Blogue de Martin Leclerc

Au Collège Marie-de-l’Incarnation : un fabuleux laboratoire de hockey scolaire

Vendredi 3 avril 2015 à 12 h 18 | | Pour me joindre

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Les Panthères M-13 du Collège Marie-de-l’Incarnation
Les Panthères M-13 du Collège Marie-de-l’Incarnation

À quel point le hockey serait-il différent si les enfants commençaient à le pratiquer dans leur école primaire et s’ils étaient encadrés par des entraîneurs de carrière?

Depuis des décennies, il y a beaucoup de gens qui réfléchissent à l’avenir du hockey et qui débattent ce genre de question au Québec. Nous le faisions encore récemment dans cette chronique. Denis Francoeur, lui, a décidé de passer de la parole aux actes. Il y a trois ans, cet ex-entraîneur-chef et directeur général des Cataractes de Shawinigan s’est associé avec le Collège Marie-de-l’Incarnation à Trois-Rivières pour créer un programme de hockey fascinant.

En fait, le programme du Collège Marie-de-l’Incarnation (CMI) est peut-être un laboratoire unique au Canada. À compter de la quatrième année du primaire (première année atome), les joueurs sont intégrés à un projet de développement à long terme qui les encadrera jusqu’à la fin de l’école secondaire.

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion de voir l’équipe M-13 du CMI participer à la grande finale de la Ligue de hockey préparatoire scolaire (LPHS). La formation du CMI est composée de joueurs nés en 2003 (première année pee-wee), à l’exception de quatre d’entre eux nés en 2002 (deuxième année pee-wee). Au sein des autres équipes M-13 de la LHPS, on retrouve une majorité de joueurs nés en 2002, et une minorité en 2001 (première année bantam). On parle d’une différence d’âge assez importante.

Je dois avouer que ce que j’ai vu durant ce match était assez hallucinant. En ce qui concerne les habiletés techniques et la gestion de match et la cohésion, les Panthères M-13 du CMI ont des longueurs d’avance par rapport aux hockeyeurs de leur âge.

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« Les jeunes que vous avez vus durant ce match évoluent au sein de notre programme depuis trois ans. Or, en trois ans, nous ne leur avons jamais enseigné de notion défensive , révèle Denis Francoeur.

« Tout ce qu’ils ont appris était axé sur le contrôle, la protection et le mouvement de la rondelle. Tout ce qu’on leur a enseigné était axé sur le support qui doit exister entre eux sur la patinoire. Nous n’avons pas de système de jeu. Nous leur demandons de respecter une structure 2-1-2. Mais une fois qu’ils sont sur la patinoire, l’identité de celui qui occupe telle ou telle position nous importe peu. »

Dans un match normal, tous les joueurs des Panthères doivent disputer deux périodes à titre d’attaquant et une période en tant que défenseur. « Quand nos joueurs sont sur le banc, ils déterminent entre eux quelle position ils occuperont lors de leur prochaine présence. Puis, lors de la présence suivante, ils se reparlent et rebrassent les cartes à nouveau. Personne ne saute son tour, et tous les joueurs sont utilisés dans toutes les situations, comme l’avantage et le désavantage numériques », souligne Francoeur.

Ces méthodes sont en partie inspirées, dit-il, des programmes de développement suédois et finlandais.

« À moyen terme, on voit que cette polyvalence développe l’intelligence au jeu et la compréhension du hockey. Les enfants comprennent ce qui se passe sur la glace et l’entraide qui doit s’opérer. La première fois qu’un de nos joueurs se débarrasse de la rondelle, il se fait corriger en arrivant au banc. Il se fait dire : « Ici, on ne fait pas ça. Quand on a la rondelle, on la garde. Protège-la, change de direction, travaille avec un coéquipier et fais une passe. »

« En revanche, on ne chiale jamais quand un revirement survient. Si on veut donner confiance à nos joueurs, il faut leur donner de la liberté », raconte l’entraîneur.

Dans la LHPS, les Panthères du CMI ont maintenu une fiche de 26-1-1 pendant la saison. Ils ont aussi remporté tous leurs matchs éliminatoires, dont la grande finale. Ils ont aussi gagné un tournoi américain en classe AAA, encore une fois, même s’ils affrontaient des joueurs plus âgés qu’eux.

Tranquillement, le mot se passe. Dans la semaine précédant le Tournoi international pee-wee de Québec, des équipes suisse et russe se sont déplacées pour les affronter.

Malgré ces impressionnants succès, durant notre longue entrevue, Denis Francoeur n’a jamais évoqué la fiche de son équipe.

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Les hockeyeurs du CMI s’entraînent sur glace 133 fois par année, soit quatre fois par semaine, du mois d’août au mois de mai.

Tous les lundis, ils peaufinent leurs habiletés de patinage avec la spécialiste Julie Robitaille. Et le vendredi, ils s’entraînent hors glace en compagnie d’un kinésiologue. L’été, Francoeur demande à ses joueurs d’oublier le hockey et de se consacrer à un autre sport.

« La notion de plaisir est essentielle à l’entraînement, nous misons fortement là-dessus. À ce rythme, nous avons calculé qu’un joueur qui fera partie de notre programme de la quatrième année jusqu’au secondaire 5 aura accumulé l’équivalent de trois saisons d’entraînement supplémentaires par rapport à un hockeyeur cheminant aux plus hauts échelons du hockey civil », estime Denis Francoeur.

Quand la décision de lancer ce programme a été prise, le directeur du CMI était Michel Boucher, qui est recruteur pour le Lightning de Tampa Bay. Et dès le départ, le premier objectif consistait à se servir du hockey pour accentuer la motivation des élèves envers les études. La nouvelle direction a joyeusement emboîté le pas.

« On entend souvent des hockeyeurs talentueux dire que les études sont leur plan B. Quand j’entends cela, je décroche totalement. Les études ne peuvent pas être un plan B. C’est le plan A. On s’engage à nourrir la passion et le rêve des élèves envers le hockey, mais les études ne doivent jamais en souffrir dans l’équation. La philosophie que nous transmettons, c’est que lorsqu’on est un bon élève, ça ouvre encore plus de portes dans le sport. »

À quoi ressembleront les hockeyeurs du CMI lorsqu’ils quitteront ce programme à 15, 16 ou 17 ans? Le temps le dira. En tous les cas, ceux que j’ai vus la semaine dernière n’étaient pas encore rendus à la moitié de leur programme de développement à long terme, et ils étaient franchement très impressionnants.

En attendant, gardons les yeux sur ce laboratoire. Un jour, il fera peut-être école.