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Lorsque l’ex-gouverneur de la Floride, fils du 41e président des États-Unis et frère du 43e, annonce « qu’il va explorer activement la possibilité de présenter sa candidature pour l’élection présidentielle », on peut presque tenir pour acquis que Jeb Bush sera de la campagne électorale en 2016.

Jeb Bush a lancé cette phrase lors d’un discours en Caroline du Sud le 16 décembre. C’est la première fois qu’il va aussi loin sur ses intentions de briguer l’investiture républicaine. Il a longtemps refusé de se commettre. Sa conjointe, sa mère et son entourage n’ont jamais été très chauds à l’idée d’une autre candidature d’un Bush. Mais des discussions lors du congé américain de l’Action de grâces auraient permis d’établir un consensus dans la famille.

Jeb Bush est le candidat que plusieurs républicains attendaient avec impatience. Il est un conservateur modéré. Il est pour une réforme du système d’immigration américain. Il parle couramment espagnol. Très populaire auprès des hispanophones en Floride, il a obtenu 80 % du vote cubain lors de son élection comme gouverneur en 2002. Il est contre l’avortement et pour la peine de mort. Mais surtout, il appartient à une dynastie politique qui a produit deux présidents au cours des 30 dernières années, ce qui peut aider pour récolter des fonds.

Des rumeurs circulaient déjà depuis plusieurs semaines selon lesquelles Jeb Bush songeait sérieusement à se présenter comme candidat à la Maison-Blanche en 2016. Mais il a quitté le monde de la politique il y a huit ans pour une fructueuse carrière en affaires. Et avant de se lancer, il doit tout d’abord mettre à l’abri plusieurs investissements à l’étranger ou s’en défaire.

Selon le Washington Post, Jeb Bush aurait même commandé une analyse pour connaître son niveau de vulnérabilité face à d’éventuels adversaires.

Jeb Bush se classe deuxième derrière l’étonnant Mitt Romney, qui a pourtant perdu contre Barack Obama en 2008, selon le dernier sondage. Les autres candidats républicains non annoncés sont Chris Christie, Rand Paul, Paul Ryan et Mike Huckabee. Mais aucun de ces éventuels candidats ne devance la démocrate Hillary Clinton, qui n’a toujours pas déclaré, elle non plus, son intention de se présenter à la présidence des États-Unis en 2016.

Et Clinton?

Hillary Clinton reste pour l’instant sur les lignes de côté et réfléchit sérieusement à son avenir. Veut-elle vraiment devenir la première femme présidente des États-Unis? Un poste qu’elle occuperait à l’âge de 69 ans. Elle a souffert d’une thrombose en 2013, après une commotion cérébrale causée par une chute. Est-elle suffisamment rétablie pour remplir une des fonctions les plus exigeantes du monde?

De plus, elle est grand-mère depuis peu. Voudra-t-elle être plus présente auprès de sa petite fille qu’à la Maison-Blanche pour régler des crises? Sans compter la montée de la sénatrice démocrate du Massachusetts, Elizabeth Warren, qui récolte des appuis inattendus.

Beaucoup de questions sont encore sans réponse. Chose certaine, Hillary Clinton fait aussi partie d’une dynastie politique. Son mari, Bill Clinton, a été président durant deux mandats, de 1992 à 2000, moment où elle a été première dame du pays. Elle est devenue ensuite sénatrice de l’État de New York, et puis candidate à l’investiture démocrate contre Barack Obama en 2008. Et enfin, elle a été nommée au prestigieux poste de secrétaire d’État par le nouveau président en 2009.

Mme Clinton est très connue. Elle possède un réseau de contacts influent et efficace. Déjà, des milliers de personnes travaillent à amasser des fonds pour sa campagne. Elle a aussi un mari qui est un redoutable stratège politique. Mais les Clinton ne sont plus la saveur du mois. Lors d’une conférence, en octobre, à l’Université Georgetown à Washington, la salle était à moitié vide et les étudiants venus entendre l’ex-secrétaire d’État, pas très enthousiastes.

L’idée d’une course pour la présidence entre Jeb Bush et Hillary Clinton, en 2016, en fait saliver plus d’un parmi les journalistes et les commentateurs politiques. D’autres croient que revoir un autre Bush ou une autre Clinton à la Maison-Blanche ne serait pas un service à rendre au pays. Pour l’instant, aucun de ces candidats n’a décidé de se lancer officiellement. Un suspense qui devrait prendre fin entre le début et le printemps de l’année 2015.

Les visages de la rage

Samedi 13 décembre 2014 à 18 h 15 | | Pour me joindre

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Michael Brown. Eric Garner. Des noms devenus mots-clics. Des symboles pour une société qui remet en question le comportement de ses policiers devant des citoyens noirs. Mais la colère qui motive des centaines d’Américains à prendre la rue n’est pas née avec la mort de ces deux hommes. Elle vient d’une succession de morts tragiques, parfois insensées.

Il n’y a pas de statistiques fiables pour quantifier le nombre d’Américains tués par des forces de l’ordre. Un par jour? Deux? Moins que ça? Impossible de savoir, malgré des efforts louables.

Certains de ceux qui ont été tués menaçaient un policier. D’autres pas. Mais ils sont morts. Et beaucoup sont Afro-Américains. Ce qui fait qu’à chaque fois qu’un autre nom s’ajoute à la liste, la crainte d’une bonne partie des Américains est ravivée : que leur fils soit le suivant.

Il y a de fortes chances que ces parents inquiets aient « la conversation » avec leur fils. On m’en a beaucoup parlé à Ferguson l’été dernier. Oui, les parents de jeunes Afro-Américains parlent de condom ou de drogue avec leurs fils… Mais ils doivent aussi leur expliquer comment se comporter en présence d’un policier. Histoire de revenir vivant, explique cette vidéo.

Ce n’est pas la réalité des Américains blancs, ni celle de la plupart des Canadiens. Regardez la liste (probablement pas complète) des Afro-Américains tués par des policiers. Il y en a plus qu’un pour chaque mois de 2014. Elle est inspirée par le groupe NAACP qui lutte depuis longtemps pour l’avancement du droit des Afro-Américains. Vous pouvez lire davantage sur chacun (et remonter jusqu’en 1999!) ici.




Les Américains et la torture

Mardi 9 décembre 2014 à 17 h 45 | | Pour me joindre

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Le gouvernement américain a longtemps dénoncé la torture utilisée par des régimes autoritaires en Afrique, en Amérique latine et dans l’ex-Union soviétique. Aujourd’hui, la Maison-Blanche ne peut plus prétendre faire la leçon aux pays qui ne respectent pas les droits de la personne.

Les États-Unis sont officiellement entrés dans le triste club des pays qui ont torturé des individus pour obtenir des aveux. C’est écrit noir sur blanc dans le rapport du comité sénatorial sur le renseignement rendu public le 9 décembre. La convention de Genève, signée par les Américains en 1949, interdit les abus physiques et psychologiques pour obtenir des aveux.

Les États-Unis ne pourront plus jamais brandir cette convention internationale, presque sacrée, pour dénoncer les mauvais traitements infligés aux prisonniers. Ils ont perdu une partie de leur autorité morale en matière de droit de l’homme.

Des faits indéniables

Le rapport du Sénat sur les sites secrets et les méthodes de torture de la CIA implantées après les attentats du 11 septembre 2001 est accablant. Les cas de privation de sommeil, de confinement dans des espaces restreints, et de suffocation par l’eau autorisés par l’administration Bush étaient connus.

Mais le doute persistait dans le public sur la mise en application par les services secrets de ces techniques. Avec le dévoilement du rapport du Sénat, plus personne ne peut nier que les États-Unis d’Amérique ont utilisé la torture.

Parmi les 119 présumés terroristes détenus dans des sites secrets en Syrie et en Afghanistan, 26 n’auraient jamais dû être emprisonnés. Les autres ont été détenus dans des boîtes grandes comme des cercueils. Certains ont été attachés au plafond avec des chaînes durant des heures pendant que les agents de la CIA les frappaient. Un des prisonniers est même mort d’hypothermie.

Le Sénat a consulté 6,3 millions de pages d’information pour composer son rapport de 6000 pages, lui-même résumé en 500 pages. Un rapport dans lequel on apprend que l’ex-secrétaire d’État Colin Powell et l’ancien secrétaire à la défense Donald Rumsfeld n’auraient pas été tenus informés sur les détails du programme d’interrogatoires musclés de la CIA. On craignait surtout la réaction négative de M. Powell.

Le président Bush n’a été informé de la violence des interrogatoires qu’en 2006, soit quatre ans après le début du programme. Mais que savait le président et que lui a vraiment dit la CIA? Le rapport donne peu de détails. Dans une entrevue au réseau NBC, en 2010, l’ex-président affirme que ces techniques d’interrogatoire ont sauvé des vies, et que son travail était de protéger les Américains.

Le vice-président Joe Biden a déclaré que les États-Unis avaient fait une grave erreur et que l’administration actuelle s’était assuré que ça ne se reproduise plus.

L’actuel président Obama a interdit la torture lorsqu’il est arrivé au pouvoir en 2009, a-t-il mentionné dans un communiqué. Le chef de la Maison-Blanche a cependant oublié de dire qu’il s’est lui-même longtemps opposé à la publication du rapport du Sénat. Des raisons politiques, légales et organisationnelles ont motivé le président.

Obama ne voulait pas de ce rapport, qui risquait de raviver de vieilles querelles et de diviser davantage les Américains. Il ne souhaitait pas non plus se mettre à dos la CIA au moment où un nouveau front de la guerre au terrorisme vient de s’ouvrir contre le groupe armé État islamique.

Enfin, la reconnaissance de la torture dans le rapport du Sénat remettait toute la question de l’imputabilité sur la place publique. Le président Obama se retrouvait aussi devant le choix de traduire ou non en justice ceux qui n’ont pas respecté les lois en torturant. Un dilemme moral et juridique qu’Obama avait déjà tranché, en avril 2009, en décidant de ne pas poursuivre les agents de la CIA qui ont exécuté les ordres de l’administration Bush.

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Pourquoi Obama n’est pas allé à Ferguson

Vendredi 5 décembre 2014 à 17 h 08 | | Pour me joindre

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New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d'un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d'un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

New York, le 4 décembre : ces manifestants protestent au lendemain de la décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier blanc responsable de la mort d’un père de famille noir, Eric Garner. Crédit : Getty Images/Kena Betancur

Les États-Unis sont secoués par une vague de manifestations qui rappellent la colère raciale des années 60. La mort de Michael Brown à Ferguson, celle d’Eric Garner à New York et les autres qui n’ont ne sont pas encore devenus des mots clic… Autant de cris de ralliement pour des milliers d’Américains. Ceux qui jugent que la couleur de la peau fait encore une différence aux yeux de la loi. « Hands up don’t shoot! » est peut-être le premier cri d’un nouveau mouvement de revendication des droits civils qui passera à l’histoire.

Ces remous surviennent au moment où un premier président noir est à la tête des États-Unis. Mais Barack Obama a choisi de ne pas se placer à l’avant-scène. À écouter ses critiques, il semble même s’effacer, jouer un rôle trop discret. Relisez les commentaires de Barack Obama après les troubles à Ferguson, après les manifestations à New York. Il parle du besoin des manifestants d’exprimer leur colère, mais aussi du devoir de respecter l’ordre, de ne pas céder à la violence. Aucune envolée lyrique pour galvaniser la frustration. Aucun appel à la réforme. Aucune défense passionnée comme il l’a fait, par exemple, pour les droits des sans-papiers.

À Ferguson, ils sont nombreux à être amers. En 2008, le jeune Rasheen Aldridge voyait Barack Obama comme une idole, un symbole d’espoir et de changement. Et maintenant que les demandes de changements sont concrètes? « Les sentiments de 2008 n’étaient plus là quand je l’ai rencontré (à la Maison-Blanche, récemment, dans la foulée des manifestations à Ferguson). Je suis déçu », lance Rasheen Aldridge.

Certains penseurs afro-américains sont plus mordants. Militant et intellectuel, Cornel West dit que Ferguson signale la fin d’une période d’espoir pour les Afro-Américains. D’autres tournent en ridicule les suggestions du président pour répondre aux demandes de changements dans le système de justice (des caméras sur les uniformes, un meilleur entraînement des policiers). « La fin de sa présidence n’est rien d’autre qu’une proposition que tous les écoliers connaissent », explique l’écrivaine Margaret Kimberley.

 

 Source : Washington Post/ABC News poll
Source : Washington Post/ABC News poll

La déception des Afro-Américains est palpable. Mesurable. On peut supposer que Barack Obama lui-même est frustré par la situation. Ce n’est pas qu’il ne « veut » pas faire plus sur cette question, c’est qu’il ne « peut » pas. Dénoncer les mauvais traitements des Noirs serait contre-productif, explique l’auteur et journaliste Paul Waldman. « Dès qu’il exprime la moindre préoccupation envers un défi propre aux Afro-Américains, ou lorsqu’il reconnaît les effets persistants du racisme, il fait face à un contrecoup venimeux. »

C’est un constat qui semble venir de l’expérience. Souvenez-vous de l’ancien professeur d’université d’Obama arrêté à son domicile parce qu’il entrait par une fenêtre (sa porte d’entrée était bloquée). Les policiers croyaient qu’il s’agissait d’un cambriolage. Le président a lancé que les policiers avaient agi « stupidement ».

Il a aussi rappelé que les Noirs et les Latinos se font plus souvent arrêter que les Blancs. C’était en 2009, au début de la présidence d’Obama. Et les réactions ont été bien vives, surtout chez les conservateurs. « Dans un pays déchiré par les divisions raciales et politiques, souligne le journaliste Ezra Klein, approfondir ces divisions peut transformer des problèmes difficiles en problèmes impossibles. »

C’est probablement pour cela que le président n’est pas allé à Ferguson. L’apparition aurait été jugée trop délicate à la Maison-Blanche. Barack Obama a la cause à coeur, mais il ne veut pas gâcher la sauce avec un discours. C’est son  secrétaire à la Justice, aussi afro-américain, qui a été dépêché à Ferguson.

Ça ne veut pas dire que le président ne fait rien pour satisfaire aux cris de justice. Son département de la Justice étudie de près le comportement des policiers de Ferguson. Il a déjà convaincu ceux de Cleveland d’adopter une approche moins musclée.

Les propositions du président sont modestes, mais aussi réalistes. Bien des policiers aiment l’idée de porter des caméras vidéo. Même chose pour les méthodes qui visent à rétablir la confiance entre les policiers et ceux qu’ils doivent protéger. Barack Obama n’en a pas parlé dans un discours qui passera à l’histoire, mais ce qu’il suggère pourrait bien rallier les deux camps dans ce débat.

Que pensez-vous que le président pourrait faire de plus?

Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l'Organisation internationale de la francophonie
Michaëlle Jean , nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie

Michaëlle Jean devient la première femme à diriger le « boy’s club » de la Francophonie. C’est un exploit. La Francophonie ne compte qu’une femme chef d’État, la présidente de la République centrafricaine, un pays suspendu par l’OIF. Ce sont donc exclusivement des hommes, 44 chefs d’État et de gouvernement, qui ont nommé la Canadienne pour succéder au Sénégalais Abdou Diouf.

Mme Jean a remporté sa première bataille au Canada. C’est ici qu’elle a mené sa première campagne. Au départ, le gouvernement conservateur de Stephen Harper n’était pas convaincu de vouloir appuyer, encore moins financer, la candidature de l’ex-gouverneure générale nommée par le libéral Paul Martin. L’ancienne journaliste est peut-être devenue fédéraliste, mais elle n’est pas réputée pour ses convictions de droite.

L’appui du gouvernement québécois n’était pas non plus gagné d’avance. L’ex-ministre des Relations internationales Jean-François Lisée, que j’avais questionné sur le sujet, refusait d’appuyer sa candidature. L’arrivée au pouvoir du gouvernement de Philippe Couillard a changé la donne pour Mme Jean. Convaincre Ottawa, le Québec et le Nouveau-Brunswick, les trois gouvernements membres en règle de la Francophonie, a été son premier exploit.

Ce « consensus canadien » a été la principale force de sa campagne, jusqu’à la fin. Le front commun canadien, avec l’appui discret de la bureaucratie de l’OIF, a fini par faire plier la France, qui, jusqu’à vendredi, privilégiait un hypothétique « candidat du consensus africain ».

Michaëlle Jean a été la seule candidate à faire véritablement campagne dans plusieurs pays stratégiques, avec un programme axé sur une francophonie plus « économique ». Son mandat ne sera pas facile, car elle aura des moyens diminués. Elle parle cinq langues, se dit du Nord et du Sud.  Elle se battra avec conviction pour la diversité culturelle, dans une mondialisation qui menace les identités plus fragiles.

Cela n’enlève rien aux qualités de sa candidature de dire qu’elle devient la numéro un de la Francophonie par défaut. Si les Africains avaient réussi à se rallier derrière une candidature africaine, Michaëlle Jean ne l’aurait pas emporté.

Les gens des délégations du Québec et du Canada étaient inquiets depuis leur arrivée à Dakar. Ils ont vu à quel point les Africains tenaient à un candidat de leur continent. Ils ont constaté aussi à quel point certaines politiques du gouvernement Harper nuisaient à la candidature de Michaëlle Jean. Le retrait du Canada de plusieurs pays africains et, surtout, la récente décision de suspendre les visas des ressortissants des trois pays touchés par l’Ebola ont hanté la candidature de la Canadienne.

La France, qui finance 53 % du budget de l’OIF, appuyait l’idée d’un candidat africain… jusqu’à hier. La chute de Blaise Compaoré, président du Burkina Faso chassé du pouvoir par la colère de la rue il y a quelques semaines, a rendu difficile la promotion, à tout prix, d’un des candidats africains. L’un avait gagné le pouvoir par un violent coup d’État. Trois autres étaient issus de régimes connus pour les abus de pouvoir et les violations des droits de l’homme.

Le candidat de dernière minute, que la France a beaucoup cherché, n’est jamais venu. Les Africains ont été incapables de faire leur propre consensus.  Sans doute parce qu’aucun des candidats africains n’était assez fort pour s’imposer.

Au-delà des jeux de pouvoir et de coulisses, au-delà de cette « défaite africaine », la Canadienne d’origine haïtienne s’est imposée aussi parce que c’est une femme noire. Michaëlle Jean a réussi à convaincre un grand nombre d’Africains et beaucoup, beaucoup d’Africaines, qu’elle était une des leurs. C’est peut-être là son plus grand exploit.

Cette affaire sordide est l’une des histoires les plus importantes du Mexique depuis de nombreuses années.

Non seulement la police municipale d’Iguala, dans l’État du Guerrero, a mitraillé les autobus dans lesquels se déplaçaient les étudiants et a fait six morts, mais elle en a fait littéralement disparaître 43 autres.

Même au Mexique, c’est difficile de faire disparaître des personnes, la spécialité des narcotrafiquants. Mais 43 d’un coup, c’est un comble.

Tout ça parce qu’on les soupçonnait de vouloir perturber une activité du maire et de son épouse.

Cela fait des années qu’on sait et qu’on dit que les corps de police et la politique à bien des niveaux sont infiltrés par le crime organisé. Le phénomène touche des milliers de municipalités et bien des États.

Celui qui a donné l’ordre d’arrêter les étudiants, le maire d’Iguala, et son épouse sont en prison. Des dizaines d’agents de la police municipale également. Cette affaire est la preuve éclatante de cette infiltration.

Il faut être sur place pour sentir cette terreur sourde des habitants d’Iguala, qui savent et voient des choses horribles tous les jours dans leur ville et dans les environs. Et personne ne veut, personne ne peut en parler.

Il faut être sur place aussi pour sentir la détresse des familles des 43 disparus, dans l’angoisse depuis maintenant cinq semaines. Ils sont persuadés que leurs enfants sont encore vivants, malgré la version officielle qui les a décrétés morts.

 

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Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s'adresse à la presse.
Au lendemain des élections de mi-mandat, le président Obama s’adresse à la presse.

C’est en nombre record que les Américains n’ont pas voté aux élections de mi-mandat. C’est tout juste si un électeur sur trois a pris la peine de faire connaître ses choix. Les Américains n’aiment pas ce que font leurs représentants à Washington. Ils ne leur font pas confiance. Une méfiance – ou une indifférence – exprimée en ne faisant pas de détour vers un bureau de vote mardi dernier.

On estime que 3,7 milliards de dollars ont été injectés dans cette campagne de mi-mandat. C’est la plus coûteuse de l’histoire. C’est tellement d’argent, que plusieurs stations de télé n’avaient plus de place pour diffuser d’autres publicités. Un grand, très grand, feu d’artifice. Un spectacle qui n’a pas fait courir les foules.

Au lendemain d’une cuisante défaite pour son parti, Barack Obama a lancé aux spectateurs absents « qu’il les avait aussi entendus ». Selon le président, les Américains veulent que les élus travaillent aussi fort qu’eux. Il faut donc mettre fin à l’obstruction systématique d’un parti quand l’autre avance ses idées. Les républicains, le torse bombé par leur victoire, emploient aussi le même langage. Mais lisez entre les lignes, et vous conclurez probablement que ce sont des promesses faites avec les doigts croisés derrière le dos.

Dans un long point de presse au lendemain de la défaite, Barack Obama n’avait pas l’air d’un dirigeant penaud, qui vient de se faire réprimander. Pas du tout l’image d’un homme qui a compris qu’il doit changer sa façon de faire. Au contraire, il dit attendre les suggestions républicaines. Il répète des idées déjà écartées par ceux d’en face. La main du président est tendue, mais il n’avance pas.

En fait, le président est même provocateur. Il promet de signer sous peu un décret pour normaliser la présence aux États-Unis de millions de sans-papiers. La question a trop souvent été repoussée et Obama dit qu’il ne veut plus attendre. C’est une question très chère aux démocrates (leur électorat aime l’idée) et aussi très délicate pour les républicains (leur électorat déteste l’idée). « Quand vous jouez avec des allumettes, vous risquez de vous brûler », avertit l’un des dirigeants républicains, John Boehner.

Son collègue Mitch McConnell est aussi franc : si le président agit seul, il va tuer dans l’œuf les efforts de collaboration sur cette question. McConnell, c’est le politicien qui avait promis de tout faire pour assurer qu’Obama n’obtienne pas un second mandat, rappelle une collègue de CBC.

Les républicains campent aussi sur des positions qui irritent les démocrates. Ils parlent encore de tout faire pour miner la réforme du système d’assurance maladie, l’héritage du président Obama. Ces efforts vont assurément être bloqués par le veto présidentiel. Pas de branche d’olivier tendue, pas de geste de bonne volonté de la part des gagnants.

Regardez aussi les sujets mentionnés comme de possibles terrains d’entente : négociation de libre-échange, réforme fiscale… Ce sont des champs importants, mais qui ne sont pas exactement sur la liste des choses que les Américains discutent autour d’une bière ou d’un café. Comparez avec la liste des grands problèmes aux États-Unis : changements climatiques, inégalités économiques, dette gigantesque. Dans ces domaines, les deux partis conservent leurs visions distinctes.

C’est un peu comme si les deux partis se tendaient la main, sans vouloir franchir la distance qui les sépare. Après les feux d’artifice, le spectacle reprend sur cette grande scène qu’est Washington.

Me trouvez-vous trop peu optimiste?

Fin de l’isolement, pas de la peur

Vendredi 7 novembre 2014 à 7 h 09 | | Pour me joindre

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SRCLanglois

Sophie Langlois au contrôle de température à l'aéroport de Conarky

Sophie Langlois au contrôle de température à l’aéroport de Conarky

Cela fait aujourd’hui 21 jours, le temps d’incubation du virus Ebola, que nous sommes sortis de la Guinée. Le caméraman Frédéric Tremblay, moi et nos familles pouvons reprendre une vie normale. J’espère que ceux qui ont eu peur que nous les contaminions oseront nous donner la main dans les prochains jours. Qu’ils sauront réprimer le réflexe de reculer d’un pas ou deux en nous voyant approcher, comme cela est encore arrivé à mon conjoint dans la cour d’école cette semaine.

Malheureusement, ce n’est pas parce que les risques de contagion au Canada sont presque nuls que la peur va disparaître. Cette période d’isolement volontaire m’a permis d’observer, de prendre conscience que la peur de l’Ebola ne s’éteindra pas de sitôt. Parce qu’elle est entretenue par ceux-là mêmes qui prétendent vouloir la combattre, à commencer par les médias et le gouvernement canadien.

On a beaucoup parlé de la responsabilité des médias, qui ont d’abord tardé à s’intéresser à l’épidémie d’Ebola et qui, subitement, en ont beaucoup parlé, quand des Blancs ont été contaminés. Sur un ton parfois alarmiste. Surtout quand le virus est débarqué aux États-Unis et en Espagne.

Il faut dire que les images de soignants couverts d’habits protecteurs qui donnent l’impression qu’ils s’en vont en guerre bactériologique n’aident pas. Dire que les risques de contagion au Canada sont minimes sur des images apocalyptiques ne sert à rien. Je crois que les médias ont appris de leurs erreurs et font maintenant extrêmement attention de ne pas créer de panique inutile.

Certaines mesures du gouvernement fédéral envoient aussi des messages contradictoires. Cette semaine, la ministre de la Santé Rona Ambrose a annoncé qu’Ottawa allait investir 30,5 millions de dollars pour mieux préparer le pays à combattre l’Ebola. Trois millions seront consacrés à une campagne publicitaire.

« Nous voulons que les Canadiens connaissent les faits sur l’Ebola, a dit Mme Ambrose, comment le virus se transmet, ses symptômes, toutes les informations nécessaires pour réduire la peur de contracter le virus, pour réduire le stigmate subit par les travailleurs qui reviennent de ce pays. » Un stigmate nourrit en partie par ce même gouvernement qui dit vouloir le combattre.

Suspendre l’émission de visas aux ressortissants des trois pays où sévit l’épidémie d’Ebola ne fait que « procurer aux Canadiens un sentiment de sécurité artificiel », a déclaré l’Organisation mondiale de la santé. L’organisme a aussi demandé au gouvernement fédéral d’expliquer cette décision, qui n’est pas scientifiquement justifiée.

« Nous ne croyons pas que la propagation d’Ebola peut être freinée en imposant des restrictions de voyage, a précisé la Dre Isabelle Nutall, de l’OMS. Ces mesures pourraient avoir des conséquences plus graves que si les voyageurs avaient pu se déplacer librement, », selon l’organisme onusien.

Ce que cette mesure fait efficacement, par contre, c’est renforcer la peur envers ceux qui viennent ou reviennent de ces pays. Cela entretien la fausse impression que d’avoir vécu dans l’un de ses pays, quelques jours ou quelques années, vous rend forcément suspect, comprendre contagieux.

Au risque de se répéter, il faut avoir été en contact avec les liquides corporels d’un patient ayant des symptômes pour être possiblement infecté. Seulement 0,11 % des Guinéens ont eu l’Ebola depuis le début de l’épidémie. Et 99,89 % des Guinéens mènent des vies normales et ne sont ni malades ni contagieux. Mais les autorités ne prennent aucun risque.

À l’aéroport de Conakry, on prend la température des voyageurs trois fois avant de les laisser embarquer dans l’avion. Une procédure rigoureuse, effectuée avec des appareils de qualité, dont une caméra thermique. Et les voyageurs venant de ces pays sont aussi contrôlés à leur arrivée au Canada, puis suivis régulièrement pendant les 21 jours de l’incubation du virus, si c’est jugé nécessaire par les agents de quarantaines de l’Agence de santé du Canada.

À vouloir trop rassurer, on entretient la peur. Comme cette précision à la fin d’un communiqué du ministère des Affaires étrangères décrivant l’aide canadienne transportée par un avion Hercules CC-130J des Forces armées, partant de Trenton en Ontario. « Pour minimiser les risques, l’avion va atterrir dans la zone non contaminée de l’aéroport international de Freetown en Sierra Leone ».

La zone non contaminée? Comme s’il y avait une partie contaminée à l’aéroport. Comme si le virus pouvait se trouver sur le tarmac et sauter sur les militaires canadiens, qui sont sortis de l’avion habillés de combinaisons protectrices, pourtant obligatoires seulement en présence de malades de l’Ebola.

Ces mesures, qui visent à rassurer les Canadiens, entretiennent plutôt leur peur, en envoyant le message que l’Ebola peut s’attraper n’importe où, n’importe comment. Vivement la publicité qui dira les faits sur les modes de transmission de l’Ebola.

La Caroline du Nord, l’Arkansas, la Louisiane, le Colorado et le Kansas sont parmi les États qui seront les plus chaudement disputés le 4 novembre, à l’élection de mi-mandat aux États-Unis.

Alors que la Chambre des représentants (435 sièges) restera fort probablement sous la gouverne des républicains, les démocrates tentent tant bien que mal de garder le contrôle du Sénat. À la Chambre haute, 36 des 100 sièges sont renouvelés cette année.

Actuellement, les démocrates dirigent le Sénat avec 55 sièges, contre 45 pour les républicains. Ces derniers doivent donc remporter seulement six sièges pour dominer la Chambre haute et le Congrès en entier.

Historiquement, les élections de mi-mandat aux États-Unis prennent l’allure d’un référendum sur la performance du président au pouvoir. Le 4 novembre prochain ne fera pas exception.

L’impopularité du président

Les candidats démocrates, qui se présentent pour un poste de sénateur ou de représentant au Congrès à Washington, souffrent déjà de l’impopularité de Barack Obama.

Aucun d’entre eux ne souhaite s’associer aux politiques de la Maison-Blanche, ni même à la réforme de l’assurance maladie, l’Obamacare, qui, de l’avis de plusieurs, est un succès.

Le frein mis à la réforme de l’immigration et la montée du groupe armé État islamique au Proche-Orient ont miné la crédibilité du président au cours des derniers mois.

Critiqué par son ex-secrétaire d’État, Hillary Clinton, et par son ex-secrétaire à la Défense, Leon Panetta, qui reprochent à leur ex-patron de ne pas être intervenu en Syrie pour armer les rebelles, Obama a perdu beaucoup de crédibilité en matière de politique étrangère.

Seulement 42 % des Américains approuvent le travail du président démocrate, selon le dernier sondage Gallup. C’est à peine 4 points de pourcentage de plus que Georges W. Bush juste avant les élections de mi-mandat de 2006.

Mais si les Américains sont insatisfaits du travail du chef de la Maison-Blanche, ils ne sont pas prêts à voter les yeux fermés pour les républicains, qu’ils tiennent responsables des nombreuses impasses budgétaires et législatives vécues à Washington.

Ce qui explique que plusieurs démocrates sont encore dans la course, malgré l’impopularité de leur chef.

Les républicains en excellente position

Dans ce contexte, des États comme la Caroline du Nord et le Kansas, par exemple, auraient dû être des gains plus faciles pour les républicains au lieu de courses serrées actuellement.

L’argent a aussi joué un rôle, comme toujours diront certains, mais encore un peu plus durant ces élections de mi-mandat, où les candidats auront dépensé au moins 3,6 milliards de dollars, soit 40 millions de plus qu’en 2010.

Les républicains sont, malgré tout, en excellente position pour prendre le contrôle du Congrès à Washington. Ils mènent dans les sondages dans 7 des 10 courses les plus serrées.

Mais Sénat républicain ou pas, le président Obama va devoir tout de même naviguer dans des eaux troubles durant les deux dernières années de son mandat. Entre autres, il devra procéder par décret pour imposer sa réforme de l’immigration.

Une réforme qu’il a tardé à mettre en place afin de ne pas nuire aux démocrates durant ces élections de mi-mandat, mais qui ironiquement pourrait lui coûter des sièges au Congrès en raison du mécontentement des Latino-Américains.

À lire aussi : les analyses des élections américaines de la Chaire Raoul-Dandurand, de l’Université du Québec à Montréal

Les Burkinabés se libèrent aujourd’hui du joug de celui qui a pris le pouvoir par la force, il y a 27 ans, dans un coup d’État qui avait renversé et tué le président de l’époque, Thomas Sankara, le Che Guevara africain, un héros libérateur chanté par tout un continent.

Ceux qui connaissent un tant soit peu le Burkina Faso ne sont pas surpris aujourd’hui. Les Burkinabés n’ont jamais vécu de grande histoire d’amour avec Blaise Compaoré, qui était devenu le président le plus influent de l’Afrique de l’Ouest, médiateur de tous les conflits, même ceux qu’il lançait lui-même. C’était aussi devenu un président complètement coupé de la réalité, comme c’est souvent le cas des dirigeants autoritaires.

J’ai interviewé le président bientôt déchu du Burkina Faso en janvier 2013, après avoir couvert la guerre au Mali voisin. J’ai eu mal à mon Afrique ce jour-là. Le dispositif mis en place pour nous plaire nous avait rendus pantois.

La veille de l’entrevue, nous sommes convoqués dans les jardins de la présidence afin de choisir un emplacement pour l’entrevue. Une grande plateforme, une tente de cérémonie et des fauteuils princiers en velours attendent d’être installés, selon nos désirs. Je discute avec l’entourage présidentiel des séquences que l’on souhaite tourner. Je demande à quelle heure le président rencontre son état-major pour discuter de la crise malienne et ses impacts sur le Burkina. On me répond : « À quelle heure voulez-vous que cela se fasse? »

Le lendemain, nous filmons en entrevue M. Compaoré drapé d’un magnifique boubou blanc. Il est ensuite habillé en civil pour une réunion avec son entourage dans son bureau présidentiel. Puis, il revêt son uniforme de commandant en chef pour rencontrer les membres de son état-major. Ce jour-là, des chefs de guerre combattant une réelle incursion d’islamistes sur leur territoire avaient été transformés en faire-valoir pour un président en mal de bonne publicité. Ils faisaient pitié à voir.

Pour moi, ces mises en scène étaient l’illustration parfaite des dérives d’un chef autoritaire au pouvoir depuis trop longtemps. Je ne suis pas surprise que ces mêmes chefs militaires lui tournent le dos aujourd’hui. Ils ont été les premiers à voir l’ampleur de cette dérive.

À la fin de l’entrevue, j’avais demandé à Blaise Compaoré s’il avait l’intention de se représenter en 2015. « Ah, on ne m’a jamais posé la question, avait-il menti sans broncher. Alors, je n’y ai pas réfléchi. Mais constitutionnellement, je n’y ai pas droit. »  C’est parce qu’il a de nouveau tenté de s’accrocher au pouvoir, en modifiant la Constitution, que le peuple lui montre la porte aujourd’hui.

Les Burkinabés ne sont toutefois pas au bout de leurs peines. Des hommes comme Blaise Compaoré restent longtemps au pouvoir parce qu’ils savent éliminer habilement leurs concurrents. Les chefs de l’opposition qui sont tolérés dans ce type de régime sont habituellement les plus faibles.

Qui peut prendre la relève aujourd’hui au Burkina Faso? Je prédis que, demain, beaucoup vont se réclamer de l’héritage du héros national, Thomas Sankara. Blaise Compaoré n’a jamais réussi à ternir l’image de son ancien camarade de révolution, qu’il est soupçonné d’avoir fait assassiner. Il faudra se demander où étaient ces disciples de Sankara et ce qu’ils ont fait depuis 27 ans.