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« L’irréparable, c’est pétrir chaque matin ma peine avec des larmes qui peinent à couler. C’est cette odeur de charogne humaine qui envahit mes vêtements à tout moment, qui envahit mon repas, mon eau, cette charogne humaine qui n’est rien d’autre que les nôtres qui pourrissent au soleil.

L’irréparable c’est de savoir que je suis une tombe et que dans cette tombe grouillent les morts.

L’irréparable c’est me retrouver dans le trou où je me suis caché en avril dans la peur que ne me surprennent mes deux ennemis. C’est d’avoir peur de dormir pour ne pas être tué dans mon sommeil.

L’irréparable c’est de savoir que je vivrai à jamais amputé et que mon amputation ne connaîtra jamais de prothèse.

Le génocide, c’est une absurdité énorme, on cesse d’être humain pour devenir un produit de boucherie.

C’est ce vomi du passé qui n’a de honte à se mettre entre moi et mon avenir, entre moi et l’autre.

Quand on met le passé devant nous, on avance à reculons.  Il faut accepter que notre passé ne soit jamais derrière nous, mais il nous faut le mettre à côté, pour un jour voir le soleil se lever à l’autre bout de notre douleur.

J’ai passé ces 20 dernières années à m’assommer de médicaments dans l’espoir que demain sera toujours possible.

J’ai arrêté de souhaiter la mort quand j’ai réalisé que mourir, c’était cédé la victoire aux génocidaires.  Je suis debout aujourd’hui pour dire :  ils n’ont pas réussi.  Je ne me suis pas réconcilié avec le passé, ce n’est pas possible. Je me suis réconcilié avec la vie. »

Eugène Nshimiyimana est professeur de littérature française à l’Université McMaster à Hamilton.  Il a perdu son père, deux frères, six neveux et nièces, quatre oncles, presque tous ses voisins et amis, massacrés durant le génocide contre les Tutsis.  Sa mère a survécu après avoir été attaquée par des chiens lancés à ses trousses.  Il n’est pas encore capable de raconter comment sa fiancée a été tuée.

Le rescapé, qui a maintenant 46 ans, sera bientôt le papa de jumelles.  « Cela m’a pris 20 ans à être capable d’envisager avoir des enfants. »

Le malaise rwandais

Vendredi 4 avril 2014 à 16 h 56 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Il y a 20 ans lundi, commençait un des pires massacres collectifs de l’histoire. Le 7 avril 1994, 800 000 Rwandais, presque tous des Tutsis, ont été horriblement assassinés en moins de 100 jours.

Vendredi matin, j’ai dû faire une entrevue à la radio de Winnipeg sur le génocide. L’animatrice Martine Bordeleau a expliqué que parmi les Rwandais vivant au Manitoba qu’elle a contactés, aucun n’avait accepté de parler publiquement du terrible drame qui continue de hanter le magnifique pays aux 1000 collines. Même les Rwandais de la diaspora installés au Canada depuis 20 ans refusent d’en parler à nos micros. J’ai aussi beaucoup de difficulté à convaincre des victimes de parler à la caméra. Pourquoi?

Évidemment, il est extrêmement difficile de se souvenir et de parler des horreurs vécues il y a 20 ans. Beaucoup ne sont pas encore capables de raconter avoir vu leur famille se faire massacrer à la machette. Et on le comprend parfaitement.

Malgré la douleur extrême de l’exercice, nous avons toujours trouvé des Rwandais prêts à témoigner, des rescapés pour qui parler est un devoir de mémoire, pour éviter que le génocide ne tombe dans l’oubli, pour éviter une prochaine fois. Cette année, la douleur semble plus puissante, paralysante. Pourquoi?

Des opposants au régime du président Paul Kagame, qu’ils soient Hutus ou Tutsis, disent craindre les représailles depuis que l’ancien patron des services de renseignement, devenu un dissident, a été assassiné en Afrique du Sud le 31 décembre dernier. Paul Kagame a alors déclaré ceci : « Quiconque trahit notre cause ou souhaite du mal à notre peuple deviendra une victime. Il reste seulement à savoir comment il deviendra une victime. »

On peut comprendre cette peur de parler contre celui qui a été réélu, en 2010, avec 93 % des suffrages, après avoir écrasé toute opposition.

Mais la très grande majorité des victimes du génocide ne sont ni des opposants ni des critiques du régime de Kigali. Pour eux, Paul Kagame demeure le héros qui a mis fin aux massacres des Tutsis en 1994, alors que la planète fermait les yeux. Le héros qui a réunifié et reconstruit le Rwanda de façon spectaculaire. Pourquoi ces Rwandais, qui sont habitués de témoigner des horreurs qu’ils ont vécues durant le génocide, refusent-ils de le faire cette année?

Ils m’ont posé une condition :  qu’ils soient les seuls à témoigner, qu’on s’engage à ne parler que du génocide contre les Tutsis en 1994, qu’on ne fasse pas le bilan des 20 dernières années, qu’on ne se demande pas si les Rwandais ont réussi à se réconcilier, si le génocide pouvait se reproduire. Ils jugent que les médias font preuve d’insensibilité en posant ces questions durant les commémorations des 20 ans du génocide.

D’un côté, des Tutsis nous demandent de taire une partie de la vérité (comme cela se fait au Rwanda) pour leur permettre de prier leurs morts en paix. De l’autre, des Hutus se plaignent de n’avoir jamais pu pleurer leurs morts, car les crimes de l’armée de Paul Kagame n’existent pas dans l’histoire officielle imposée depuis 1994.

Simplement en parler peut attirer une accusation de divisionnisme et une peine de prison. Car tout le monde est désormais Rwandais, il n’y pas plus de Tutsis ni de Hutus. Nommer les ethnies comme je le fais dans ce blogue, c’est jouer le jeu des divisionnistes, et c’est un crime.

Qu’en pensez-vous, les Rwandais sont-ils réconciliés?

Si vous êtes un rescapé du génocide, j’aimerais beaucoup vous parler.

Un sergent de l'armée américaine attend des nouvelles des victimes de la fusillade de Fort Hood, au Texas, le 3 avril 2014. Photo : Tamir Kalifa

Un sergent de l’armée américaine attend des nouvelles des victimes de la fusillade de Fort Hood, au Texas, le 3 avril 2014. Photo : AP/Tamir Kalifa

La fusillade de Fort Hood brasse toutes sortes d’émotions aux États-Unis. Des militaires, chargés de défendre la nation, tués par un des leurs. Sur leur propre territoire. Il y a encore bien des questions à éclaircir dans cette tragédie. Déjà, elle semble illustrer combien il est difficile de bien protéger ceux dont le travail est de protéger les États-Unis.

Le fait qu’une autre fusillade ait eu lieu sur cette même base, la plus vaste du pays, n’aide en rien. On a l’impression que la grande machine militaire américaine n’a rien retenu de la tragédie de 2009, qui avait fait 13 morts. Les responsables savent qu’il y a un problème. « Quelque chose ne fonctionne pas », admet le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel. Les soldats « ont besoin de se sentir en sécurité lorsqu’ils sont à la maison », affirme le président Barack Obama, qui veut aller au fond des choses.

Les Américains ont bien sûr tiré des leçons de la fusillade de 2009. Et de celle au Navy Yard, l’automne dernier. Mais ce genre de tragédie se produit entre autres parce qu’une personne « veut » y déjouer les systèmes de prévention en place. Lorsqu’interrogé par les médecins du gouvernement, Aaron Alexis a nié avoir des pensées suicidaires. Un des signes qui peut alerter les autorités. C’était trois semaines avant qu’il ne fasse feu dans une cafétéria au Navy Yard.

Physiquement, il semble bien difficile de faire plus pour empêcher une arme à feu d’entrer sur une base militaire. L’accès est déjà très limité à Fort Hood. La plupart des soldats ne peuvent en porter. Les armes admises sur la base doivent être sous clé, utilisées seulement après autorisation. « Des dizaines de voitures entrent et sortent de Fort Hood chaque jour, expliquait Dan Corbin, le maire de Killeen, la ville qui abrite la base. C’est  impossible de fouiller chaque véhicule pour s’assurer à 100 % qu’aucune arme n’entre en douce. »

De toute façon, les Forces armées font face à d’importantes contraintes budgétaires. Et plusieurs craignent que cela ne nuise aussi au niveau de sécurité des installations militaires. L’hypothèse a déjà été soulevée après la tragédie au Navy Yard.

Ce dont il est moins question, ce sont des méthodes des Forces armées pour aider les jeunes soldats qui souffrent de difficultés mentales après leur expérience outre-mer. Selon les autorités, le tireur de Fort Hood était dépressif, avait de la difficulté à dormir. On lui a prescrit des médicaments. On évaluait sa condition mentale, mais il ne montrait pas de signe d’agressivité. Un suivi médical plus serré aurait-il permis de sauver des vies? Impossible d’y répondre. Les Forces semblent dire que non.

Ce qu’on sait, c’est que beaucoup de soldats américains sont atteints de problèmes mentaux. Un soldat sur cinq revenus d’Irak ou d’Afghanistan souffre du syndrome de stress post-traumatique, selon les données officielles. Beaucoup utilisent l’alcool, les médicaments ou les drogues illégales pour chasser leurs démons.

Certains chercheurs soutiennent que les programmes militaires pour aider à soulager les problèmes mentaux sont inefficaces. Qu’ils coûtent énormément d’argent, mais qu’ils ont eu d’impact à long terme. Les forces britanniques et canadiennes auraient plus de succès. Pas parce que leurs soldats vivent des situations moins difficiles outre-mer. Mais plutôt parce que les soldats américains sont plus jeunes que les autres, et qu’ils restent plus longtemps en zone de combats.

Les conclusions de ces études sont contestées par les bonzes des Forces américaines, qui promettent de faire mieux après cette autre tragédie. Ce qui est plus difficile à réfuter, c’est le nombre de soldats qui s’enlèvent la vie aux États-Unis. Vingt-deux par jour. Pas par mois. Presque un à l’heure.

Sans égard aux raisons qui ont poussé Ivan Lopez à tirer sur ses confrères d’armes, ils sont plusieurs à croire qu’il faut mieux épauler ceux qui ont vécu le stress d’un déploiement à l’étranger, vu l’horreur des conflits. Ceux qui ont tant sacrifié pour les idéaux d’une patrie. Ma collègue Joyce Napier le soulignait récemment : ces soldats rentrent au pays, mais ne voient pas toujours d’avenir devant eux. Ils sont 22 à s’enlever la vie chaque jour. Une longue liste à laquelle il faut maintenant ajouter le nom d’Ivan Lopez.

À regarder la télé américaine ces jours-ci, c’est tout comme s’il n’existait qu’une seule actualité vraiment importante : la disparition du vol MH370 de Malaysia Airlines.

Oubliez la Crimée, les vagues de réfugiés qui déferlent en Italie, les problèmes économiques de l’Europe, la réforme de la santé du président Obama. C’est de cet avion disparu dont tiennent à parler CNN, Fox et MSNBC.

Ne vous y méprenez pas : ce drame est important. La douleur des familles des passagers est immense, difficilement descriptible.

Radio-Canada en parle aussi, probablement beaucoup. Mais ce que font les télés américaines semble plus que trop. C’est le genre de couverture mur à mur qui rappelle les attentats de septembre 2001. Ce sont des heures de « nouveaux développements », d’innombrables « breaking news », qui sont en fait d’énormes spéculations basées sur peu de faits concrets.

Prenez l’annonce australienne d’une découverte de ce qui pourrait être des débris d’avion dans un secteur isolé et peu fréquenté du globe.

L’animateur vedette Anderson Cooper est rentré d’urgence en studio pour souligner l’importance de cette annonce, faite en fin de soirée aux États-Unis. L’animateur déjà en place à CNN ne pouvait probablement pas être à la hauteur de ce développement.

Remarquez, toute cette couverture fait un bon spectacle. Les télés ont d’impressionnants graphiques et déploient les grands moyens. Pendant au moins trois jours, l’une d’entre elles diffusait du cockpit d’un simulateur de vol de 777 basé en Ontario. Aucun aspect de la question ne semble y échapper : l’influence des courants marins sur la position des débris, la puissance des satellites commerciaux, les divers signaux que transmet un avion, les coûts pour assurer un avion de ligne (2 milliards, apparemment).

La qualité des images n’est pas très bonne, mais ça vaut la peine de vous montrer quelques exemples de la couverture américaine :




Mais à trop vouloir combler le temps d’antenne, les télés frôlent parfois le ridicule. Voici quelques perles :

  • « Breaking news », titrait l’une des chaînes : les piles des boîtes noires s’épuisent (alors qu’il leur restait plus de la moitié de leur durée de vie d’environ un mois).
  •  On a évoqué la possibilité que l’avion ait disparu dans une sorte de Triangle des Bermudes, ou se soit écrasé sur l’île mystérieuse de la série télé Lost.
  •  On a beaucoup spéculé sur la personnalité des deux pilotes, sur le fait que l’un d’eux possède un simulateur de vol, d’où des données auraient été effacées.
  •  On a présumé que l’enquête aurait été plus rapide, que plus d’info aurait été disponible si le drame avait touché une compagnie américaine.

Bien sûr, une bonne partie de tout cela sert les impératifs commerciaux des réseaux. CNN, notamment, a réussi à battre ses concurrents dans la course aux spectateurs.

Mais la qualité de l’information en souffre, au point où le spectateur que je suis n’arrive plus à distinguer les théories basées sur des faits de la pure spéculation. Reste l’aspect divertissant…

Pour les proches des disparus, le mystère ne peut probablement pas être résolu assez rapidement. Mais les réseaux américains donnent l’impression qu’en quelque sorte, plus longtemps on cherche cet avion, mieux c’est…

Poutine peut compter sur la Chine

Lundi 3 mars 2014 à 21 h 25 | | Pour me joindre

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Alors que le président russe Vladimir Poutine s’est mis à dos la plupart des pays occidentaux en déployant ses troupes en Crimée, la Chine, deuxième puissance économique de la planète, a pour sa part décidé de mettre tout son poids du côté de la Russie et d’appuyer les manœuvres de son allié.

Lors d’un entretien téléphonique lundi, les chefs des deux diplomaties ont dit avoir constaté « leur concordance de vues sur la situation en Ukraine ». Un appui de taille dans la région, qui ne surprend cependant pas sur la scène internationale.

La Russie et la Chine font front commun sur plusieurs dossiers depuis des années. Les deux pays ont notamment bloqué des projets de résolution du Conseil de sécurité des Nations unies à plusieurs reprises. Les cas les plus récents ont freiné l’offensive de la communauté internationale en Syrie qui voulait intervenir pour mettre fin aux attaques perpétrées par le président Bachar Al-Assad.

Mentalité de guerre froide

La semaine dernière, l’organe de presse officiel du Parti communiste chinois a même demandé aux pays occidentaux de mettre fin à leurs réflexes empruntés des années 1980 pour coopérer avec la Russie en Ukraine, insinuant que les pays du G7 avaient conservé une mentalité de guerre froide.

« Se débarrasser des chaînes de la mentalité guerre froide réduira les confrontations inutiles, permettant de ce fait une transition plus en douceur des relations internationales », écrivait le Quotidien du Peuple.

Il faut comprendre que la Chine veut elle aussi avoir les coudées franches dans certaines régions qui ne sont plus sous sa juridiction. Le cas le plus éloquent est celui des îles Senkaku dans la mer de Chine orientale. Pékin revendique le petit archipel qui appartient au Japon. À la fin de l’année dernière, le géant communiste a d’ailleurs créé une « zone aérienne d’identification » qui englobe les îles, ce qui a soulevé la colère du Japon.

La Chine revendique aussi des îles appartenant aux Philippines. Dans les deux cas, les États-Unis ont invité Pékin à faire preuve de prudence et dans les deux cas les revendications visent à accroître le leadership du régime dans la région, mais aussi à contrôler les richesses naturelles, tout comme en Ukraine.

En d’autres termes, en appuyant la Russie, la Chine s’adresse directement à la communauté internationale et lui dit : vous n’avez plus l’autorité d’intervenir comme lors de la guerre froide, laissez les géants (Russie-Chine) décider de ce qu’ils jugent être juste pour leur région.

Le président américain Barack Obama s'est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée, le 1er mars 2014. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.
Le président américain Barack Obama s’est entretenu avec le président russe Vladimir Poutine au sujet de la Crimée samedi. Ils ont parlé durant 90 minutes, selon la Maison-Blanche. Leur deuxième conversation en huit jours.

La crise en Ukraine inquiète les Américains. Les politiciens du moins. Mais ils semblent moins intéressés par le sort des habitants de la Crimée que par l’image de leur pays à l’étranger. Pour certains, la crise est l’ultime test des capacités du président Obama. Pour d’autres, les chars russes en Crimée prouvent que les États-Unis sont devenus un tigre de papier.

Il est tentant de pencher du côté de ceux qui voient les États-Unis comme un pays qui n’est plus que l’ombre de lui-même sur la scène internationale. Prenez la rapidité avec laquelle le Parlement russe a approuvé l’envoi de troupes en Ukraine. C’était quelques heures seulement après un avertissement du président américain. « Il y aura des coûts à payer », avait lancé Barack Obama. Manifestement, Vladimir Poutine est prêt à payer la note. Aux États-Unis, l’attitude russe a provoqué une envolée de commentaires abrasifs envers… leur propre président. Prenez les commentaires du sénateur républicain Lindsey Graham :

Cessez d’aller à la télévision pour tenter de menacer des voyous ou des dictateurs. Ce n’est pas votre fort. Chaque fois que (Barack Obama) menace Poutine, ou quelqu’un comme Poutine, tout le monde lève les yeux. Même moi. Nous avons un président faible, incapable de décider, qui invite les agresseurs.

Plusieurs doutent de la capacité du président américain à tenir tête à son vis-à-vis russe. Une idée qui inspire aussi des caricatures. Une partie de la critique vient bien sûr de gens qui n’aiment pas le président Obama. Plusieurs rappellent son demi-tour sur la question syrienne l’automne dernier. Les États-Unis avaient d’abord menacé la Syrie de frappes militaires, en représailles à des attaques chimiques contre des populations civiles. Barack Obama avait hésité, demandé l’aval du Congrès. Lorsqu’il est apparu évident que les élus allaient lui dire non, il a trouvé une solution diplomatique. La Maison-Blanche continue de dire que la menace d’une attaque était crédible et réelle, et que c’est pour ça que la Syrie a accepté (avec l’appui de la Russie) de se défaire de son stock d’armes chimiques. Ça serait un exemple de la façon Obama de faire les choses.

Ce qui complique la tâche du président Obama sur la scène internationale, c’est le faible appétit des Américains, les citoyens comme les élus, pour d’autres conflits. Terminé l’Irak, l’Afghanistan tire à sa fin… Le président lui-même parle surtout de reconstruction nationale (nation building). Obama hésite à engager des troupes américaines à l’étranger. Il préfère la diplomatie, les alliances stratégiques. Mais cette position semble aussi avoir causé un affaiblissement de la voix américaine sur la scène internationale. Il y a un vide politique, et des dirigeants comme Poutine en profitent. « Si vous retirez l’option du bâton de votre arsenal, qu’est-ce qu’il vous reste? », lance Andrew C. Kuchins, du Center for Strategic and International Studies.

C’est un constat qui dérange bien des Américains. La voix de leurs dirigeants semble moins compter. C’est dur pour l’ego de la superpuissance. Ce qui fait que plusieurs critiques appellent leur président à en faire davantage, à reconsidérer cette idée du repli sur soi-même.  D’autres sont plus tranchants : « Si Obama laisse faire Poutine, la crédibilité de l’Amérique sera réduite à zéro. Nos ennemis ne nous craindront plus. »

Bien sûr, les options à la portée du président américain semblent limitées. D’une part, Vladimir Poutine semble attacher peu d’importance à son image dans le monde (évaporée, toute perception bienveillante propagée par les tout récents Jeux de Sotchi). D’autre part, la Russie dispose de puissants leviers économiques, dont l’envoi de gaz naturel vers l’Europe. Ça complique l’imposition de sanctions économiques.

Finalement, l’histoire nous enseigne aussi que le président américain a bien peu de pouvoir face aux tractations de Vladimir Poutine. Le New York Times rappelle que la Russie avait mené une opération militaire semblable en Géorgie (un allié de l’OTAN) en 2008. George W. Bush avait haussé le ton, déployé des navires dans la région, aidé au transport de soldats géorgiens. Rien n’a fait broncher la Russie (présidée par Medvedev; Poutine était alors premier ministre). Cette fois-ci ne sera pas bien différente, prédit Fiona Hill, une experte américaine sur la Russie : « On va parler de sanctions. On va parler de lignes rouges. On va finir par paniquer. Et Poutine va nous regarder, à l’écart. Il sait que le reste du monde ne veut pas aller en guerre. »

La crise en Ukraine pose toutes sortes de problèmes pour l’administration Obama, toujours en quête d’un héritage à laisser avant la fin de son mandat. Le président américain dit préférer la diplomatie à la force. C’est le temps de passer de la théorie à la pratique… Il y va de son héritage politique, croit le commentateur Edward Luce : « Tout ce que M. Obama veut faire — du nation building, une entente nucléaire avec l’Iran, le Moyen-Orient, se tourner vers l’Asie … — tout cela repose sur sa réponse à M. Poutine. »

Avec l’Ukraine, c’est la réputation de Barack Obama qui est en jeu… et son pouvoir d’influence.

La télévision ukrainienne joue en boucle les images des funérailles qui se succèdent. Les funérailles de l’« escadron du ciel ». C’est comme ça qu’ils appellent ceux qui sont tombés la semaine dernière et dont la mort a marqué la fin du régime Ianoukovitch.

Se succèdent leurs biographies, leurs photos. La plupart étaient jeunes, très jeunes, des étudiants, des ouvriers de la construction. Presque tous sont morts d’une balle dans la tête ou au cou, l’œuvre d’un tireur embusqué sur un des toits entourant la place de l’Indépendance.

La place Maïdan commence petit à petit à se vider. Il reste des montagnes de fleurs, des milliers de lampions et les pavés arrachés. Et quelques dizaines de jeunes, casque vert vissé sur la tête et accoutrement simili militaire hétéroclite, dont des protège-genoux et protège-coudes noirs, « trophées de guerre » pris sur les hommes des forces spéciales honnies, les « Birkout », démobilisés manu militari après les combats de la semaine dernière.

Ces jeunes, c’est l’« autodéfense de Maïdan ». Eux sont loin d’être démobilisés. On les voit un peu partout dans la ville de Kiev, foulard jaune autour du cou et carte plastifiée sur la poitrine où il est écrit en cyrillique « samoabarona », autodéfense. Ils dirigent le trafic au côté de la police, surveillent l’entrée de la Banque centrale et de la Présidence toujours vides.

Plusieurs dizaines entourent l’édifice du Parlement où se trouve, depuis samedi, le centre du pouvoir ukrainien. Ils surveillent leurs députés qui eux votent presque sans interruption… de la destitution du président Ianoukovitch à la dissolution de Birkout, en passant par le retour à la constitution de 2004 et à la nomination du nouveau président par intérim, nouveau ministre de l’Intérieur et, dans quelques heures, nouveau gouvernement au grand complet.

Le nouveau président par intérim annonce ses couleurs : l’Ukraine reprendra immédiatement le chemin de l’Europe. Les gardes populaires écoutent les débats retransmis par haut-parleurs, applaudissent, discutent, se réchauffent autour des vieux barils rouillés à l’intérieur desquels les flammes sont un rappel. Il y a moins d’une semaine, c’est leur chère place de l’Indépendance qui brûlait. Aujourd’hui, l’avenir est un peu moins incertain, mais à peine.

« Si les Russes envoient leurs troupes, on va défendre Kiev », dit Oleg, 27 ans, ouvrier de la construction qui a lâché son travail pour s’enrôler dans l’autodéfense il y a deux mois déjà. À voir l’arme dont il dispose, un grand bâton de bois, il y a comme un doute. C’est que Moscou se fait menaçante. Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, l’a dit, il ne reconnaît pas ce pouvoir qui s’est emparé de l’Ukraine par la force, ne respectant aucunement l’accord de la semaine dernière, l’accord que l’envoyé spécial de Vladimir Poutine a pourtant refusé de signer.

Le ton monte, la Russie menace de sanctions économiques. L’ours russe se réveille de son sommeil hivernal. Pourtant il a fait un beau rêve : Sotchi et ses Jeux olympiques d’hiver. Vladimir Poutine peut être fier. La première place au podium des médailles, des Jeux grandioses. Il a gagné son pari olympique, mais a perdu l’Ukraine. Son réveil risque d’être brutal.

Que s’est-il passé? N’avait-il pas promis 15 milliards de dollars en novembre dernier pour aider l’économie ukrainienne au bord de la banqueroute et pour détourner Kiev de son projet de partenariat avec l’Union européenne?

Dimanche soir, moins de 48 heures après la fuite de Ianoukovitch, un orateur-surprise s’est adressé à la foule de Maïdan, Mikhaïl Saakashvili, ancien président de la Géorgie et ancienne bête noire du Kremlin. En ukrainien, il a lancé aux milliers de gens toujours massés malgré le froid : « Le cœur de l’Europe bat aujourd’hui non pas à Bruxelles, à Berlin ou à Paris, mais ici, à Kiev! »

C’était le soir de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques. Au travers des feux d’artifice, Vladimir Poutine ne l’a peut-être pas entendu. Mais j’ai comme un doute…

Comme d’habitude, la rencontre irrite au plus haut point les dirigeants chinois. Pékin parle de « grossière ingérence » de la part des États-Unis dans les affaires étrangères de la Chine, d’une visite qui risque de porter atteinte aux relations bilatérales entre les deux pays.

Le ministère chinois des Affaires étrangères a même été jusqu’à demander à Washington de carrément annuler la rencontre vendredi matin. « La Chine est fermement opposée à la réception à la Maison-Blanche du dalaï-lama, a indiqué le ministère. Nous exhortons les États-Unis à prendre en compte de façon sérieuse nos inquiétudes. »

Jeu politique

Si la menace est ouverte, le jeu politique du président américain l’est tout autant. Barack Obama sait bien qu’en recevant le dalaï-lama, il créera des remous de l’autre côté de l’océan. Il a accueilli le chef spirituel en 2010 et 2011, et chaque fois, les visites ont soulevé la colère de Pékin.

À cela, il faut ajouter les tensions croissantes entre les deux pays. Après des années d’absence en Asie, les États-Unis ont annoncé qu’ils voulaient renforcer leur présence militaire dans l’océan Pacifique.

Une décision qui survient alors que la Chine tente de reconquérir certaines parcelles de territoire dans la région et qu’elle a créé une zone de contrôle aérien qui empiète du côté du Japon, allié de Washington.

Concession de Washington

Question de calmer le jeu, la Maison-Blanche a néanmoins tenu à souligner que le président américain rencontrait le dalaï-lama « en tant que chef religieux et culturel respecté internationalement », et que le Tibet « faisait partie de la République populaire de Chine ».

Barack Obama a aussi choisi de recevoir le dalaï-lama dans la salle des cartes de la Maison-Blanche. Une pièce jugée moins symbolique que le bureau ovale.

Washington a cependant indiqué qu’il était « inquiet des tensions persistantes et de la détérioration de la situation des droits de l’homme dans les zones tibétaines de la Chine ».

La hantise de Pékin

Malgré un exil de 55 ans en Inde, le dalaï-lama continue de générer la hantise dans les différentes sphères politiques en Chine. Il est considéré par Pékin comme un dangereux séparatiste, un homme qui a toujours le pouvoir de générer la révolte dans le pays.

C’est pourquoi depuis vendredi matin, tous les sites des médias étrangers sont censurés en Chine. Impossible d’accéder aux différentes pages d’actualité. Les autorités ont tout bloqué pour s’assurer que le message du chef religieux ne soit pas entendu dans l’Empire du Milieu.

Depuis son départ en 1959, le dalaï-lama réclame une véritable autonomie pour le Tibet. Il dénonce le système de répression mis en place par Pékin et juge que la Chine tente par tous les moyens de détruire la culture dans la région.

En signe de désespoir, 120 Tibétains se sont immolés depuis 2009 pour dénoncer les politiques de Pékin.

À voir la carte publiée par Reporters sans Frontières (RSF), on pourrait croire que certains pays ont le cancer lorsqu’il s’agit de liberté de presse. Parmi ceux-ci, la Chine, l’endroit le plus populeux de la planète et deuxième économie du monde.

Le pays occupe cette année le 175e rang du classement, en baisse de deux positions principalement due à la censure et parce que « l’ancien Empire du Milieu […] continue d’emprisonner les voix dissidentes », écrit RSF, comme celle de Xu Zhiyong, universitaire et avocat condamné récemment à quatre ans de prison.

L’universitaire et avocat a été déclaré coupable de « rassemblement illégal visant à perturber l’ordre public » il y a trois semaines. Mais, selon son avocat, il s’agit là de « pur théâtre » de la part de l’État chinois. Son client, croit-il, est plutôt devenu la cible du gouvernement après avoir créé le « Mouvement des nouveaux citoyens ». Un groupe qui réclame plus de transparence dans le pays et la fin de la corruption chez les dirigeants du Parti communiste.

Et ironiquement, alors qu’il est question de censure dans le classement de Reporters sans frontières, les Chinois ont eu droit à un nouvel exemple de l’imposant système mis en place pour contrôler ce qui est diffusé dans le pays. Selon le China Digital Times, les autorités ont demandé ce matin aux médias locaux de supprimer tous les articles reliés au palmarès qui traite de liberté de presse et du droit à l’information. Une directive qui semble avoir été suivie à la lettre, puisque les principaux médias chinois ont été muets à ce sujet.

Ce contrôle serré de l’État ne date évidemment pas d’aujourd’hui en Chine, mais le gouvernement est plus que jamais conscient des disparités entre riches et pauvres dans le pays et, selon certains analystes, le régime craint de perdre le contrôle s’il permet la critique ou même les rassemblements. Une espèce de paranoïa qui a mené à la création d’un système de surveillance parmi les plus hermétiques de la planète, que décrie RSF.

Le Canada et les États-Unis

Le Canada, pour sa part, gagne deux positions (18e rang), alors que les États-Unis reculent. La condamnation du soldat Bradley Manning, la traque face à Edward Snowden et le scandale des relevés téléphoniques d’Associated Press saisis par le département de la Justice ont fait en sorte que notre voisin du sud a perdu 13 places. Il se situe maintenant en 46e position.

Une fois de plus c’est l’Érythrée qui arrive dernière cette année, tout juste après la Corée du Nord, le Turkménistan et la Syrie.

La liberté de presse dans le monde, telle qu'illustrée  par Reporters sans frontières.
La liberté de presse dans le monde, telle qu’illustrée par Reporters sans frontières.

 

 

Comme au bon vieux temps de la guerre froide

Mercredi 5 février 2014 à 16 h 03 | | Pour me joindre

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Les Américains pensent beaucoup aux Jeux de Sotchi depuis quelques semaines, mais ce n’est pas vraiment aux espoirs de médailles qu’ils s’intéressent.

Ils passent beaucoup de temps à relever les failles dans la préparation des Jeux, à dénoncer tout ce qui cloche à leurs yeux dans la société russe. Dernier point sur la liste : les Russes refuseraient le yogourt des Américains!

Avec ces Jeux, c’est comme si les Américains étaient revenus à l’époque de la guerre froide. Ils se sont trouvé un ennemi commun. Du moins, temporairement.

Des policiers patrouillent les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.
Des policiers patrouillent dans les installations olympiques de Sotchi, à quelques jours du début des Jeux.

Les présidents Obama et Poutine ne s’entendent pas. C’est bien connu. Pensez aux différends sur la Syrie, au sort du fugitif Edward Snowden.

Barack Obama avait beaucoup de raisons pour justifier son absence de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Aux yeux de bien des Américains, leur président ne sera pas en Russie parce qu’il veut dénoncer la controversée loi russe qui interdit la « propagande homosexuelle ».

En fait, ni Obama ni son vice-président n’y seront. Du rarement vu dans aux Olympiques. Celle qui mène la délégation américaine est une « ancienne » membre du Cabinet d’Obama. Un véritable pied de nez à la Russie de Vladimir Poutine.

Dans ce dossier, la Maison-Blanche a bien compris comment marquer des points de manière subtile. Ainsi, un communiqué sur la délégation américaine souligne que Team USA représente « la diversité que sont les États-Unis ». Cette carte, Barack Obama l’a aussi jouée lors de son discours sur l’état de l’Union :

« Nous croyons en la dignité et l’égalité de tous les êtres humains, peu importe leur race, leur religion ou leur orientation sexuelle. La semaine prochaine, le monde verra une expression de cet engagement lorsque Team USA marchera en rouge, blanc et bleu dans le stade olympique et rapportera l’or à la maison. »

Encore une fois, les Américains applaudissent!

Depuis quelques semaines, les Américains s’interrogent beaucoup sur les risques d’attentats à ces Jeux. Une majorité croit qu’un attentat est inévitable.

La préoccupation est justifiée, mais elle frôle l’obsession, même dans un pays habitué à enlever ses souliers au nom de la sécurité aérienne. Certaines familles d’athlètes ont souligné publiquement qu’elles n’iraient pas à Sotchi. La raison? La présence de proches dans une zone à risque pourrait déconcentrer les athlètes.

Le Congrès s’est aussi penché sur la question. De hauts gradés ont témoigné. Plusieurs élus jugent les risques trop grands. Ils n’iraient pas à Sotchi, même si on payait toutes leurs dépenses.

La question a même été posée à Barack Obama : « Est-ce que vous recommanderiez aux amis de vos enfants d’aller à Sotchi? » La réponse du président était très nuancée. « Malgré les préparatifs russes, a-t-il dit, il y a des risques. Ça serait plus sécuritaire aux États-Unis. »

Officiellement, le président ne veut pas décourager les Américains d’assister aux Jeux. Il les juge sécuritaires. Mais la Maison-Blanche fait aussi beaucoup pour souligner les risques. On a publié des avis aux voyageurs, des suggestions sur les tenues vestimentaires appropriées.

On a aussi beaucoup publicisé les mesures pour secourir les ressortissants, en cas d’urgence, notamment le fait que la marine a des navires dans la mer Noire, non loin.

L’appétit des Américains pour des nouvelles négatives venant de Sotchi semble bien grand. Ils sont nombreux à démoniser Poutine, à décrier le sort réservé aux dissidents et aux manifestants.

Ils sont encore plus nombreux à rire des multiples (et parfois risibles) retards dans les préparatifs. Même ce qui roule bien à Sotchi est souligné par la négative. « Une prévision de désastre qui ne s’est pas réalisée », titre la sérieuse NPR.

Tout ça, c’est le genre de matériel qui s’échange très vite sur les médias sociaux… et qui renforce un sentiment de supériorité devant l’ennemi retrouvé.

Pour les Américains, l’esprit de fraternité auquel tenait tant le fondateur des JO modernes ne semble plus tenir, du moins en ce qui a trait au pays hôte de ces Jeux.