Blogue de Martin Leclerc

Construire un stade de 500 millions sans le payer, c’est possible!

Lundi 31 mars 2014 à 8 h 07 | | Pour me joindre

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Si le retour du baseball majeur à Montréal vous intéresse (ou si vous êtes maire de Montréal), lisez ce texte. Il en vaut vraiment la peine!

Un texte de Martin Leclerc

Près de 100 000 personnes ont franchi les tourniquets du stade olympique au cours du dernier week-end pour assister à des matchs de baseball de la Ligue des pamplemousses. C’est assez phénoménal! Par contre, même si un million d’amateurs s’étaient entassés dans le stade pour ces deux rencontres, le retour du baseball majeur à Montréal se heurterait ce matin au même problème : nous n’avons pas de stade de baseball.

Malgré l’étude de faisabilité d’Ernst & Young publiée en décembre dernier, et malgré le succès qu’ont connu ces deux matchs préparatoires entre les Blue Jays de Toronto et les Mets de New York, le projet visant à rapatrier les Expos tourne en rond. Il est incapable de quitter le bloc de départ.

Aucun homme d’affaires sensé n’investira 500 millions pour construire un stade de baseball dans un marché qui n’a pas d’équipe et qui a vécu une relation aussi rocambolesque avec ce sport. Acheter une concession de la MLB? Peut-être. Construire un stade? Absolument pas.

Même s’ils savent que ça n’a absolument aucun sens, les financiers intéressés par le retour du baseball et les amateurs ont tous le même « sauveur » en tête : le gouvernement. Ils se disent que si on ne pige pas dans les poches des contribuables, ce projet est cuit parce qu’il n’y a probablement pas d’autre issue.

Eh bien! Sachez qu’il serait possible de doter Montréal d’un stade ultra moderne, et de permettre à la métropole de réintégrer les ligues majeures par la grande porte, sans qu’il nous en coûte un seul dollar!

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Quand Dominic Therrien m’a confié son idée, je suis tombé en bas de ma chaise tellement elle est géniale, imaginative, et relativement facile à réaliser.

Qui est Dominic Therrien? C’est l’un des meilleurs joueurs de position jamais développés au Québec. Cet ex-joueur de troisième but a fait carrière pendant trois saisons dans l’organisation des Braves d’Atlanta, où il a connu beaucoup de succès. À sa dernière saison complète, en 1993, Therrien a pris part au match des étoiles de la Ligue de la Caroline au niveau A fort. Il portait alors les couleurs des légendaires Bulls de Durham, qui ont été immortalisés dans un film de Kevin Costner. C’est à cette époque que je l’ai connu.

La saison suivante, constatant que ses chances d’atteindre les majeures restaient tout de même assez minces, Dominic Therrien est rentré au Québec pour entreprendre ses études universitaires. Outre son baccalauréat en droit, il a aussi obtenu une maîtrise en relations internationales à la Sorbonne, à Paris. Maintenant associé au sein du cabinet d’avocats Miller Thomson, il est basé à Vancouver depuis plusieurs années. Il est spécialiste en matière d’immigration pour gens d’affaires.

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Je vous vois trépigner sur votre chaise, en train de vous dire : alors, cette idée géniale? Ça vient oui ou non?

La voici :

Il existe depuis de nombreuses années un programme d’immigrants-investisseurs qui s’adresse aux immigrants fortunés qui souhaitent s’installer au Québec. Grâce à ce programme, les immigrants qui acceptent de prêter 800 000 $ au gouvernement du Québec (sans intérêts) pendant cinq ans obtiennent leur résidence permanente, tout comme leur famille.

Le gouvernement du Québec place ensuite cet argent. Et les intérêts qui en découlent sont utilisés pour aider des entreprises québécoises à démarrer ou à se développer. Après cinq ans, les immigrants-investisseurs retrouvent leur mise initiale.

Ce programme est extrêmement populaire! Par exemple, l’an passé, même si le gouvernement a annoncé qu’il n’allait accepter que 1750 immigrants-investisseurs millionnaires, il y en a 5400 qui ont posé leur candidature.

« Il a fallu procéder à un tirage au sort pour choisir les 1750 candidats. Il y a donc plus de 3600 personnes qui ont été refusées et qui se sont cogné le nez sur la porte », explique Dominic Therrien.

En constatant à quel point le programme canadien connaissait du succès, plusieurs autres pays en ont fait autant au fil des ans. Les Australiens, les Américains et les Britanniques ont développé des programmes semblables. Des pays comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce, qui ont traversé de sérieuses difficultés économiques ces dernières années, se sont aussi lancés dans cette chasse aux riches immigrants-investisseurs. Et souvent, dans ces autres pays, il en coûte beaucoup plus cher qu’au Canada pour obtenir sa résidence permanente.

Par exemple, le programme américain (qui porte le nom d’EB-5) demande aux immigrants-investisseurs d’investir 500 000 $ dans une entreprise qui crée au moins 10 emplois aux États-Unis. Mais il s’agit de capital de risque. Ils peuvent perdre leur mise au complet.

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Ce que propose Dominic Therrien est extrêmement simple. Pour financer un stade des ligues majeures, il propose que le gouvernement du Québec ouvre temporairement un autre volet du programme « immigrants-investisseurs ».

« Pendant trois ans, il suffirait d’offrir une alternative aux 3600 personnes dont le nom n’a pas été pigé au sort et qui se cognent le nez sur la porte. Il suffirait de leur dire : « Nous avons une alternative pour vous. Nous avons 620 autres places de disponibles. Mais pour obtenir l’une de ces 620 places, les conditions sont légèrement différentes. Il suffit de nous faire un chèque de 275 000 $, non remboursable, que le gouvernement du Québec investira dans un projet spécial. » »

Faites le calcul. Au bout de trois ans, ces 1860 immigrants-investisseurs nous permettraient d’amasser 510 millions. Cet ajout temporaire au programme existant permettrait de créer des emplois, de revitaliser un quartier de Montréal et de construire un stade de baseball qu’énormément de gens souhaitent avoir, mais que personne ne veut payer, et que personne ne peut payer.

On pourrait ainsi repositionner Montréal dans les ligues majeures et redonner à la métropole un atout touristique important. Tout cela, sans amputer d’un seul dollar les budgets de la Ville de Montréal ou du gouvernement du Québec. Tout cela, sans piger un seul dollar dans les poches des contribuables, surtaxés que nous sommes.

Qui dit mieux?

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Dominic Therrien est catégorique. Il y a longtemps que son expérience du terrain lui a fait comprendre que la citoyenneté canadienne vaut son pesant d’or pour les immigrants fortunés. Ces gens veulent avoir la possibilité d’installer leur famille dans un pays tolérant et stable comme le nôtre.

« Année après année, si autant de gens s’inscrivent au programme immigrants-investisseurs, c’est parce que le prix d’entrée n’est pas suffisamment élevé », explique-t-il.

Dans les faits, les immigrants-investisseurs qui prêtent 800 000 $ au gouvernement du Québec pendant cinq ans se privent de l’intérêt que cet argent aurait généré durant cette période. En réalité, donc, ça leur coûte 160 000 $, 200 000 $ ou peut-être plus pour entrer au Canada. Alors, si l’on offrait aux 3600 candidats rejetés de signer un chèque de 275 000 $, on en trouverait assurément 620 (chaque année pendant trois ans) qui seraient prêts à signer sur-le-champ.

Année après année, le Québec accueille entre 50 000 et 55 000 immigrants. Pendant trois ans, ne me dites pas qu’il n’y a pas moyen de s’arranger pour faire place à 620 millionnaires de plus parmi ces nouveaux arrivants.

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La mise sur pied d’un tel volet temporaire nécessiterait la conclusion d’un accord spécial entre Ottawa et Québec. On imagine d’ici les complications bureaucratiques et administratives.

La beauté de cette histoire, c’est que nous avons à Montréal un maire parfaitement capable de comprendre la valeur de cette idée, et parfaitement capable de naviguer dans cette faune pour la mener jusqu’au bout.

Dans une autre vie, rappelez-vous, Denis Coderre a été ministre de l’Immigration. Il connaît parfaitement la machine fédérale et il connaît sans doute personnellement toutes les personnes-clés, tant à Québec qu’à Ottawa, qui pourraient faire aboutir ce dossier.

C’est une idée fort audacieuse, mais d’autres juridictions ont déjà commencé à faire preuve de semblable créativité. Encore tout récemment, les développeurs du Barclays Center, le nouvel amphithéâtre de Brooklyn, ont emprunté 228 millions de dollars à 456 immigrants-investisseurs étrangers qui ont déposé chacun 500 000 $ sur la table en vertu du programme américain EB-5. Construit au coût de 1,9 milliard, le Barclays Center est une composante d’un vaste projet immobilier évalué à 4,9 milliards.

Avec cette remarquable idée, Dominic Therrien vient de servir à Montréal et aux artisans de Projet Baseball Montréal une rapide en plein cœur du marbre. Et honnêtement, disons les choses comme elles sont, nous ne reverrons probablement jamais un lancer de cette qualité.

Si le maire aime autant le baseball qu’il le dit, il s’élancera là-dessus de toutes ses forces.

Note : Pour en savoir plus, il est possible de consulter le document de réflexion détaillé de Dominic Therrien.