitié les importations de riz, fèves et lait en poudre, bases de l’alimentation des Cubains, d’ici 2013.

Le programme de substitution des importations implique la location en usufruit de terres de l’État à de nouveaux agriculteurs. Ils défrichent, sèment et vendent leurs récoltes à profit à l’État et sur des marchés privés.

 

 

Nouvelles de Cuba

Lundi 7 novembre 2011 à 16 h 14 | | Pour me joindre

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jmleprince

Il n’est pas facile ces temps-ci d’obtenir un visa de journaliste pour Cuba quand on n’a pas de bureau permanent à La Havane.

Pour terminer un reportage sur les Canadiens qui vont à Cuba pour de la chirurgie (bientôt au Téléjournal), pour en tourner un autre sur la restauration de la vieille ville de La Havane avec l’architecte-historien Eusebio Leal Spengler (bientôt à Une heure sur terre) et faire le point sur « les orientations de la politique économique et sociale » : un visa de cinq jours, de fait, trois jours possibles de tournage.

Chaque projet de reportage doit être approuvé par l’ambassade de Cuba à Ottawa et le Centre de presse international de La Havane, qui, seul, peut organiser les entrevues avec les « officiels » cubains. Compliqué. Heureusement, les Cubains, dans l’ensemble, parlent volontiers à la caméra de leur vie de tous les jours.

Un tournage bref, mais intense et fructueux.

Le Malecón, 3 novembre 2011 à 17 h

Au Téléjournal, le point sur les réformes économiques annoncées dès 2007 par le président Raul Castro, ratifiées en Congrès par le Parti communiste et l’Assemblée nationale et mises en place, progressivement et prudemment. Après le libre accès aux téléphones cellulaires, aux hôtels pour touristes, les Cubains peuvent acheter et vendre autant de voitures qu’ils le veulent, sauf des neuves. Bientôt, ils pourront acheter et vendre une résidence principale et une seule résidence secondaire.

Depuis un an, environ 200 « activités » commerciales ou professionnelles sont autorisées sur le marché privé. Nous avons retrouvé des petits entrepreneurs qui se lançaient en affaires en janvier dernier. Succès pour certains, légère déception pour d’autres.

Le reportage au Téléjournal

 

Depuis 2008, des habitants du Vieux Couvent des Ursulines, dans la Vieille Havane, nous donnent régulièrement leurs impressions sur l’évolution de la vie à Cuba.

 

Le Vieux Couvent des Ursulines, rues Cuba et Cuarteles

Des habitants du Vieux Couvent. Juancito, à gauche, employé des pompes funèbres, préfère attendre avant de se lancer en affaires. Comme la plupart des habitants du Vieux Couvent.

Le Vieux Couvent des Ursulines

La Caféteria du Vieux Couvent, une petite entreprise aux débuts difficiles. Carmen, la propriétaire, loue son ancien salon à un jeune couple qui confectionne des pizzas.

 

« Les "orientations de la politique économique" n’ont pas encore changé l’économie du pays ni amélioré les salaires, mais elles nous offrent des perspectives intéressantes pour l’avenir. »