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C’est du jamais-vu en un siècle : 16 hommes et une femme prétendent être le meilleur porte-étendard républicain pour la prochaine élection présidentielle, qui aura lieu dans plus de… 450 jours. Devant autant d’adversaires – certains mieux financés, mieux connus que d’autres – comment se faire remarquer?

  • Donald Trump, qui est premier dans les intentions de vote, y va de déclarations parfois corrosives et dénigre les « perdants ».
  • Jeb Bush est deuxième. Son nom de famille joue pour lui (ou contre lui, c’est selon).
  • Scott Walker est troisième. C’est un gouverneur dont la réputation conservatrice est bien établie.

Aucun des 14 autres n’atteint la barre de 10 % dans les intentions de vote. Pour se démarquer, il faut plus qu’un programme et des événements de campagne. Plusieurs misent sur l’originalité et une caméra vidéo. Voici les meilleurs efforts (jusqu’à présent) de trois sénateurs dans la course à l’investiture républicaine :

Ted Cruz montre des talents culinaires bien particuliers.

Voici la réponse de Lindsey Graham après que Donald Trump a rendu public son numéro de cellulaire.

Rand Paul cherche la meilleure façon de détruire une loi trop volumineuse et trop complexe à son goût.

Donald Trump annonce qu'il se lance dans la course à l'investiture républicaine.
Donald Trump annonce qu’il se lance dans la course à l’investiture républicaine.

Donald Trump, le magnat de l’immobilier de New York, est la saveur politique du mois aux États-Unis. Depuis l’annonce de sa candidature à l’investiture républicaine, à la mi-juin, il tire dans toutes les directions. Pour l’instant, cette stratégie semble lui rapporter, au risque de faire des victimes.

Ses déclarations intempestives sur l’immigration en général, et sur celle en provenance du Mexique en particulier – qui amène, selon Trump, des meurtriers et des violeurs – ainsi que son intention de construire un mur entre le Mexique et les États-Unis ne l’empêchent pas de marquer des points.

Au contraire, un sondage Suffolk University/USA Today du 14 juillet le place devant le candidat Jeb Bush, ex-gouverneur de la Floride, fils de l’ex-président George Bush et frère d’un autre locataire de la Maison-Blanche, George W. Bush. Par ailleurs, Trump devance les 13 autres candidats républicains par au moins 6 points.

Donald Trump n’a rien à perdre. Il possède une fortune évaluée à près de 10 milliards de dollars. Il est devenu une célébrité en animant l’émission The Apprentice sur le réseau NBC. Il est l’anti-politicien qui vient brouiller les cartes et ajouter du piquant à une campagne qui s’annonçait plutôt tranquille chez les républicains.

Mais sa présence est loin de plaire à l’establishment du parti. La semaine dernière, le leader du Comité national des républicains, Reince Priebus, a demandé à Trump de faire attention à ses commentaires sur les immigrants latinos, dont les républicains ont grand besoin pour regagner la Maison-Blanche. En plus, de grandes entreprises comme NBC, Macy’s et la NASCAR l’ont largué en raison de ses propos.

Trump n’a cependant pas l’intention de ralentir la cadence, et encore moins de s’excuser. Il en rajoute. Sa dernière idée : faire payer 100 000 $ au Mexique pour chaque Mexicain qui franchit la frontière illégalement. Sans rire, il prédit même que s’il gagne, il va gagner la course avec le vote latino.

Donald Trump n’en est pas à une contradiction près. Son arrivée en politique le place face à toute une série de déclarations du passé pour lesquelles il doit aujourd’hui se justifier. En voici quelques-unes :

  • En 1999, il était pour une assurance-maladie universelle. Aujourd’hui, il est contre.
  • En 1999, il était pro-choix en matière d’avortement. Aujourd’hui, il est pro-vie.
  • En 1999, il souhaitait taxer les très riches. Aujourd’hui, il les taxerait le moins possible.
  • En 2010, il déclarait que le président Obama avait sorti le pays de la crise économique. Aujourd’hui, il affirme qu’il est un incompétent.
  • En 2012, il affirmait qu’Hillary Clinton était une femme formidable. Aujourd’hui, il affirme qu’elle a été la pire secrétaire d’État de l’histoire des États-Unis.

Pour l’instant, la présence de Donald Trump dans l’actuelle campagne est distrayante et divertissante. Mais quelles sont ses chances d’aller plus loin, et même, de l’emporter? Très faibles, selon la majorité des analystes politiques. Tous s’entendent pour dire que Trump va s’essouffler et, qu’après quelques débats, les Américains vont constater qu’il n’est pas sérieux.

Mais attention, l’histoire nous apprend qu’il faut se méfier de ces candidats mal aimés. En 1980, lors de l’élection présidentielle, l’acteur Ronald Reagan, qui avait pourtant été gouverneur de la Californie, a subi les sarcasmes de ces adversaires qui se moquaient de son statut de vedette de film de série B. En 2003, un autre acteur et culturiste, Arnold Schwarzenegger, est devenu gouverneur de la Californie. Alors, si ces deux personnages ont pu occuper de hautes fonctions publiques, pourquoi Donald Trump, un homme d’affaires qui a bâti un empire, ne pourrait-il pas faire de même?

Trump est, en effet, un électron libre, mais qui pose parfois des questions que les Américains veulent entendre. Par exemple, pourquoi avoir perdu le contrôle de l’Irak après y avoir dépensé des centaines de milliards de dollars et perdu 5000 hommes? Il n’est pas un politicien professionnel, et les Américains n’aiment pas beaucoup les politiciens de carrière en ce moment. C’est ce qui explique, entre autres, sa bonne performance dans les sondages.

Mais pour survivre, Donald Trump va devoir apprendre à faire un peu plus de politique et un peu moins de démagogie. Ce qui implique de ne pas toujours dire ce qu’il pense. Ce qui, dans son cas, est beaucoup lui demander. Ou peut-être les Américains préfèrent-ils un Donald Trump sans filtre?

Pour le meilleur ou pour le pire, ils vont devoir composer, pour l’instant, avec l’excentrique milliardaire qui prend toute la place. Jusqu’au moment où la saveur du mois aura peut-être perdu de son attrait.

Moments de grâce pour Obama

Mercredi 1 juillet 2015 à 13 h 28 | | Pour me joindre

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En chantant Amazing grace dans une église de la Caroline du Sud, vendredi dernier, le président Barack Obama rendait non seulement un émouvant hommage aux neuf victimes de la tuerie de Charleston, mais terminait du même coup la meilleure semaine de sa présidence.

Lundi, il a tout d’abord réussi à convaincre le Congrès de lui accorder la voie rapide (fast track) pour en arriver à une entente de libre-échange avec les pays de l’Asie et du Pacifique.

Un accord crucial pour les États-Unis qui tentent de consolider leur présence économique dans cette région du monde, où la Chine est très active.

Une entente qui pourrait représenter 40 % des exportations et importations du commerce américain.

Jeudi, une autre journée mémorable pour le président. La Cour suprême, dans une étonnante décision, maintenait tel quelle la loi sur l’assurance maladie (Obamacare). Ses opposants contestaient les subventions offertes par Washington aux États qui n’avaient pas mis en place leur propre système de marchés d’assurance.

L’Obamacare aura donc survécu à de nombreuses attaques judiciaires depuis son adoption en 2010. Cette assurance maladie a permis à plus de 10 millions d’Américains d’obtenir une couverture médicale. Cette réforme sera un des legs les plus importants de la présidence d’Obama.

Vendredi, est ensuite survenue l’encore plus étonnante décision de la Cour suprême ordonnant à tous les États de rendre légal le mariage pour les conjoints de même sexe. Le président qui, il y a trois ans, s’était dit en faveur des mariages gais, a déclaré que les Américains devaient être très fiers de ce jugement. « Love is love », a- t-il conclu.

Et toujours vendredi, ce moment inoubliable, historique, où le président des États-Unis a chanté devant une communauté d’Afros-Américains en deuil, en Caroline du Sud. Il a envoyé un message de paix et d’unité dans un moment de grande douleur. Il a montré au monde entier sa fierté d’être noir en chantant cet hymne religieux. Un rare moment, une rare semaine de grâce dans la vie d’un politicien.

Et au moment d’écrire ces lignes, Barack Obama annonce la réouverture de l’ambassade américaine à Cuba. L’actuel président passera-t-il à l’histoire comme un réformateur? Il est encore trop tôt pour l’affirmer, mais les derniers jours laissent croire aux Américains que tout est possible lorsqu’on a une vision et la Cour suprême de son côté.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, lors de son discours devant les délégués de l'AIPAC, lundi matin.

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, lors de son discours devant les délégués de l’AIPAC, lundi matin.

En pleine campagne électorale chez lui, Benyamin Nétanyahou vient à Washington pour s’adresser aux élus américains. Le premier ministre d’Israël vient parler du nucléaire iranien. Une question qu’il juge critique à l’existence d’Israël. Cette visite est loin de passer inaperçue aux États-Unis et en Israël. Elle a été décriée, critiquée. Certains ont même appelé à son annulation. Beaucoup a été écrit depuis que ce discours a été annoncé en janvier. Voici quatre points à retenir.

1. LA CLAQUE AU VISAGE

« Jamais autant n’a été écrit sur un discours qui n’a pas été prononcé. » Benyamin Nétanyahou s’adressait, lundi, à un immense regroupement de juifs américains à Washington. Il voulait faire taire une partie de ceux qui lui reprochent d’avoir accepté de venir prononcer ce discours. C’est le président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, qui a invité M. Nétanyahou. La Maison-Blanche n’aurait été informée de la visite du chef de l’État israélien que quelques heures avant le public. C’est une entorse au protocole qui est mal vue par bien des Américains.

« L’intention de mon discours n’est pas de manquer de respect envers le président Obama ou la présidence », assure Benyamin Nétanyahou. Si telles étaient vraiment ses intentions, il a été mal compris par la Maison-Blanche. Barack Obama demeure à quelques pas de l’hôtel où loge M. Nétanyahou, mais les deux chefs d’État ne vont pas se rencontrer. Le vice-président américain est à l’extérieur du pays. Joe Biden préside aussi le Sénat. La tradition veut qu’il soit assis derrière le chef d’État invité à présenter un discours au Congrès. Il n’y sera pas cette fois…

2. UN LIEN INDESTRUCTIBLE, MAIS PARTISAN

Benyamin Nétanyahou a aussi pris soin de répéter que l’appui américain à l’État d’Israël est une question qui transcende les divisions politiques. Le premier ministre croit que l’alliance entre les deux pays demeure forte parce qu’elle a été « défendue par les deux partis, et que ça doit rester ainsi ». Il veut éviter que son discours soit perçu comme une façon de s’attirer les faveurs des républicains, au détriment des démocrates.

Encore une fois, ses intentions semblent avoir été mal perçues. Le républicain qui a invité le premier ministre au Congrès a beau se défendre de vouloir faire de la partisanerie, plusieurs élus démocrates ont l’intention de ne pas assister au discours par solidarité avec leur président.

Oui, les Américains penchent toujours (et fortement) du côté d’Israël dans le conflit qui les oppose aux Palestiniens. Mais récemment, les démocrates se montrent moins ardents dans leur défense de l’État juif. De récents sondages montrent même une diminution de leur appui. Le sort des Palestiniens y est peut-être pour quelque chose. Les difficiles relations entre Nétanyahou et Obama aussi.

3. LES DIFFÉRENCES FONDAMENTALES

Six années à la Maison-Blanche, et Barack Obama n’a pas réussi à tisser des liens solides avec le premier ministre Nétanyahou. Les deux pays coopèrent toujours dans le domaine de la sécurité et à l’ONU, mais les deux chefs d’État ne s’entendent pas. Et ils ne se respecteraient pas vraiment. À un journaliste, un haut placé à la Maison-Blanche a même parlé de Nétanyahou comme d’un « chickenshit »!

Cette mésentente illustre probablement un manque d’affinité sur le plan personnel. Mais de grandes différences idéologiques séparent les deux dirigeants. De Washington, on voit d’un mauvais œil la politique des colonies juives en territoire contesté. L’administration Obama a aussi critiqué la construction d’une clôture de sécurité en Cisjordanie.

À Jérusalem, on ne comprend pas pourquoi le gouvernement américain négocie avec l’Iran une façon d’encadrer le développement de technologie nucléaire à des fins civiles. Nétanyahou le répète. Israël et les États-Unis s’entendent sur une chose : ils ne veulent pas que l’Iran développe l’arme nucléaire. La mésentente porte plutôt sur les façons d’y arriver. Obama préfère la voie diplomatique, et Nétanyahou, celle de la force et de la dissuasion.

4. LE DISCOURS VISE LES ÉLECTEURS ISRAÉLIENS

Benyamin Nétanyahou tente de se faire élire une quatrième fois comme premier ministre d’Israël. Il a précipité des élections, mais semble en difficulté, à deux semaines du vote. Son discours devant le Congrès américain lui offre une vaste tribune à laquelle ses adversaires n’ont pas accès. Cette tribune lui permet de projeter l’image d’un politicien qui n’hésite pas à se tenir debout. Qui n’hésite pas à défendre ses principes, même dans la controverse. Même chez celui avec qui il est en désaccord.

Ce n’est pas une coïncidence si M. Nétanyahou prononce son discours en fin d’avant-midi à Washington. Ce n’est pas à une heure de grande écoute pour les réseaux américains, mais ça tombe à temps pour les bulletins de fin de soirée à Jérusalem et Tel-Aviv!

Le retour d’Obama

Mercredi 21 janvier 2015 à 9 h 50 | | Pour me joindre

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Le président Barack Obama durant son discours sur l'état de l'Union
Le président Barack Obama durant son discours sur l’état de l’Union

Le président Obama semble être redevenu le politicien combatif et engagé que les Américains ont élu en 2008. Il montre à nouveau cette assurance qui lui a permis de gravir tous les échelons jusqu’au pouvoir ultime. Sa réforme de l’immigration, l’entente sur l’environnement avec la Chine, le rapprochement diplomatique historique avec Cuba et sa proposition pour imposer davantage les riches prouvent qu’il a réussi à imposer ses priorités ces dernières semaines. Résultat : son taux de popularité atteint 50 %. Un bond de 8 points comparativement aux derniers sondages.

Barack Obama n’était plus que l’ombre de lui-même depuis quelques mois. Ce tribun remarquable semblait condamné à lire passivement son télésouffleur. On ne lui sentait plus aucune passion. Les républicains, qui n’ont cessé de l’attaquer sur tous les fronts, ont réussi avec succès à dépeindre le chef de la Maison-Blanche comme un politicien incompétent, solitaire, aux idées socialistes. Pour les républicains, Obama est responsable de tous les problèmes aux États-Unis, même des cas d’Ebola au Texas.

Bref, celui qui incarnait l’espoir et le renouveau pour des millions d’Américains en 2008 avait perdu tout son éclat à l’automne 2014. Certains diront par sa propre faute. Obama a été blâmé pour les avancées du groupe armé État islamique en Syrie et en Irak. L’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton et l’ex-secrétaire à la défense Robert Gates ont critiqué durement leur ancien patron pour ne pas être intervenu afin de ralentir ce groupe qui terrorise une partie du Proche-Orient.

Un bouc émissaire

On lui a reproché de ne pas avoir suffisamment tendu la main au Congrès pour créer des alliances et faciliter les relations et l’adoption de projets de loi et de réformes. Barack Obama ne sera jamais Bill Clinton. Il ne possède pas cet art du compromis et de la négociation qui a permis à son prédécesseur démocrate de survivre à un Congrès républicain qui lui était aussi très hostile en 1994.

Ce rôle de bouc émissaire du président Obama été cristallisé lors de la défaite des démocrates aux élections de mi-mandat, en novembre dernier. Ses propres troupes ne souhaitaient pas le voir faire campagne à leurs côtés tant son impopularité était grande. La défaite des candidats démocrates a été cuisante. Paradoxalement, cet électrochoc semble lui avoir redonné l’énergie pour se battre.

Mardi soir, le président a livré un de ses meilleurs discours sur l’état de l’Union. Une allocution aux idées progressistes, à la limite de la provocation pour plusieurs républicains. À l’aise, enthousiaste, sûr de lui, il a présenté un menu législatif audacieux à un Congrès qu’il ne contrôle pas. Augmentation du salaire minimum, aide financière aux parents pour les garderies, égalité du salaire entre hommes et femmes sont toutes des mesures pour aider la classe moyenne à se relever de la crise économique, qui est maintenant chose du passé, a répété Barack Obama.

Ces idées libérales ne deviendront probablement jamais loi sous un Congrès à majorité républicaine. D’autant plus que le chef de la Maison-Blanche propose de taxer les mieux nantis pour les financer. Cela horripile la droite américaine. Ce menu législatif est irréaliste dans le contexte politique actuel aux États-Unis. Ce discours a cependant le mérite de mettre en place les grands enjeux pour l’élection présidentielle de 2016.

À défaut de faire adopter ces nouvelles propositions, le président démocrate promet d’imposer son veto à toute loi qui pourrait menacer son héritage, dont la réforme de l’immigration et la création de l’assurance-maladie (Obamacare) à laquelle plus de 10 millions d’Américains non assurés ont adhéré.

Lorsque l’ex-gouverneur de la Floride, fils du 41e président des États-Unis et frère du 43e, annonce « qu’il va explorer activement la possibilité de présenter sa candidature pour l’élection présidentielle », on peut presque tenir pour acquis que Jeb Bush sera de la campagne électorale en 2016.

Jeb Bush a lancé cette phrase lors d’un discours en Caroline du Sud le 16 décembre. C’est la première fois qu’il va aussi loin sur ses intentions de briguer l’investiture républicaine. Il a longtemps refusé de se commettre. Sa conjointe, sa mère et son entourage n’ont jamais été très chauds à l’idée d’une autre candidature d’un Bush. Mais des discussions lors du congé américain de l’Action de grâces auraient permis d’établir un consensus dans la famille.

Jeb Bush est le candidat que plusieurs républicains attendaient avec impatience. Il est un conservateur modéré. Il est pour une réforme du système d’immigration américain. Il parle couramment espagnol. Très populaire auprès des hispanophones en Floride, il a obtenu 80 % du vote cubain lors de son élection comme gouverneur en 2002. Il est contre l’avortement et pour la peine de mort. Mais surtout, il appartient à une dynastie politique qui a produit deux présidents au cours des 30 dernières années, ce qui peut aider pour récolter des fonds.

Des rumeurs circulaient déjà depuis plusieurs semaines selon lesquelles Jeb Bush songeait sérieusement à se présenter comme candidat à la Maison-Blanche en 2016. Mais il a quitté le monde de la politique il y a huit ans pour une fructueuse carrière en affaires. Et avant de se lancer, il doit tout d’abord mettre à l’abri plusieurs investissements à l’étranger ou s’en défaire.

Selon le Washington Post, Jeb Bush aurait même commandé une analyse pour connaître son niveau de vulnérabilité face à d’éventuels adversaires.

Jeb Bush se classe deuxième derrière l’étonnant Mitt Romney, qui a pourtant perdu contre Barack Obama en 2008, selon le dernier sondage. Les autres candidats républicains non annoncés sont Chris Christie, Rand Paul, Paul Ryan et Mike Huckabee. Mais aucun de ces éventuels candidats ne devance la démocrate Hillary Clinton, qui n’a toujours pas déclaré, elle non plus, son intention de se présenter à la présidence des États-Unis en 2016.

Et Clinton?

Hillary Clinton reste pour l’instant sur les lignes de côté et réfléchit sérieusement à son avenir. Veut-elle vraiment devenir la première femme présidente des États-Unis? Un poste qu’elle occuperait à l’âge de 69 ans. Elle a souffert d’une thrombose en 2013, après une commotion cérébrale causée par une chute. Est-elle suffisamment rétablie pour remplir une des fonctions les plus exigeantes du monde?

De plus, elle est grand-mère depuis peu. Voudra-t-elle être plus présente auprès de sa petite fille qu’à la Maison-Blanche pour régler des crises? Sans compter la montée de la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren, qui récolte des appuis inattendus.

Beaucoup de questions sont encore sans réponse. Chose certaine, Hillary Clinton fait aussi partie d’une dynastie politique. Son mari, Bill Clinton, a été président durant deux mandats, de 1992 à 2000, moment où elle a été première dame du pays. Elle est devenue ensuite sénatrice de l’État de New York, et puis candidate à l’investiture démocrate contre Barack Obama en 2008. Et enfin, elle a été nommée au prestigieux poste de secrétaire d’État par le nouveau président en 2009.

Mme Clinton est très connue. Elle possède un réseau de contacts influent et efficace. Déjà, des milliers de personnes travaillent à amasser des fonds pour sa campagne. Elle a aussi un mari qui est un redoutable stratège politique. Mais les Clinton ne sont plus la saveur du mois. Lors d’une conférence, en octobre, à l’Université Georgetown à Washington, la salle était à moitié vide et les étudiants venus entendre l’ex-secrétaire d’État, pas très enthousiastes.

L’idée d’une course pour la présidence entre Jeb Bush et Hillary Clinton, en 2016, en fait saliver plus d’un parmi les journalistes et les commentateurs politiques. D’autres croient que revoir un autre Bush ou une autre Clinton à la Maison-Blanche ne serait pas un service à rendre au pays. Pour l’instant, aucun de ces candidats n’a décidé de se lancer officiellement. Un suspense qui devrait prendre fin entre le début et le printemps de l’année 2015.

Les visages de la rage

Samedi 13 décembre 2014 à 18 h 15 | | Pour me joindre

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Michael Brown. Eric Garner. Des noms devenus mots-clics. Des symboles pour une société qui remet en question le comportement de ses policiers devant des citoyens noirs. Mais la colère qui motive des centaines d’Américains à prendre la rue n’est pas née avec la mort de ces deux hommes. Elle vient d’une succession de morts tragiques, parfois insensées.

Il n’y a pas de statistiques fiables pour quantifier le nombre d’Américains tués par des forces de l’ordre. Un par jour? Deux? Moins que ça? Impossible de savoir, malgré des efforts louables.

Certains de ceux qui ont été tués menaçaient un policier. D’autres pas. Mais ils sont morts. Et beaucoup sont Afro-Américains. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’un autre nom s’ajoute à la liste, la crainte d’une bonne partie des Américains est ravivée : que leur fils soit le suivant.

Il y a de fortes chances que ces parents inquiets aient « la conversation » avec leur fils. On m’en a beaucoup parlé à Ferguson l’été dernier. Oui, les parents de jeunes Afro-Américains parlent de condom ou de drogue avec leurs fils… Mais ils doivent aussi leur expliquer comment se comporter en présence d’un policier. Histoire de revenir vivant, explique cette vidéo.

Ce n’est pas la réalité des Américains blancs, ni celle de la plupart des Canadiens. Regardez la liste (probablement pas complète) des Afro-Américains tués par des policiers. Il y en a plus qu’un pour chaque mois de 2014. Elle est inspirée par le groupe NAACP qui lutte depuis longtemps pour l’avancement du droit des Afro-Américains. Vous pouvez lire davantage sur chacun (et remonter jusqu’en 1999!) ici.




Les Américains et la torture

Mardi 9 décembre 2014 à 17 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement américain a longtemps dénoncé la torture utilisée par des régimes autoritaires en Afrique, en Amérique latine et dans l’ex-Union soviétique. Aujourd’hui, la Maison-Blanche ne peut plus prétendre faire la leçon aux pays qui ne respectent pas les droits de la personne.

Les États-Unis sont officiellement entrés dans le triste club des pays qui ont torturé des individus pour obtenir des aveux. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du comité sénatorial sur le renseignement rendu public le 9 décembre. La convention de Genève, signée par les Américains en 1949, interdit les abus physiques et psychologiques pour obtenir des aveux.

Les États-Unis ne pourront plus jamais brandir cette convention internationale, presque sacrée, pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Ils ont perdu une partie de leur autorité morale en matière de droit de l’homme.

Des faits indéniables

Le rapport du Sénat sur les sites secrets et les méthodes de torture de la CIA implantées après les attentats du 11 septembre 2001 est accablant. Les cas de privation de sommeil, de confinement dans des espaces restreints, et de suffocation par l’eau autorisés par l’administration Bush étaient connus.

Mais le doute persistait dans le public sur la mise en application par les services secrets de ces techniques. Avec le dévoilement du rapport du Sénat, plus personne ne peut nier que les États-Unis d’Amérique ont utilisé la torture.

Parmi les 119 présumés terroristes détenus dans des sites secrets en Syrie et en Afghanistan, 26 n’auraient jamais dû être emprisonnés. Les autres ont été détenus dans des boîtes grandes comme des cercueils. Certains ont été attachés au plafond avec des chaînes durant des heures pendant que les agents de la CIA les frappaient. Un des prisonniers est même mort d’hypothermie.

Le Sénat a consulté 6,3 millions de pages d’information pour composer son rapport de 6000 pages, lui-même résumé en 500 pages. Un rapport dans lequel on apprend que l’ex-secrétaire d’État Colin Powell et l’ancien secrétaire à la défense Donald Rumsfeld n’auraient pas été tenus informés sur les détails du programme d’interrogatoires musclés de la CIA. On craignait surtout la réaction négative de M. Powell.

Le président Bush n’a été informé de la violence des interrogatoires qu’en 2006, soit quatre ans après le début du programme. Mais que savait le président et que lui a vraiment dit la CIA? Le rapport donne peu de détails. Dans une entrevue au réseau NBC, en 2010, l’ex-président affirme que ces techniques d’interrogatoire ont sauvé des vies, et que son travail était de protéger les Américains.

Le vice-président Joe Biden a déclaré que les États-Unis avaient fait une grave erreur et que l’administration actuelle s’était assuré que ça ne se reproduise plus.

L’actuel président Obama a interdit la torture lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2009, a-t-il mentionné dans un communiqué. Le chef de la Maison-Blanche a cependant oublié de dire qu’il s’est lui-même longtemps opposé à la publication du rapport du Sénat. Des raisons politiques, légales et organisationnelles ont motivé le président.

Obama ne voulait pas de ce rapport, qui risquait de raviver de vieilles querelles et de diviser davantage les Américains. Il ne souhaitait pas non plus se mettre à dos la CIA au moment où un nouveau front de la guerre au terrorisme vient de s’ouvrir contre le groupe armé État islamique.

Enfin, la reconnaissance de la torture dans le rapport du Sénat remettait toute la question de l’imputabilité sur la place publique. Le président Obama se retrouvait aussi devant le choix de traduire ou non en justice ceux qui n’ont pas respecté les lois en torturant. Un dilemme moral et juridique qu’Obama avait déjà tranché, en avril 2009, en décidant de ne pas poursuivre les agents de la CIA qui ont exécuté les ordres de l’administration Bush.

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Pourquoi Obama n’est pas allé à Ferguson

Vendredi 5 décembre 2014 à 17 h 08 | | Pour me joindre

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New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d'un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d'un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d’un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

Les États-Unis sont secoués par une vague de manifestations qui rappellent la colère raciale des années 60. La mort de Michael Brown à Ferguson, celle d’Eric Garner à New York et les autres qui n’ont ne sont pas encore devenus des mots clic… Autant de cris de ralliement pour des milliers d’Américains. Ceux qui jugent que la couleur de la peau fait encore une différence aux yeux de la loi. « Hands up don’t shoot! » est peut-être le premier cri d’un nouveau mouvement de revendication des droits civils qui passera à l’histoire.

Ces remous surviennent au moment où un premier président noir est à la tête des États-Unis. Mais Barack Obama a choisi de ne pas se placer à l’avant-scène. À écouter ses critiques, il semble même s’effacer, jouer un rôle trop discret. Relisez les commentaires de Barack Obama après les troubles à Ferguson, après les manifestations à New York. Il parle du besoin des manifestants d’exprimer leur colère, mais aussi du devoir de respecter l’ordre, de ne pas céder à la violence. Aucune envolée lyrique pour galvaniser la frustration. Aucun appel à la réforme. Aucune défense passionnée comme il l’a fait, par exemple, pour les droits des sans-papiers.

À Ferguson, ils sont nombreux à être amers. En 2008, le jeune Rasheen Aldridge voyait Barack Obama comme une idole, un symbole d’espoir et de changement. Et maintenant que les demandes de changements sont concrètes? « Les sentiments de 2008 n’étaient plus là quand je l’ai rencontré (à la Maison-Blanche, récemment, dans la foulée des manifestations à Ferguson). Je suis déçu », lance Rasheen Aldridge.

Certains penseurs afro-américains sont plus mordants. Militant et intellectuel, Cornel West dit que Ferguson signale la fin d’une période d’espoir pour les Afro-Américains. D’autres tournent en ridicule les suggestions du président pour répondre aux demandes de changements dans le système de justice (des caméras sur les uniformes, un meilleur entraînement des policiers). « La fin de sa présidence n’est rien d’autre qu’une proposition que tous les écoliers connaissent », explique l’écrivaine Margaret Kimberley.

 

 Source : Washington Post/ABC News poll
Source : Washington Post/ABC News poll

La déception des Afro-Américains est palpable. Mesurable. On peut supposer que Barack Obama lui-même est frustré par la situation. Ce n’est pas qu’il ne « veut » pas faire plus sur cette question, c’est qu’il ne « peut » pas. Dénoncer les mauvais traitements des Noirs serait contre-productif, explique l’auteur et journaliste Paul Waldman. « Dès qu’il exprime la moindre préoccupation envers un défi propre aux Afro-Américains, ou lorsqu’il reconnaît les effets persistants du racisme, il fait face à un contrecoup venimeux. »

C’est un constat qui semble venir de l’expérience. Souvenez-vous de l’ancien professeur d’université d’Obama arrêté à son domicile parce qu’il entrait par une fenêtre (sa porte d’entrée était bloquée). Les policiers croyaient qu’il s’agissait d’un cambriolage. Le président a lancé que les policiers avaient agi « stupidement ».

Il a aussi rappelé que les Noirs et les Latinos se font plus souvent arrêter que les Blancs. C’était en 2009, au début de la présidence d’Obama. Et les réactions ont été bien vives, surtout chez les conservateurs. « Dans un pays déchiré par les divisions raciales et politiques, souligne le journaliste Ezra Klein, approfondir ces divisions peut transformer des problèmes difficiles en problèmes impossibles. »

C’est probablement pour cela que le président n’est pas allé à Ferguson. L’apparition aurait été jugée trop délicate à la Maison-Blanche. Barack Obama a la cause à coeur, mais il ne veut pas gâcher la sauce avec un discours. C’est son  secrétaire à la Justice, aussi afro-américain, qui a été dépêché à Ferguson.

Ça ne veut pas dire que le président ne fait rien pour satisfaire aux cris de justice. Son département de la Justice étudie de près le comportement des policiers de Ferguson. Il a déjà convaincu ceux de Cleveland d’adopter une approche moins musclée.

Les propositions du président sont modestes, mais aussi réalistes. Bien des policiers aiment l’idée de porter des caméras vidéo. Même chose pour les méthodes qui visent à rétablir la confiance entre les policiers et ceux qu’ils doivent protéger. Barack Obama n’en a pas parlé dans un discours qui passera à l’histoire, mais ce qu’il suggère pourrait bien rallier les deux camps dans ce débat.

Que pensez-vous que le président pourrait faire de plus?

Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie
Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie

Michaëlle Jean devient la première femme à diriger le « boy’s club » de la Francophonie. C’est un exploit. La Francophonie ne compte qu’une femme chef d’État, la présidente de la République centrafricaine, un pays suspendu par l’OIF. Ce sont donc exclusivement des hommes, 44 chefs d’État et de gouvernement, qui ont nommé la Canadienne pour succéder au Sénégalais Abdou Diouf.

Mme Jean a remporté sa première bataille au Canada. C’est ici qu’elle a mené sa première campagne. Au départ, le gouvernement conservateur de Stephen Harper n’était pas convaincu de vouloir appuyer, encore moins financer, la candidature de l’ex-gouverneure générale nommée par le libéral Paul Martin. L’ancienne journaliste est peut-être devenue fédéraliste, mais elle n’est pas réputée pour ses convictions de droite.

L’appui du gouvernement québécois n’était pas non plus gagné d’avance. L’ex-ministre des Relations internationales Jean-François Lisée, que j’avais questionné sur le sujet, refusait d’appuyer sa candidature. L’arrivée au pouvoir du gouvernement de Philippe Couillard a changé la donne pour Mme Jean. Convaincre Ottawa, le Québec et le Nouveau-Brunswick, les trois gouvernements membres en règle de la Francophonie, a été son premier exploit.

Ce « consensus canadien » a été la principale force de sa campagne, jusqu’à la fin. Le front commun canadien, avec l’appui discret de la bureaucratie de l’OIF, a fini par faire plier la France, qui, jusqu’à vendredi, privilégiait un hypothétique « candidat du consensus africain ».

Michaëlle Jean a été la seule candidate à faire véritablement campagne dans plusieurs pays stratégiques, avec un programme axé sur une francophonie plus « économique ». Son mandat ne sera pas facile, car elle aura des moyens diminués. Elle parle cinq langues, se dit du Nord et du Sud.  Elle se battra avec conviction pour la diversité culturelle, dans une mondialisation qui menace les identités plus fragiles.

Cela n’enlève rien aux qualités de sa candidature de dire qu’elle devient la numéro un de la Francophonie par défaut. Si les Africains avaient réussi à se rallier derrière une candidature africaine, Michaëlle Jean ne l’aurait pas emporté.

Les gens des délégations du Québec et du Canada étaient inquiets depuis leur arrivée à Dakar. Ils ont vu à quel point les Africains tenaient à un candidat de leur continent. Ils ont constaté aussi à quel point certaines politiques du gouvernement Harper nuisaient à la candidature de Michaëlle Jean. Le retrait du Canada de plusieurs pays africains et, surtout, la récente décision de suspendre les visas des ressortissants des trois pays touchés par l’Ebola ont hanté la candidature de la Canadienne.

La France, qui finance 53 % du budget de l’OIF, appuyait l’idée d’un candidat africain… jusqu’à hier. La chute de Blaise Compaoré, président du Burkina Faso chassé du pouvoir par la colère de la rue il y a quelques semaines, a rendu difficile la promotion, à tout prix, d’un des candidats africains. L’un avait gagné le pouvoir par un violent coup d’État. Trois autres étaient issus de régimes connus pour les abus de pouvoir et les violations des droits de l’homme.

Le candidat de dernière minute, que la France a beaucoup cherché, n’est jamais venu. Les Africains ont été incapables de faire leur propre consensus.  Sans doute parce qu’aucun des candidats africains n’était assez fort pour s’imposer.

Au-delà des jeux de pouvoir et de coulisses, au-delà de cette « défaite africaine », la Canadienne d’origine haïtienne s’est imposée aussi parce que c’est une femme noire. Michaëlle Jean a réussi à convaincre un grand nombre d’Africains et beaucoup, beaucoup d’Africaines, qu’elle était une des leurs. C’est peut-être là son plus grand exploit.