Billets publiés en septembre 2011

Poutine sauce satire

Vendredi 30 septembre 2011 à 11 h 12 | | Pour me joindre

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belangerjf

Les Russes viennent d’être privés de leur sport national. Je ne parle pas ici du hockey. Mais bien des discussions politiques. Depuis que Dmitri Medvedev a remplacé Vladimir Poutine à la tête du pays en 2008, la constitution empêchant l’ancien KGBiste de se représenter pour un troisième mandat, la nature de l’arrangement entre les deux hommes alimentait toutes les discussions.

Medvedev n’était-il là que pour maintenir la place de président bien au chaud en attendant le retour de Poutine? Les experts, journalistes et analystes politiques avaient pris l’habitude de passer au crible le discours de l’un et de l’autre à la recherche d’un indice trahissant leurs intentions.

Personne ne remettait en question le statut d’homme fort de Poutine, pas même les diplomates américains qui avaient comparé le tandem russe au couple Batman et Robin (Poutine étant Batman), mais beaucoup faisaient remarquer la volonté de plus en plus affichée de Medvedev de se détacher de son mentor, de s’affirmer.

Au cours du printemps dernier, le président Medvedev présentait de plus en plus une stature… présidentielle, n’hésitant pas à rabrouer publiquement Poutine au sujet de la Libye. « L’opinion exprimée par le premier ministre est son opinion personnelle et ne représente pas la position de la Russie », avait-il déclaré.

Et s’il noyait systématiquement le poisson en répondant aux nombreuses questions des journalistes au sujet de ses intentions pour la présidentielle de 2012, il avait tout de même laissé échapper un « bien sûr, j’ai envie de me représenter » avant de préciser que le moment n’était pas venu de prendre ni d’annoncer une telle décision.

Medvedev s’amusait-il avec les journalistes, ou a-t-il vraiment eu des velléités de se succéder à lui même? Peu importe. Vladimir Poutine est venu mettre un terme à ces ambitions et, du coup, à toutes les interrogations et supputations du monde politico-médiatique russe en orchestrant son grand « comeback » devant le parterre de délégués de son parti Russie unie. Devant tout le pays aussi, rassemblé devant la télé.

Poutine reprendra donc son poste dès 2012, après une élection organisée pour la forme. Son mandat durera six ans au lieu de quatre, grâce à la réforme constitutionnelle opérée par son fidèle lieutenant Medvedev. Il pourra se représenter encore une fois en 2018 et rester en poste jusqu’en 2024. De quoi dépasser le record établi par l’immobile et indéboulonnable Léonid Brejnev; 18 ans au pouvoir de 1964 à 1982.

Beaucoup s’en sont réjouis. Après tout, Vladimir Poutine est l’homme le plus populaire du pays avec plus de 60 % d’opinions favorables. Nombreux sont ceux qui lui sont reconnaissants d’avoir mis un terme au chaos des années Eltsine.

Mais devant le spectre d’un règne Poutine s’allongeant de 12 années supplémentaires, beaucoup de Russes ont éprouvé le même sentiment d’inquiétude. Et si l’opposition officielle est K.-O. depuis longtemps, une forte proportion de Russes, essentiellement citadins et éduqués, se désole – en silence — de la direction prise par le pays.

Du coup, un nouveau passe-temps traditionnel russe (risqué du temps de l’URSS, ce qui en faisait tout le charme) a refait son apparition dernièrement : la satire politique circulant sous le manteau.

Portrait composite de Brejnev et de Poutine circulant sur le web. Au 21e siècle, les samizdats ont laissé place aux réseaux sociaux. Sur Vkontakte, l’équivalent russe de Facebook, les caricatures de Poutine ont la cote actuellement. L’une des plus populaires est un portrait de l’ex/futur président russe en 2024. En fait, c’est un photomontage composite des visages de Léonid Brejnev et de Vladimir Poutine.

Le portrait ne s’accompagne d’aucun commentaire, mais l’image vaut mille mots…