Blogue de Martin Leclerc

Hockey Québec et les écoles ne font pas bon ménage

Vendredi 5 septembre 2014 à 13 h 04 | | Pour me joindre

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Hockey

Avant de vous livrer cette chronique, permettez que je fasse une petite mise en contexte :

Ce blogue est le plus lu sur l’ensemble du site Internet de Radio-Canada, toutes sections confondues. Et dans l’histoire de ce blogue, le texte le plus lu, celui qui a le plus déchaîné la furie et les passions des amateurs de hockey aux quatre coins du pays a été cette histoire invraisemblable que nous avons publiée à peu près à la même période l’an dernier.

À elle seule, cette statistique montre à quel point les familles québécoises sont préoccupées par les orientations et la qualité des services qu’ils reçoivent de la part de Hockey Québec, une fédération qui devrait déployer tous les efforts imaginables pour leur faciliter la vie et rehausser l’expérience sportive des enfants qui lui sont confiés.

Eh bien! semble-t-il, Hockey Québec n’a toujours pas appris sa leçon. Et le même phénomène se reproduit cette année. La fédération québécoise de hockey sur glace tente encore de se substituer aux parents et empêche des enfants de fréquenter l’école de leur choix. Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, Hockey Québec remue encore ciel et terre pour empêcher les joueurs talentueux de jouer dans le programme de hockey scolaire!

C’est le monde à l’envers!

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Martin Lebel est père de deux jumeaux de 14 ans, Olivier et Alexandre.

L’an passé, Olivier (un gardien) et Alexandre (un défenseur) jouaient au niveau bantam AA pour l’Arsenal du Lac-Saint-Louis. L’organisation de l’Arsenal couvre un vaste territoire qui s’étend de LaSalle à Valleyfield, en passant par Châteauguay et Saint-Lazare. À elle seule, l’étendue de ce territoire illustre à quel point les dirigeants du hockey mineur ne tiennent pas compte de la vie des familles.

Les Lebel disent avoir vécu un hiver d’enfer.

« Mes fils étudiaient au Collège Sainte-Anne à Lachine, et 90 % des entraînements avaient lieu à LaSalle, ce qui signifiait que nous étions constamment sur la route pour nous rendre aux quatre ou cinq séances d’entraînement hebdomadaires, sans compter les matchs du week-end », raconte Martin Lebel.

Rapidement, les parents d’Olivier et Alexandre ont vu les résultats scolaires de leurs enfants chuter. « Nous passions notre temps à la course, à manger du Subway, du St-Hubert ou du fast-food, parce que nous manquions de temps pour nous rendre aux pratiques. Mes fils tentaient de faire leurs devoirs en vitesse à l’aréna, sur un coin de table. Les entraînements avaient souvent lieu de 20 h 30 à 22 h. Olivier et Alexandre étaient brûlés en rentrant à la maison. Pour ma part, je ne voyais plus ma conjointe. Ça n’avait aucun bon sens. Nous sommes des maniaques de hockey, mais il y a toujours bien des limites », d’ajouter M. Lebel.

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Très rapidement, la famille a décidé qu’elle ne revivrait plus pareille situation. À la fin de la saison, les Lebel ont décidé de sortir leurs deux fils de la structure intégrée de Hockey Québec. Ils ont coupé tous les ponts. Olivier et Alexandre ne se sont présentés à aucun camp d’entraînement ou précamp printanier. Rien. Leurs parents ont plutôt choisi de les inscrire à l’école secondaire du Chêne-Bleu, à Pincourt, qui est située à 8 minutes de chez eux.

C’était presque trop beau pour être vrai. Cette école publique offre un programme sports-études de qualité. Qui plus est, le programme de hockey y est dirigé par Yannick Guay, un éducateur physique qui a été proclamé entraîneur de l’année dans la structure intégrée des Grenadiers bantam AAA (dans cette même région) l’an passé.

Le programme du Chêne-Bleu fait en sorte que les Lebel ont retrouvé un équilibre familial. Quand leurs enfants rentrent à la maison à 17 h, leurs entraînements sont faits. Ils ont alors le temps nécessaire pour souper en famille, faire leurs devoirs et se coucher à une heure normale. Quant au père, qui est directeur des ventes d’une entreprise canadienne, il a retrouvé une précieuse quiétude au travail.

Mais Hockey Québec et les dirigeants du hockey mineur du Lac-Saint-Louis ne voient pas les choses ainsi. Martin Lebel a donc reçu cette lettre, qui lui annonce que ses fils ont commis un crime de lèse-majesté en refusant de se rapporter aux camps des équipes bantam AAA ou AA. Et que par conséquent, ils sont punis et n’ont pas le droit de porter les couleurs de leur école!

Et on leur impose « subtilement » trois options :

a) Revivre une saison d’enfer dans le bantam AA.

b) Fréquenter une école (qu’ils n’ont pas choisie) située à 45 minutes de chez eux et jouer bantam AAA.

c) Aller jouer dans un calibre de jeu inférieur (bantam BB) où l’encadrement n’aura absolument rien de comparable avec celui offert au Chêne-Bleu.

« Dans cette lettre, les dirigeants du hockey mineur soutiennent, ni plus ni moins, que mes fils leur appartiennent! Pensent-ils diriger une dictature? Je vais vous dire une chose : mes enfants n’appartiennent à personne! », martèle Martin Lebel, indigné.

M. Lebel a totalement raison. La réglementation de Hockey Québec défie toute logique. La fédération met les familles au service de sa structure au lieu de se mettre au service des familles.

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Le cas de Samuel Meloche est tout aussi renversant.

Samuel est un talentueux défenseur de 14 ans qui vit à Coteau-du-Lac. Au mois d’août, Samuel a été retranché par l’équipe midget AAA des Grenadiers. Les Grenadiers couvrent le même territoire que l’Arsenal dans la région du Lac-Saint-Louis.

« Dès qu’il s’est fait retrancher par le midget AAA, mon fils m’a dit qu’il voulait s’inscrire à l’école du Chêne-Bleu, que fréquentent tous ses amis et qui est située près de chez nous. Il avait l’intention de jouer au hockey au sein du programme juvénile de son école, et de graduer dans la ligue midget AAA la saison prochaine », raconte son père, Mario Meloche.

Les Meloche ont donc prévenu les dirigeants des Grenadiers que leur enfant n’avait pas l’intention de jouer au niveau midget Espoir, et que pour des considérations scolaires, Samuel allait fréquenter l’école du Chêne-Bleu.

« Nous avons inscrit Samuel au Chêne-Bleu. J’ai acheté tous ses livres et les uniformes de l’école. Puis, tout juste avant la rentrée scolaire, un responsable des Grenadiers m’a téléphoné pour m’annoncer que mon fils n’avait pas le droit de jouer au hockey pour son école, et qu’on allait l’en empêcher », relate Mario Meloche.

***

Incrédule,  il communique alors avec le directeur général de Hockey Lac-Saint-Louis, Sylvain McSween. « M. McSween m’a dit qu’il n’allait pas empêcher mon fils de fréquenter l’école de son choix. Il m’a dit que si l’organisation des Grenadiers lui accordait sa libération, il n’allait pas s’objecter à cette décision. » (NDLR : au moment de publier, Sylvain McSween n’avait toujours pas rappelé.)

Mais voilà, Dominic Rhéaume, un responsable des Grenadiers, annonce à Mario Meloche que son fils ne sera même pas invité au prochain camp du midget AAA s’il persiste avec son idée de jouer au hockey scolaire. Et il finit par lui dire que les Grenadiers ne libéreront pas son fils, quitte à le laisser sur les lignes de côté toute la saison.

« M. Rhéaume connaît mon fils. Il semblait mal à l’aise avec cette situation, témoigne Mario Meloche.

« Samuel a 14 ans. Il a lui-même pris le téléphone pour expliquer à M. Rhéaume qu’il voulait fréquenter l’école du Chêne-Bleu,  que son choix était fait en fonction de l’école et non du sport. Mais les Grenadiers ont tout de même refusé de le libérer. »

***

Encore une fois, on se retrouve donc dans une situation où les bénévoles du hockey mineur imposent aux familles des décisions qui relèvent du droit fondamental des parents : le choix de l’école de leur enfant. C’est surréel!

En fin de compte, les Meloche ont eu la réaction escomptée par Hockey Québec, qui tente par tous les moyens d’empêcher les meilleurs hockeyeurs de choisir le hockey scolaire. Confronté à la menace que son fils ne puisse jouer au hockey cette saison, à contrecoeur, le père l’a retiré de l’école du programme sports-études du Chêne-Bleu et l’a plutôt inscrit dans une autre école secondaire (Soulanges). Résigné, il jouera au sein du hockey civil de Valleyfield, à un niveau inférieur.

« On entend souvent que les parents sont fous au hockey. Mais dans ce cas-ci, je pense que ce sont les organisations qui ont de sérieux problèmes. Je n’aurais jamais pu imaginer une situation pareille », soutient Mario Meloche.

« Là, à cause de décisions prises par les gens du hockey mineur, mon fils a été inscrit à trois écoles différentes en l’espace de quelques jours. Et il a fait sa rentrée scolaire avec trois jours de retard sur les autres. Il n’a que 14 ans. Il se demande comment une chose pareille a pu lui arriver. »

Les parents, eux, souhaitent encore que cet inqualifiable cas d’ingérence soit corrigé.

Plusieurs autres cas semblables ont été portés à mon attention ces derniers jours, alors que ce serait tellement facile de faire prévaloir le bon sens. Malheureusement, il y a des choses qui ne semblent jamais changer à Hockey Québec.