Blogue de Martin Leclerc

Six réflexions sur la nouvelle mouture du CH

Mercredi 2 juillet 2014 à 1 h 36 | | Pour me joindre

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Tom Gilbert
Tom Gilbert

1. Avant que la composition de l’équipe canadienne soit annoncée en prévision des Jeux de Sotchi, Mike Babcock avait catégoriquement affirmé que sa brigade défensive allait être composée d’un nombre égal de défenseurs gauchers et droitiers.

Babcock ne pouvait envisager de se présenter dans une compétition d’une telle envergure avec deux gauchers dans un même duo et en contraignant l’un de ses arrières à réaliser des jeux plus difficiles ou à limiter ses options en zone défensive.

L’entraîneur de la formation canadienne savait de quoi il parlait, puisque ses Red Wings étaient aux prises avec ce handicap. Et mardi, malheureusement, son directeur général Ken Holland n’a pas été en mesure de colmater cette brèche.

Tous les défenseurs droitiers que les Red Wings avaient dans leur ligne de mire (Matt Niskanen, Dan Boyle, Anton Stralman, Tom Gilbert et compagnie) ont préféré signer des contrats ailleurs, souvent pour des salaires moindres ou pour des contrats plus courts.

De toute évidence, les Red Wings ne sont plus aussi attrayants qu’ils l’étaient il y a quelques années.

2. Tout ça pour dire que le Canadien a poursuivi le même genre de réflexion depuis l’arrivée de Marc Bergevin. Sauf que le DG du Tricolore est parvenu à atteindre son objectif pendant le grand encan du 1er juillet.

Pour la première fois depuis belle lurette, chacun des duos de défenseurs du Canadien sera composé d’un gaucher et d’un droitier la saison prochaine. Cela soulève toutefois une question à 1 million de dollars : est-ce que l’arrivée de Tom Gilbert et l’octroi d’un nouveau contrat d’une saison à Mike Weaver feront du CH une meilleure équipe?

Durant les dernières séries éliminatoires, il est apparu (encore plus) clairement que le Canadien ne misait pas sur un vrai premier duo de défenseurs.

Josh Gorges peinait à assumer les mêmes responsabilités que son partenaire P.K. Subban. Et certains soirs, dans le deuxième tandem, on sentait qu’Alexei Emelin était dépassé et incapable de seconder son vieillissant compatriote Andrei Markov.

En plus, Michel Therrien n’avait pas de munitions pour composer un deuxième duo efficace en avantage numérique.

En échangeant Josh Gorges à Buffalo, le Canadien fait donc le pari qu’Alexei Emelin sera un défenseur nettement plus efficace sur le flanc gauche (son côté naturel) et surtout, en jouant aux côtés de P.K Subban. Ce sera extrêmement intéressant à vérifier.

Dans le deuxième duo, on a aussi très hâte de voir ce que pourra réaliser Markov, qui ne rajeunit pas, en compagnie de Tom Gilbert, un vétéran qui n’est pas reconnu pour l’excellence de son jeu défensif.

Quant à Mike Weaver, en plus d’être surutilisé en désavantage numérique, il aura vraisemblablement pour mandat de chaperonner Jarred Tinordi ou Nathan Beaulieu pendant un an. Par la suite, Weaver sera remplacé par Greg Pateryn, un arrière droitier que tous les entraîneurs des Bulldogs de Hamilton encensent généreusement.

Cela dit, Marc Bergevin s’est départi des 16 millions de dollars qui figuraient au contrat de Josh Gorges pour les quatre prochaines années, et sa brigade défensive affiche un peu plus de profondeur qu’à la même date l’an dernier.

Ce n’est pas mauvais.

3. Brian Gionta étant parvenu à soutirer 12,75 millions de dollars aux Sabres de Buffalo pour les trois prochaines saisons (hahahahaha!), les médias et les partisans ont déjà commencé à spéculer quant à l’identité du prochain capitaine du CH.

On spéculera tant qu’on voudra. Ce serait un scandale, rien de moins, que ce titre revienne à un d’autre qu’Andrei Markov.

D’abord, Markov est depuis longtemps établi comme un meneur avec le Canadien. Comme Gionta et Gorges sont partis, Markov reste le seul autre joueur de la formation qui portait une lettre sur son chandail la saison dernière.

Par ailleurs, Markov endosse le chandail depuis 14 ans. À la fin de son nouveau contrat en 2017, il risque de devenir le premier joueur depuis Bob Gainey à avoir disputé toute sa carrière à Montréal. Ce n’est pas rien.

« Politiquement », confier le « C » à Markov lui conférerait aussi un pouvoir et une autorité accrus dans le vestiaire. Et ce sera important, compte tenu du fait que P.K. Subban deviendra le plus haut salarié de la formation.

Enfin, Markov n’est pas le plus bavard. Mais il a beaucoup changé son approche avec les représentants des médias au cours des dernières années. Et il n’y a aucun doute qu’il est en mesure d’assumer la partie « relations publiques » qui échoit au capitaine du CH.

4. Le Canadien s’est-il amélioré en laissant filer Ryan White et en confiant le poste de quatrième centre au vétéran Manny Malhotra?

La réponse à cette question est simple : Ryan White était incapable de percer la formation du CH dans les matchs importants ou lorsque l’infirmerie était vide.

Malhotra, un spécialiste des mises au jeu qui préconise un style physique et qui fait 1,88 m (6 pi 2 po) et 99 kg (220 lb), aura sa place tous les soirs au centre du quatrième trio. Fin du débat.

5. À l’occasion deviennent disponibles, sur le marché, des joueurs autonomes qui n’ont jamais été sélectionnés au repêchage et qui font bonne impression dans d’autres ligues professionnelles.

Ces joueurs, qui donnent l’impression de sortir de nulle part ou de s’être développés sur le tard, sont alors courtisés par une ribambelle de directeurs généraux.

En 2008, le Suédois Fabian Brunnstrom faisait sensation et visitait toutes les villes où des équipes de la LNH lui déroulaient le tapis rouge dans l’espoir de le convaincre de signer un contrat. Le Canadien, les Red Wings, les Canucks, les Stars, les Maple Leafs et bien d’autres étaient dans la course et jouaient du coude pour mettre la main sur Brunnstrom.

Ce dernier a finalement signé avec Dallas. Et lors des quatre saisons suivantes, il a disputé exactement 104 matchs dans la LNH. Il y a trois ans, Brunnstrom est retourné jouer dans sa Suède natale.

En 2011, c’était le Français Stéphane Da Costa que tout le monde s’arrachait. Et ce sont les Sénateurs d’Ottawa qui sont parvenus à l’embaucher.

Au cours des trois dernières années, Da Costa a joué 47 matchs dans la LNH. Et les Sénateurs, aux dernières nouvelles, refusaient de s’engager à lui octroyer un contrat garanti de la LNH.

En 2012, toutefois, les Red Wings ont eu la main un peu plus heureuse avec le Suisse Damien Brunner, qui est parvenu à percer leur formation (12 buts, 14 passes en 44 matchs) et qui les a ensuite quittés pour se joindre aux Devils du New Jersey.

Cette année, le CH a réussi à mettre la main sur la perle que tout le monde convoitait : l’ailier droit Jiri Sekac. Le Tchèque de  22 ans a inscrit 11 buts et 17 passes cette saison avec le Lev Prague dans la KHL.

Pourquoi Sekac a-t-il choisi Montréal? La possibilité de jouer en compagnie de Tomas Plekanec, le capitaine de l’équipe nationale tchèque, y est peut-être pour quelque chose.

Peu importe, gardons-nous une petite gêne avant de croire que le CH a réalisé un vol. Au pire, Marc Bergevin a pris un minime risque financier qui valait la peine et qui ne lui a coûté aucun autre actif.

Chose certaine, il y a une place disponible sur le flanc droit dans le troisième trio. Et, pour l’instant, Bergevin croit Sekac capable de remplir ce rôle.

Sans aucun doute, le prochain camp d’entraînement sera fort intéressant!

6. Pour terminer, ne trouvez-vous pas que le sort réservé à Thomas Vanek lors du grand encan des joueurs autonomes illustre à quel point le marché de la LNH peut être imprévisible et amusant?

Quand Vanek a refusé le contrat de 7 ans d’une valeur de 50 millions de dollars que lui tendaient les Islanders de New York l’hiver dernier, l’ex-joueur de location du CH s’imaginait-il quelques mois plus tard en train de signer un contrat de 3 ans de 19,5 millions de dollars avec le Wild du Minnesota?

Jusqu’ici, le court passage de Vanek à Montréal lui aura donc coûté quelque 30,5 millions de dollars! Et il serait très étonnant qu’il puisse combler cette perte dans trois ans.

Par ailleurs, si quelqu’un avait prédit que Benoît Pouliot allait célébrer la fête du Canada en ayant en poche un contrat plus long que celui de Vanek (et d’une valeur plus élevée), il se serait sans doute fait interner.

Only in Edmonton, comme on dit.

* * *

Sur ce, je vous quitte pour quelques semaines! Je passerai des vacances en famille et j’entreprendrai l’écriture d’un troisième livre de sport, que j’espère vous livrer à temps pour les prochaines séries éliminatoires.

On se revoit à la fin du mois d’août!   :)