Blogue de Martin Leclerc

Daniel Brière, la vitesse et le vieillissement

mardi 22 octobre 2013 à 19 h 41 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Daniel Brière
Daniel Brière

Peu importe le sport qu’ils pratiquent, la vitesse et l’explosivité sont les premières aptitudes que les athlètes perdent au cours de leur carrière.

Ce matin, je pensais à Daniel Brière. Et en parcourant une revue de la littérature scientifique sur le vieillissement des athlètes, je suis tombé sur un texte fort intéressant. On y racontait qu’un journaliste d’ESPN avait testé une vieille théorie voulant que les demis offensifs de la NFL perdent une grande partie de leur superbe entre l’âge de 28-29 ans et le début de la trentaine.

En analysant les performances des 50 meneurs pour les gains au sol, on en était venu à la conclusion que les meilleurs demis offensifs perdent 17 % de leur efficacité à l’âge de 30 ans. Et à l’âge de 31 ans, ils perdent un autre 15 % d’efficacité par rapport à la saison précédente.

Le gagne-pain des demis offensifs dépend de leur vitesse, de leur agilité et de leur explosivité. Et ils se font constamment frapper durement. Leurs carrières sont donc plus courtes que celles des receveurs de passes, par exemple.

***

Au hockey, jusqu’à un certain point, les attaquants offensifs peuvent se comparer aux porteurs de ballons. Ce sont ceux qui parviennent constamment à battre les défenseurs de vitesse, ceux qui parviennent à se démarquer pour recevoir une passe ou ceux qui récupèrent le plus grand nombre de rondelles qui dictent l’allure des matchs. Pour le Canadien, le trio des jeunes en est un bel exemple.

Lorsqu’un attaquant offensif perd sa vitesse, il est cuit. Par contre, un défenseur intelligent, comme Andrei Markov par exemple, peut perdre de la rapidité et continuer à être utile pendant plusieurs saisons. Malgré sa lenteur, Hal Gill a joué dans la LNH pendant 16 ans à titre de défenseur. Même si le Seigneur lui avait fourni la même paire de mains que Mario Lemieux, il n’aurait toutefois pas fait long feu à titre d’attaquant.

Depuis que l’accrochage a cessé d’être toléré en 2005, la vitesse du jeu s’est accrue et la LNH est devenue – plus que jamais – une ligue de jeunes jambes. Il y a environ 390 attaquants dans la ligue et seulement 20 d’entre eux (5,1 %) ont 36 ans ou plus. Daniel Brière appartient à cette catégorie rarissime. Il est l’un des derniers Mohicans de sa génération.

***

J’avais envie de parler de Daniel Brière dans cette chronique parce que je l’aime bien, parce que je suis un peu inquiet pour sa santé et parce que j’ai l’impression que beaucoup de gens ont des attentes démesurées à son endroit.

Lorsqu’il a subi sa troisième commotion cérébrale en trois saisons samedi soir, j’ai été un peu ahuri d’entendre des gens soutenir que l’absence de Brière n’allait pas changer grand-chose pour le CH, puisqu’il n’avait récolté que trois points depuis le début de la campagne (dont deux sur des buts marqués dans des filets déserts). Entre Michael Blunden et Brière, le choix n’est pourtant pas difficile à faire. Et les options qui s’offrent à Michel Therrien durant un match sont beaucoup plus limitées.

Les supervedettes vieillissantes ne perdent pas leur talent ni leur goût de la compétition. Mais ils n’ont généralement plus les mêmes capacités. Il faut donc les utiliser en conséquence et bien mesurer les attentes.

Du côté des Ducks d’Anaheim, Saku Koivu, qui sera au Centre Bell jeudi, est resté efficace parce qu’il est devenu un troisième centre. Quand il connaît un bon soir, son entraîneur lui donne un peu plus de temps de glace, et si un pépin survient avec les deux premières unités, il bouche les trous avec panache. Mais il joue beaucoup moins et ce n’est pas lui qui porte l’équipe sur ses épaules. Ce sont les jeunes.

À Détroit, les Red Wings sont devenus des spécialistes en cette matière. Au fil des ans, ils ont connu beaucoup de succès en embauchant des vedettes en fin de carrière, qu’ils ont ensuite utilisées dans des rôles plus limités.

Dans ce contexte, peut-être a-t-on placé la barre un peu haute en installant Brière dans le premier trio dès le premier jour du camp d’entraînement (ou cela reflétait-il le manque de punch offensif du CH?). Et sa dégringolade dans l’organigramme offensif du Canadien ces dernières semaines n’était peut-être pas une si grande nouvelle : il a 36 ans.

Lorsque Brière reviendra au jeu, souhaitons que Michel Therrien puisse lui trouver une case qui convienne davantage à ce qu’il est en mesure d’offrir : un apport offensif plus limité à cinq contre cinq et une contribution intéressante en avantage numérique, probablement avec la seconde vague.

***

En ce qui concerne sa santé, j’espère aussi que Brière prenne tout le temps qu’il faudra avant de réintégrer la formation.

Dans la NFL, l’une des études que les dirigeants de la ligue ont essayé d’enterrer au cours des 15 dernières années révélait que les joueurs qui subissent trois commotions ou plus pendant leur carrière sont plus susceptibles de souffrir de dépression ou de maladies dégénératives du cerveau au cours de leur vie.

D’autres études montrent aussi que plus on subit de commotions, plus le cerveau est fragilisé et plus on risque d’en subir d’autres.

Brière en est un éloquent exemple : il vient d’en encaisser trois en trois ans. Et il en a peut-être subi d’autres plus tôt dans sa carrière.

Cet enjeu est plus important que tout le reste.