Blogue de Martin Leclerc

RDS : les droits régionaux du CH ont coûté plus de 800 millions

Vendredi 27 décembre 2013 à 13 h 37 | | Pour me joindre

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Brian Gionta
Brian Gionta

RDS a dû s’engager à débourser la coquette somme de 816 millions au cours des 12 prochaines années (soit 68 millions par saison) pour conserver le droit de télédiffuser les 60 matchs « régionaux » du Canadien de Montréal, selon des sources familières avec les récentes négociations.

Un texte de Martin Leclerc

La boucle est donc bouclée. Financièrement, malgré leurs retentissants cris de victoire sur la place publique, TVA et RDS ressortent considérablement amochés du mouvement de surenchère amorcé par Rogers et Québecor à la fin du mois de novembre.

Reconstituons les faits :

  • Le 26 novembre, le géant des télécommunications Rogers (Sportsnet) annonce qu’il a obtenu les droits de télédiffusion nationaux de la LNH au Canada pour les 12 prochaines années. Le montant de la transaction s’élève à 5,2 milliards de dollars.
  • Toujours dans le cadre de cette même transaction, Rogers cède à TVA les droits francophones de télédiffusion pour les matchs de la LNH ainsi que tous les matchs du Canadien (présaison, saison et séries éliminatoires) pour plus de 120 millions par saison (total de 1,44 milliard).
  • Toutefois, 60 des 82 matchs de saison acquis par TVA (les matchs régionaux) étaient susceptibles d’être remis aux enchères par le Canadien. Dans l’éventualité où un autre télédiffuseur s’emparait de ces droits régionaux, la facture de ces 60 matchs devait être déduite des 120 millions (annuels) promis par TVA.
  • Le 20 décembre, RDS a acquis les droits régionaux du Canadien pour 68 millions.
  • Jusqu’à cette année, RDS déboursait 31 millions pour présenter tous les matchs (présaison, saison et séries éliminatoires) du Canadien.

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Au final, TVA se retrouve donc avec une facture de 52 millions pour présenter 22 matchs du Canadien (plus les séries éliminatoires) ainsi que 250 matchs des autres équipes de la LNH qui seront décrits en studio et qui récolteront des cotes d’écoute marginales.

C’est une charge financière considérable pour un réseau qui, en 2012, accusait des pertes de 20,7 millions.

Soyons optimistes et considérons que le Canadien disputera en moyenne sept matchs éliminatoires au cours des 12 prochaines années. (La moyenne des 10 dernières saisons était de 6,4 matchs éliminatoires.)

TVA déboursera donc 1,8 million par match du Canadien, sans compter les frais de production qui varient de 75 000 $ à 100 000 $ par rencontre. Il faudrait dénicher des annonceurs prêts à débourser environ 80 000 $ pour chaque publicité de 30 secondes diffusée au cours d’une rencontre pour absorber ces coûts. Or, les tarifs actuels sont 10 fois moindres.

Sans compter le fait que la tarte publicitaire sera désormais coupée en deux puisque les annonceurs intéressés par l’auditoire cible du hockey auront le choix d’investir à TVA ou à RDS. Certains choisiront l’une des deux antennes. D’autres sépareront leurs dépenses publicitaires entre les deux.

Outre les ventes publicitaires, TVA fera des gains considérables du côté des nouveaux abonnés de sa chaîne sportive. Mais cela ne sera pas suffisant pour absorber les coûts d’acquisition de sa programmation hockey.

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À RDS, le plein d’abonnés (ils sont 3,5 millions) est déjà fait. Et les recettes publicitaires vont assurément fondre comme neige au soleil en raison de la disparition des 22 matchs nationaux (diffusés les samedis, dimanches et mercredis) ainsi que des matchs de séries éliminatoires, qui sont les plus lucratifs de l’année.

RDS déboursera tout de même 68 millions (1,1 million par rencontre, soit plus du double du tarif actuel) pour présenter les matchs régionaux.

Le réseau sportif de Bell n’avait pas le choix de payer cette somme colossale pour rester un joueur crédible dans le business de la télévision sportive au Québec. Toutefois, la surprime consentie par RDS équivaut à 1,5 fois ses profits annuels.

Cet argent ne sera jamais récupéré.

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Quant au public, il ressentira assurément le ressac de ces mégatransactions.

La télé sportive québécoise était déjà passablement pauvre en ce qui a trait à la diversité du contenu. Maintenant que TVA Sports et RDS ont misé encore plus de billes sur le hockey, leurs administrateurs sont déjà en train d’aiguiser leurs crayons pour couper ailleurs et limiter les pertes.

On risque donc de sabrer la qualité de l’information en réduisant la taille des salles de nouvelles, ou de rediffuser encore plus d’émissions pour meubler du temps d’antenne, ou de sacrifier des propriétés existantes ou encore de présenter des compétitions moins intéressantes parce que leurs coûts d’acquisition sont moins élevés.

Dans cette histoire, à part la LNH et le Canadien, qui peut vraiment se vanter d’avoir fait de très bonnes affaires au cours des dernières semaines? Ces prochaines années, il sera intéressant de voir lequel des deux réseaux parviendra le mieux à se tirer d’affaire dans ce nouveau contexte.