Blogue de Martin Leclerc

Neuf réflexions sur le 4e match

Vendredi 9 mai 2014 à 10 h 49 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Michel Therrien
Michel Therrien

1. Une question : la combinaison que forment Max Pacioretty et David Desharnais est-elle une sorte d’union sacrée que l’entraîneur ne peut jamais défaire?

Depuis le début de la série opposant le Canadien aux Bruins, les entraîneurs des deux camps multiplient les décisions et les ajustements pour permettre à leur équipe d’accéder à la finale de l’Association de l’Est.

Du côté du CH, Michel Therrien n’a pas hésité à laisser des vétérans dans les gradins, ni à démanteler des trios, ni à confier des responsabilités importantes à Michaël Bournival, qu’on retrouve dans le deuxième trio en cette période cruciale de la saison.

Therrien n’a toutefois pas encore réglé son principal problème en attaque : son meilleur buteur et son premier joueur de centre sont en panne sèche, alors que tous les matchs se décident par des marges infimes.

Le temps ne serait-il pas venu, ne serait-ce que momentanément, de séparer Pacioretty et Desharnais pour tenter de créer une nouvelle dynamique ou de provoquer une étincelle?

Bien sûr, les deux complices ont produit à un rythme soutenu durant les 60 derniers matchs du calendrier. Mais ils ont aussi connu une léthargie de 20 matchs en début de campagne. Cette fois, malgré les efforts de ses deux attaquants, Therrien n’a pas le luxe de patienter six ou sept semaines.

Je mentionnais dans cette chronique avant la série que le sort du CH contre les Bruins reposait sur les épaules de quatre jeunes meneurs : Price, Pacioretty, Desharnais et Subban. Jusqu’à présent, la moitié d’entre eux ont relevé le défi. Sans Pacioretty et Desharnais, le CH ne traversera pas Boston.

2. Parlant de Michel Therrien, il projette l’image d’un entraîneur parfaitement en maîtrise de la situation depuis le début des séries. Encore plus quand son équipe encaisse des coups durs.

Subir un revers de 1 à 0 en prolongation en séries éliminatoires fait extrêmement mal à une équipe. Mais jeudi soir, Therrien a maintenu un discours empreint de sérénité, tout comme il l’avait fait à Boston après le revers crève-cœur du deuxième match.

D’ailleurs, Therrien ne fait pas que projeter l’image d’un entraîneur en parfait contrôle de sa formation. Il l’est réellement.

Sous ses commandes, le CH vient de connaître deux campagnes avec des taux de succès de ,610 et de ,656. Le Canadien n’avait pas obtenu de tels succès deux saisons de suite depuis un quart de siècle. C’est remarquable, compte tenu du fait que le CH venait de terminer au 15e rang dans l’Est quand Therrien a été embauché.

Pour cette raison, je croyais que le nom de Therrien allait se retrouver parmi les finalistes à l’obtention du trophée Jack-Adams cette année.

3. Cette série Montréal-Boston produit des statistiques hallucinantes.

D’un côté, les Bruins peuvent se plaindre que la série soit égale 2 à 2 malgré le fait qu’ils aient dominé le Canadien par 82 à 48 au chapitre des chances de marquer.

Et de l’autre, les membres de l’organisation du CH doivent halluciner en constatant qu’ils n’ont été en retard que pendant 11 minutes 29 secondes au cours des quatre derniers matchs et que la série est égale 2 à 2!

4. Tuukka Rask a-t-il finalement dompté sa bête noire en signant un blanchissage de 1 à 0 dans le Centre Bell à l’occasion d’un match aussi important?

Malgré le résultat final, Rask projetait tout sauf l’image d’un gardien confiant jeudi soir.

Le portier numéro un des Bruins, qui revendique maintenant 5 victoires en 20 matchs contre le Canadien, a passé la soirée à boxer la rondelle, à regarder derrière lui quand il réussissait des arrêts de routine et à accorder de généreux retours.

Jusqu’à preuve du contraire, Rask demeure le facteur X susceptible de couler les Bostoniens dans cette série.

5. Du côté du Canadien, Carey Price est toujours aussi calme et efficace.

Les Bruins l’ont encore déjoué sur un jeu farfelu en prolongation. Depuis le début de la série, Price n’a été déjoué que par des tirs déviés, des tirs voilés ou des boulets de canon en provenance de l’enclave. Il n’a pas commis d’erreurs qui ont placé son équipe en difficulté.

Plusieurs observateurs estiment que Price est chanceux parce que Boston a heurté huit ou neuf poteaux depuis le début de la série.

Or, cette statistique démontre aussi que les joueurs des Bruins se gardent une très mince marge d’erreur lorsqu’ils tentent de le battre à l’aide de tirs directs. Les ouvertures sont minimes.

6. Peter Chiarelli a été fortement critiqué à Boston au cours de la dernière année pour avoir échangé le jeune et talentueux attaquant Tyler Seguin aux Stars de Dallas. Donc, le DG des Bruins avait une raison de plus d’être ravi, jeudi, de voir Matt Fraser s’inscrire au pointage en prolongation.

Rappelé du club-école de Providence en matinée, Fraser faisait partie des joueurs que Chiarelli a acquis en échange de Seguin, en compagnie notamment de Reilly Smith et de Loui Eriksson.

Le jeune Smith impressionne aussi. Il fait partie des attaquants les plus redoutables des Bruins depuis le début de la série.

7. Match après match, il y a une chose qui ne change pas du côté du Canadien : le trio de Lars Eller est presque invariablement celui qui sonne la charge en attaque.

La bonne nouvelle dans tout cela, c’est que jeudi soir, Brian Gionta a uni ses efforts à ses compagnons Rene Bourque et Eller à l’offensive.

Le capitaine, qui a bénéficié de trois bonnes chances de marquer, aurait pu sceller l’issue de cette rencontre bien avant Matt Fraser. Dans les trois premiers matchs, Gionta n’avait pas obtenu une seule chance de marquer.

Jeudi soir, Bourque, Eller et Gionta ont obtenu 6 des 13 occasions de marquer du Canadien.

8. Avec le genre de match auquel on a assisté jeudi, il y a fort à parier que les deux entraîneurs sont enfin parvenus à définir leur formation idéale et à apporter les ajustements nécessaires. À moins de blessures, il devrait donc y avoir très peu de changements d’ici la fin de la série.

Le groupe d’entraîneurs du Canadien semble avoir trouvé la formule qui lui convient en insérant Douglas Murray en défense et Travis Moen en attaque. Leur robustesse, particulièrement celle de Murray, apporte un ingrédient utile au CH contre les Bruins.

Par ailleurs, Montréal s’est ajusté en attaque. Les Bruins avaient obtenu 30 chances de marquer dans la première rencontre. Ils en ont obtenu deux fois moins lors des deux dernières rencontres. Le travail de Price en est grandement facilité.

Du côté des Bruins, on limite le CH à environ 12 chances de marquer par rencontre. Et jeudi, les défenseurs de Claude Julien se sont particulièrement appliqués à ne pas se faire surprendre par les longs jeux qui avaient jusque-là permis au CH d’avoir de nombreuses échappées.

9. Les billets pour assister aux matchs éliminatoires coûtent une véritable fortune, et les Montréalais se targuent d’être les plus grands connaisseurs de la Terre en matière de hockey. Pourtant…

C’était la première fois en 60 ans que le Canadien disputait un match de 0-0 dans les séries. La période de prolongation était le moment fort de toute la saison, et j’étais désespéré de devoir rater le début de la prolongation pour aller faire une intervention en direct au bulletin de fin de soirée.

Mais en courant dans les corridors du Centre Bell, j’ai été abasourdi (assommé même) de voir combien de spectateurs n’avaient pas encore regagné leur siège à temps pour la mise au jeu initiale de la quatrième période.

Quand les Bruins ont scellé l’issue de la rencontre, les entrées donnant accès à l’amphithéâtre étaient bondées de gens qui s’exclamaient « Hon! C’est fini, on l’a manqué! »

Quelle honte.

Séries 2014; Section spéciale