Blogue de Martin Leclerc

Hockey Québec et le hockey scolaire : la suite

Dimanche 7 septembre 2014 à 11 h 56 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Hockey

Depuis la parution, vendredi, d’une chronique intitulée Hockey Québec et les écoles ne font pas bon ménage, les réactions fusent de partout.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, ce texte soulignait le caractère invraisemblable d’une règle de Hockey Québec qui empêche les joueurs identifiés comme « talentueux » de porter les couleurs des équipes de hockey qui sont membres du Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ).

Année après année, le même problème surgit à l’aube de la saison. Pour protéger sa « structure intégrée » (sa structure d’élite), Hockey Québec empêche de nombreux hockeyeurs de choisir des programmes sports-études ou des écoles qui leur conviennent et qui, surtout, ont été choisis par leurs parents.

Pour imager l’affaire, avoir un peu de talent et se tailler une place au niveau AA ou AAA équivaut à entrer dans une sorte de casier à homards, dont on ne peut plus ressortir sans combattre ou sans quémander la permission d’un bénévole du hockey mineur.

Dans une société où priment les droits et libertés des individus, cette « camisole de force » réglementaire n’a évidemment aucun bon sens. Et elle témoigne de façon éloquente de la position dominante que les dirigeants de Hockey Québec croient occuper par rapport à leurs membres, alors que les membres sont en réalité leurs patrons.

***

Dans cette dernière chronique, donc, je racontais l’histoire des jumeaux Olivier et Alexandre Lebel, qui sont âgés de 14 ans.

Pour rehausser leur qualité de vie familiale, les jumeaux et leurs parents ont décidé le printemps dernier de quitter la structure intégrée de Hockey Québec (région du Lac-Saint-Louis) au profit du programme sports-études de l’école du Chêne-Bleu, un établissement scolaire situé à Pincourt, à huit minutes de chez eux. Les Lebel ont toutefois essuyé un refus de la fédération.

Je racontais aussi l’histoire de Samuel Meloche, un excellent défenseur de 14 ans.

Après avoir été retranché par l’équipe midget AAA des Grenadiers de Châteauguay, le petit Meloche a décidé de quitter l’équipe midget Espoir où on l’avait assigné pour étudier à l’école du Chêne-Bleu et porter les couleurs de cette école. Un représentant des Grenadiers, Dominic Rhéaume, l’a toutefois avisé qu’il n’obtiendrait pas sa « libération » et qu’il ne pourrait porter les couleurs de son école.

***

Depuis la parution de cette chronique, de nombreux lecteurs m’ont spontanément demandé pourquoi les parents n’intentent pas de recours devant les tribunaux pour faire casser cette réglementation, qu’ils perçoivent comme un abus de droit.

Bonne question. Il y a sans doute une question de coûts, sans compter le fait que dans de tels cas, la lenteur des procédures judiciaires joue toujours en faveur de la fédération. Néanmoins, je sais qu’un prestigieux cabinet juridique étudie la possibilité de représenter gratuitement les familles aux prises avec ce problème.

D’autres lecteurs, des dirigeants de programmes scolaires semblables à celui du Chêne-Bleu, m’ont écrit pour faire savoir que certains de leurs élèves font face aux mêmes interdictions que les Lebel et les Meloche. J’y reviendrai sans doute.

Un dirigeant d’équipe midget AAA a aussi tenu à faire savoir qu’il endossait totalement le contenu de la chronique. Et il m’a raconté avec horreur que dans sa région, un jeune gardien midget s’est fait refuser la « permission » d’étudier à cinq minutes de chez lui parce qu’un dirigeant d’une association voisine estime que le joueur « lui appartient ». Pour évoluer exactement au même niveau, le jeune se tape donc 45 minutes de transport chaque jour pour aller à l’école!

« Il y a des gens qui oublient que nous faisons du hockey pour les enfants et non pour les dirigeants », déplorait ce lecteur bien intentionné.

***

D’autres lecteurs ont déploré que l’organisation des Grenadiers de Châteauguay soit présentée comme « le gros méchant » dans cette chronique de vendredi. Parce qu’à leurs yeux, cette organisation est une référence au sein du hockey mineur québécois, et parce que ses dirigeants se démènent pour offrir plusieurs options scolaires à leurs athlètes.

Je suis parfaitement au fait de la réputation d’excellence des Grenadiers. Mais vous avez tout faux. Ce n’est pas cette organisation qui est montrée du doigt dans cette histoire. C’est Hockey Québec et son invraisemblable réglementation. Je dénonce ces cas d’abus depuis plusieurs années. Et à chaque occasion, ils surviennent un peu partout sur le territoire québécois.

Juste comme ça, en passant, n’est-il pas inquiétant que des abus semblables surviennent dans une organisation aussi reconnue au Québec? Et qu’en plus, ces décisions soient défendues par ses dirigeants?

Le gouverneur des Grenadiers, Dominic Rhéaume, m’a fait parvenir une longue lettre, dans laquelle il m’accuse d’avoir cité son nom (dans la précédente chronique) sans avoir pris la peine de le contacter. Je lui ai rappelé que j’ai plutôt tenté de rejoindre son supérieur hiérarchique (le directeur général de la région du Lac-Saint-Louis, M. Sylvain McSween) et que ce dernier ne m’a toujours pas rappelé.

***

Impliqué dans le dossier du petit Samuel Meloche, M. Rhéaume reproche au joueur de s’être présenté au camp d’entraînement du midget Espoir après avoir été retranché du midget AAA, et d’avoir par la suite changé son fusil d’épaule en décidant de fréquenter l’école du Chêne-Bleu.

Toujours selon M. Rhéaume, cette décision de dernière minute a eu pour conséquence de chambarder les plans qui avaient été faits pour composer l’équipe midget Espoir. M. Rhéaume dit alors s’être servi du règlement de Hockey Québec pour empêcher Samuel Meloche de jouer pour l’école que l’athlète et ses parents avaient choisie. Parce que « c’est la règle », souligne-t-il. M. Rhéaume va jusqu’à comparer la réglementation de Hockey Québec à la Loi québécoise sur l’instruction publique(!), qui requiert que les enfants de parents francophones étudient en français. Ouf!

M. Rhéaume reproche aussi à l’entraîneur en chef du programme de hockey de l’école du Chêne-Bleu de « faire du maraudage » auprès des joueurs de son organisation et de leur « faire miroiter des accroires en dépit des règles établies et connues ».

« Si les Meloche avaient été clairs au mois d’avril […] nous n’en serions pas là. Nous aurions vraisemblablement libéré Samuel et planifié en fonction de son absence. Mais les engagements clairs faits par la famille dès le début des camps nous obligent à agir de la sorte », écrit M. Rhéaume.

***

Ironiquement, les griefs de M. Rhéaume illustrent tout ce qui ne va pas avec cette réglementation de Hockey Québec.

L’utilisation de termes comme « maraudage », « libération » ou « obligation » sous-entend des notions comme le vol, la propriété et la règle de droit.

Les gens du hockey mineur en viennent à croire que le règlement de Hockey Québec prévaut sur tout le reste et que les joueurs leur appartiennent. Ils croient donc que lorsque les parents prennent des décisions sur des sujets aussi importants que l’éducation de leurs enfants, ces décisions doivent être prises pour accommoder le hockey mineur et non la famille ou l’athlète concerné.

Comment a-t-on pu en arriver là?