Blogue de Martin Leclerc

Retour du baseball majeur à Montréal : les astres semblent parfaitement alignés

Mercredi 11 décembre 2013 à 12 h 37 | | Pour me joindre

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Vladimir Guerrero devant des partisans des Expos
Vladimir Guerrero devant des partisans des Expos

Il y a deux semaines, quand Rogers a mis la main sur les droits de télédiffusion canadiens de la LNH pour la coquette somme de 5,2 milliards, à peu près tout le monde au Canada a été estomaqué d’apprendre qu’un réseau s’engageait à dépenser une telle somme pour retransmettre des matchs de hockey.

Du côté américain de la frontière, les dirigeants des autres grands championnats nord-américains (comme la NFL et le baseball majeur) ont très certainement accroché sur un autre aspect de cette mégatransaction. Bell, le plus grand télédiffuseur au Canada, avait aussi plus de 5 milliards à offrir à la LNH. Mais ce géant des télécommunications a été écarté au profit de Rogers. Il en résulte que Bell a toujours 5 milliards de dollars d’inscrits à son budget pour acquérir de la programmation sportive. Voilà probablement l’une des raisons pour lesquelles Bell s’est retournée par la suite et qu’elle a prolongé son partenariat canadien avec la NFL.

Dans cette perspective, il sera intéressant jeudi matin de prendre connaissance des résultats de l’étude de faisabilité menée par Ernst & Young ainsi que par le cabinet d’avocats d’affaires BCF quant à un éventuel retour du baseball majeur à Montréal.

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Cette étude a été commandée par Projet Baseball Montréal, fondée par l’ex-voltigeur des Expos Warren Cromartie, en collaboration avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

En septembre dernier, un sondage Léger Marketing commandé par la Chambre de commerce avait révélé que 69 % des Québécois souhaitaient le retour du baseball majeur à Montréal, et que seulement 11 % s’y opposaient, craignant que les coûts de l’opération soient refilés aux contribuables.

Les 28 et 29 mars prochain, les Mets de New York et les Blue Jays de Toronto disputeront deux matchs préparatoires au stade olympique. On prévoit d’ailleurs faire salle comble, ce qui est plutôt inusité compte tenu de l’importance de ces deux rencontres.

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Les conclusions de l’étude de faisabilité n’ont pas encore été divulguées, mais il n’y a aucun doute quant à leur nature. Montréal, la 13e agglomération urbaine en Amérique du Nord, est évidemment très capable de soutenir une équipe du baseball majeur.

Dans le classement des plus grandes agglomérations américaines et canadiennes, Montréal devance Phoenix, San Francisco/Oakland, Seattle, San Diego et Minneapolis/Saint Paul, qui abritent toutes des équipes du baseball majeur et des équipes de la NFL.

Les gens qui rappellent sans cesse que Montréal était incapable d’appuyer les Expos à compter du milieu des années 1990 (jusqu’à leur départ en 2004) oublient que pendant cette dizaine d’années, la dévaluation du dollar canadien frappait de plein fouet toutes les équipes professionnelles au pays, y compris les équipes de la LNH.

En 2001, quand George Gillett avait acquis le Canadien et le Centre Bell pour 185 millions, le dollar canadien approchait de son creux historique de 62 ¢US. Les équipes canadiennes de la LNH étaient alors tellement en difficulté qu’il avait fallu instaurer un système de partage de revenus avec les formations américaines pour leur permettre de survivre.

En plus de ce handicap financier majeur, les Expos étaient incapables de négocier un contrat de télédiffusion locale digne de ce nom parce que RDS n’avait aucun compétiteur. Aussi, le stade olympique (couvert) répugnait les amateurs de baseball et bon nombre de partisans avaient décroché, écoeurés par la grève de 1994, survenue au moment où les Expos détenaient la meilleure fiche des majeures.

Le contexte économique d’aujourd’hui est donc diamétralement opposé à celui qui empoisonnait la vie des équipes professionnelles canadiennes il y a 10 ou 15 ans.

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Qui pourrait donc avoir avantage à posséder une équipe de baseball majeur à Montréal?

Bell vient certainement au premier rang. Sa rivale Rogers possède les Blue Jays de Toronto ainsi que leur stade, le Rogers Centre, et la recette semble assez lucrative. Les Jays n’ont jamais dépensé autant d’argent pour acquérir des joueurs.

Le groupe CH (éternel partenaire de Bell) pourrait aussi y trouver son compte en diversifiant ses activités et en créant un petit empire sportif. À Toronto, Maple Leafs Sports & Entertainment possède une équipe de la LNH, les Raptors de la NBA et le Toronto FC de la MLS. L’an dernier, Bell et Rogers ont déboursé 1,32 milliard pour acquérir 79,53 % des actions de Maple Leafs Sports & Entertainment.

Le baseball majeur sera-t-il un jour de retour à Montréal? Chose certaine, jamais les astres n’ont semblé aussi parfaitement alignés pour que ça se réalise.