Blogue de Martin Leclerc

La fabuleuse histoire (oubliée) de Jules Huot

samedi 14 mars 2015 à 13 h 58 | | Pour me joindre

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La couverture du livre Jules Huot, Coup de départ du golf québécois
La couverture du livre Jules Huot : Coup de départ du golf québécois

De la formule 1 au ski de fond, en passant par le biathlon, le baseball ou l’athlétisme, le Québec moderne a produit de grands champions dans toutes sortes de disciplines sportives qui n’étaient pas traditionnelles chez nous. Incroyablement, le golf échappe encore à ce palmarès.

Pour un amateur de golf de notre époque, l’histoire d’un Québécois francophone participant au Tournoi des maîtres, remportant un tournoi sanctionné par la PGA et capable d’infliger la défaite aux plus grands golfeurs de la planète relève en quelque sorte de la science-fiction. Pourtant, c’est déjà arrivé!

J’ai assisté mardi dernier au lancement de la biographie Jules Huot : Coup de départ du golf québécois (Québec Amérique). L’ouvrage a été écrit par le professionnel de golf André Maltais, en collaboration avec le journaliste Richard Marr. (Déclaration importante ici : André Maltais est mon oncle. Il a déjà sollicité mon avis quant à la pertinence historique de ce projet et je l’avais encouragé à le réaliser.)

Pendant quatre ans, de 1966 à 1970, Maltais a été l’adjoint de Jules Huot au prestigieux club de golf Laval-sur-le-Lac. « En 2007, quand j’ai constaté que même les jeunes professionnels de golf québécois ignoraient l’histoire de Jules Huot, je me suis dit qu’il fallait absolument écrire un livre pour l’inscrire dans notre mémoire collective », a témoigné l’auteur, ému, en présentant son ouvrage.

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Jules Huot a été le premier athlète québécois admis dans quatre panthéons sportifs distincts : le Temple de la renommée du golf canadien, le Temple de la renommée du golf québécois, le Temple de la renommée du sport canadien et le Temple de la renommée du sport québécois.

En 1937, il remporte l’Omnium General Brock, une épreuve de la PGA dotée d’une bourse globale de 4000 $. Cette somme, énorme à l’époque, fait accourir les plus grandes vedettes de ce sport.

Le samedi 11 juillet, Jules Huot entame la troisième et avant-dernière ronde du tournoi à deux coups de la tête. Il  prend le départ en compagnie de deux monstres sacrés du golf : Harry Cooper et Ben Hogan! Il parvient à remonter la pente et à défendre sa première place jusqu’au 72e trou.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, 80 ans plus tard, Jules Huot demeure le seul golfeur né au Québec à avoir remporté un tournoi de la PGA américaine!

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La biographie de Jules Huot s’appuie sur une recherche vaste et minutieuse. Elle nous plonge dans le Québec de la première moitié du 20e siècle, au coeur de la famille Huot. Cette famille de souche, qui compte 13 enfants (8 garçons et 5 filles), vit sur la Côte-de-Beaupré, près de Québec.

À cette époque, comme presque tout le reste, le golf est dominé par les Anglo-Saxons, souvent originaires d’Angleterre et d’Écosse. Mais en 1916, l’aménagement d’un terrain de golf à proximité du domicile des Huot change tout.

Grâce à l’aide de mécènes anglophones qui reconnaissent son talent, Jules Huot se hisse d’un rôle de simple cadet jusqu’aux ligues majeures du golf. Du Miami Herald jusqu’au Los Angeles Times, tous les journaux d’Amérique évoquent ses exploits.

Malgré sa petite taille (il fait 5 pi 5 po et pèse quelque 135 lb), Jules Huot n’a pas froid aux yeux. Maltais nous dresse le portrait d’un homme intransigeant, qui déteste la défaite plus que tout et qui refuse, jusqu’à la fin de sa vie, de voir sa carte de pointage entachée par le poids des années.

Quant à ses sept frères, ils laissent aussi une empreinte indélébile sur le golf canadien. Il est intéressant d’apprendre que de 1937 à aujourd’hui, sans interruption, le poste de professionnel du prestigieux club Royal Québec a toujours été occupé par un Huot!

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En plus de raconter les trois présences de Jules Huot au Tournoi des maîtres, ainsi que ses affrontements contre des légendes comme Walter Hagen, Gene Sarazen, Ben Hogan, son ami Sam Snead, Byron Nelson, Harry Cooper et Lawson Little, l’auteur révèle par la bande une époque où le Canada occupe une place prédominante dans l’univers du golf.

Des promoteurs canadiens organisent des duels Canada-États-Unis et créent même une compétition internationale par équipe, la Coupe Canada, qui deviendra plus tard la Coupe du monde de golf. Cette compétition existe encore aujourd’hui.

À la fin de l’ouvrage, deux questions subsistent. Comment un tel pionnier a-t-il pu échapper à notre mémoire sportive? Et comment se fait-il que, 80 ans plus tard, aucun golfeur francophone n’ait pu marcher dans les traces de Jules Huot et nous scotcher devant le petit écran, les dimanches après-midi, en livrant bataille à Tiger Woods ou à Rory McIlroy?