Blogue de Martin Leclerc

Date limite des transactions : un compte à rebours pas comme les autres

Lundi 23 février 2015 à 15 h 58 | | Pour me joindre

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Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin
Le directeur général du Canadien, Marc Bergevin

À une semaine de la date limite des transactions dans la LNH, le temps est venu de séparer les lécheurs de vitrines des directeurs généraux qui sont prêts à aiguiser leurs crayons et à sérieusement parler affaires. Nous entreprenons aujourd’hui la « semaine des longs couteaux ».

Si on en juge par la férocité avec laquelle les recruteurs et les membres de l’équipe de direction du Canadien ont sillonné les amphithéâtres nord-américains ces derniers temps, Marc Bergevin est assurément prêt à parler business. Il serait toutefois intéressant de connaître son appréciation du marché cette année, puisque la saison 2014-2015 est exceptionnelle à plusieurs points de vue.

1. Avons-nous réellement des chances de faire un bon bout de chemin en séries?

C’est la première question que doit se poser un directeur général avant de se lancer dans la frénésie mercantile du mois de mars. En temps normal, de façon réaliste, très peu de DG peuvent tirer cette conclusion dans la ligue, ce qui réduit considérablement le nombre de magasineurs prêts à faire des sacrifices pour améliorer leur formation à court terme.

Or, cette année ne ressemble à aucune autre. Dans l’Est, seulement cinq points séparent les formations qui occupent les sept premières positions au classement. Et ces sept équipes se dirigent vers une récolte de 100 points ou plus, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de la LNH. Il serait même possible que les huit premières équipes de l’Est franchissent la barre des 100 points!

Nous voilà donc en présence d’un marché d’acheteurs, où un nombre anormalement élevé de DG estiment avoir une bonne chance de connaître un long parcours éliminatoire au printemps. Conclure une transaction devrait donc être plus difficile cette année.

 2. Quels sont les besoins?

Lorsqu’il a fait le tour de ses effectifs, le DG du Canadien n’a pas eu besoin d’une longue enquête pour se rendre compte que son club occupe le 23e rang dans la LNH en attaque. De toutes les équipes actuellement qualifiées pour les séries, le Canadien et les Bruins sont celles qui ont marqué le moins de buts (157).

Pour améliorer la situation, toutefois, Marc Bergevin n’a pas l’obligation de frapper un coup de circuit ou de sortir le plus gros poisson du lac comme il l’avait fait l’an dernier. Ses deux premiers trios sont fonctionnels.

Il doit plutôt chercher à donner plus de mordant à ses troisième et quatrième trios, puisque la profondeur est la clé du succès dans les séries. Depuis le début de la campagne, les trios 3 et 4 du Canadien sont freinés par des centres inefficaces.

Lars Eller est un sapré bon gars, mais il n’a récolté que 65 mentions d’aide en 340 matchs dans la LNH. Au sein de la troisième unité, le Danois a été flanqué d’ailiers capables de contribuer à l’attaque, mais il n’a pas su les alimenter. Ça lui a récemment valu d’être muté à l’aile. De plus, malgré le fait qu’il joue dans une équipe gagnante, Eller montre un différentiel de -26 depuis le début de la saison 2013-2014.

Dans la quatrième unité, la situation du vétéran Manny Malhotra est indiscutable. Il n’est plus capable de contribuer à l’attaque. Il ne compte qu’une mention d’aide et un bilan défensif de -9 en 50 matchs. Et il a été clairement supplanté par le jeune Jacob De La Rose, qui n’est âgé que de 19 ans.

Elle est donc là, la priorité du CH : trouver un centre capable de mener le troisième trio et d’inscrire des points. Lorsqu’on insère ces informations dans l’ordinateur, c’est le portrait-robot d’Antoine Vermette qui apparaît! Ce dernier est toutefois convoité par six ou sept équipes. Il y a aussi d’autres options valables sur les étagères.

* * *

Depuis le début de la saison, on parle aussi beaucoup de la nécessité d’ajouter un défenseur fiable. Dans cette chronique, j’ai souvent abordé ce sujet en début de calendrier. Mais rendons à César ce qui revient à César : Bergevin a fait l’acquisition de Sergei Gonchar en novembre et Jean-Jacques Daigneault a accompli un travail de maître avec le personnel dont il disposait.

Bien sûr, on peut toujours faire mieux. Mais le CH n’affiche-t-il pas la meilleure moyenne défensive de la LNH?

Sans compter le fait que l’organisation compte sur huit ou neuf défenseurs capables de jouer dans la LNH.

Dans ces conditions, vaut-il vraiment la peine de sacrifier des actifs importants pour faire un ajout important à la ligne bleue?

Un bémol, cependant : une absence prolongée d’Alexei Emelin (au-delà du début des séries) pourrait changer la donne. Ce n’est peut-être pas un hasard si le Canadien se fait très discret sur cette question depuis la semaine dernière. Négocier dans une position de vulnérabilité n’est jamais une bonne idée.    

3. Louer, ou acheter? 

Au cours des dernières années, le coût d’acquisition d’un bon joueur de location (un vétéran sur le point de profiter du droit à l’autonomie) pouvait s’élever à un choix de deuxième tour et à un espoir ayant des chances valables de faire carrière dans la LNH. C’est d’ailleurs ce que Marc Bergevin a payé l’an dernier pour mettre la main sur Thomas Vanek, qui était alors le joueur le plus convoité.

Mais voilà, malgré le nombre élevé d’acheteurs sur le marché cette année, les équipes vendeuses ne pourront exiger et obtenir des choix de repêchage plus avantageux (comme un choix de premier tour), ou encore des espoirs de premier plan, contre un joueur de location.

En plus, il est déjà établi que dans le meilleur scénario, le plafond salarial connaîtra une hausse modeste la saison prochaine. Éventuellement, plusieurs DG seront donc obligés de se livrer à une opération de délestage.

La morale de cette histoire? Nous assisterons peut-être à un plus grand nombre de transactions dites « classiques » au cours de la prochaine semaine. Au lieu de céder des choix de repêchage, des joueurs des ligues mineures ou des joueurs de location, des DG qui souhaitent améliorer leur formation seront probablement plus enclins à s’échanger des joueurs actifs qui comblent leurs besoins et qui ont des contrats valides au-delà de la présente saison.

C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Jets de Winnipeg et les Sabres de Buffalo récemment.

Marc Bergevin figure parmi les DG qui ont des options intéressantes pour conclure ce genre de transaction.

Après avoir réussi le plus grand coup d’éclat à la date limite l’an passé, il sera intéressant de voir comment Bergevin jouera ses cartes cette année alors qu’un nombre record de directeurs généraux estiment, eux aussi, avoir une main gagnante.
Le Canadien 2014-2015, au jeu!