Blogue de Martin Leclerc

Futuriste, le Canadien décortique ses joueurs de l’intérieur!

lundi 16 septembre 2013 à 9 h 52 | | Pour me joindre

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Le camp d’entraînement du Canadien a un petit quelque chose de futuriste cette année. Et cela n’a rien à voir avec les jeunes espoirs qui tentent de se tailler un poste au sein de la formation.

À ma connaissance, le Tricolore est l’une des premières équipes de hockey professionnel – sinon la première – à utiliser une toute nouvelle technologie pour mesurer le niveau d’effort et la condition physiologique de ses joueurs, en temps réel, lorsqu’ils se trouvent sur la patinoire.

Les joueurs de l’équipe ont trouvé une nouvelle pièce dans leur sac d’équipement à l’ouverture du camp. Il s’agit d’un petit transmetteur d’environ deux fois la taille d’une pièce de 2 $  qu’ils se fixent au niveau de la poitrine en utilisant une bande élastique.

J’entends déjà des amateurs de course à pied protester et se dire : « Ça n’a rien de révolutionnaire! Ça s’appelle un moniteur de fréquence cardiaque et tout le monde en possède un! »

L’an passé, à sa propre initiative, Carey Price avait utilisé durant un certain nombre de matchs l’un de ces moniteurs fréquemment vendus sur le marché. Le gardien était curieux de savoir combien de calories il dépensait durant un match. Son expérience avait révélé qu’il brûlait 2336 calories dans une rencontre et que son rythme cardiaque atteignait des pointes de 190 battements/minute, tout en maintenant une moyenne de 120 battements/minute.

Toutefois, aussi intéressante l’expérience de Price fut-elle, comparer la technologie Zephyr qu’utilise le Canadien avec les moniteurs qu’emploient fréquemment les coureurs amateurs serait un peu comme comparer un iPhone 5 avec un téléphone à cadran.

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Quand le Canadien saute sur la patinoire pour une séance d’entraînement, l’entraîneur responsable du conditionnement physique, Pierre Allard, bien assis devant son ordinateur portable, est capable de suivre en direct comment réagit l’organisme de chacun des joueurs de l’équipe.

En utilisant la technologie Bluetooth, la puce transmet bien sûr le rythme cardiaque des joueurs, mais aussi leur fréquence respiratoire, leur vitesse de récupération cardiaque, leur seuil anaérobique, leur VO2 MAX, leur VO2 en situation d’effort anaérobique, leur température corporelle, leur niveau de déshydratation, etc.

Pour un entraîneur aussi méticuleux que Michel Therrien en matière de gestion d’énergie, cette collecte massive et quotidienne d’informations vaut son pesant d’or. Elle permet de quantifier le niveau d’effort et de déceler rapidement le niveau de fatigue des athlètes qu’il dirige.

Quel entraîneur n’a pas un jour rêvé de pouvoir déterminer, chaque jour, ceux qui ont pris les choses à la légère à l’entraînement? Et de l’autre côté, quel entraîneur n’a pas fantasmé à l’idée de posséder un outil lui permettant de reposer ses joueurs-clés exactement au bon moment, de manière à pouvoir soutirer de meilleures performances de leur part?

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Invoquant des raisons de compétitivité, le Canadien n’a pas voulu accorder d’entrevue afin de complémenter le contenu de cette chronique.

Ce n’est pas que la technologie qu’utilise l’équipe relève du secret militaire. Plusieurs équipes de la NBA et du baseball majeur, de même que de la NFL et certains programmes universitaires américains, ont recours aux mêmes appareils depuis quelque temps déjà.

En 1977, la technologie permettait déjà de concevoir une sonde spatiale capable de quitter le système solaire et de transmettre des données scientifiques sur une distance de plusieurs milliards de kilomètres. En comparaison, mesurer en 2013 les conditions physiologiques de 23 athlètes professionnels qui s’entraînent à 100 mètres d’un ordinateur portable peut apparaître un peu dérisoire.

Ce qui est révolutionnaire, ce sont les possibilités infinies que laissent entrevoir ces collectes de données.

Par exemple, les transmetteurs que portent les joueurs du Canadien aident aussi à mesurer la puissance de leurs accélérations (et, par conséquent, la force de leur décélération et des impacts qu’ils encaissent sur la patinoire). Pour Pierre Allard, cette donnée permet d’ajuster le programme d’entraînement d’un athlète en particulier. Mais pour un chercheur, la même donnée offre des informations essentielles à une meilleure compréhension des commotions cérébrales. Pour un médecin, la même donnée aide à faire un meilleur diagnostic et à proposer un traitement plus approprié.

Raffinée à l’extrême, l’utilisation de cette technologie pourrait même un jour transformer l’art du coaching. Elle permettrait à un entraîneur posté sur la passerelle de conseiller l’entraîneur-chef quant à l’utilisation des joueurs les plus énergiques durant une période de prolongation.

Nous sommes presque rendus là!

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Pour l’amateur confortablement assis dans son salon, cette technologie mènera aussi, un jour, à une transformation complète de l’expérience télévisuelle.

Depuis plusieurs années, les amateurs de F1 ne s’étonnent plus de voir apparaître les données télémétriques des monoplaces au cours d’un Grand Prix. Or, il pourrait fort bien en être ainsi durant un match de hockey.

Imaginons un instant un joueur bénéficiant d’un tir de pénalité en fin de match quand le pointage est égal. On pourrait alors voir apparaître à l’écran son rythme cardiaque, son taux de fatigue et son niveau de déshydratation avant qu’il ne s’élance au milieu de la patinoire. Et dans le cas d’un joueur mis en échec au centre de la patinoire, on pourrait afficher pendant la reprise des données attestant un choc de six ou sept G.

Ça semble peut-être surréel lorsqu’on lit pour la première fois sur le sujet. Mais les gens souriaient aussi, il y a sept ou huit ans, lorsqu’on leur disait que les caméras allaient un jour s’installer dans les vestiaires pendant les matchs et violer la sacro-sainte intimité des joueurs.

Il y a cinq ans, l’émission 24/7 de HBO était une véritable révolution. Aujourd’hui, plusieurs équipes de la LNH produisent joyeusement leur propre téléréalité! Aussi, tous les réseaux ont leur analyste posté entre les deux bancs durant les matchs. Il y a quelques années, Bob Gainey avait pourtant failli s’évanouir en apprenant que RDS allait dépêcher Joël Bouchard près du banc du CH durant les rencontres. Et que dire des micros que les joueurs acceptent maintenant de porter dans le feu de l’action?

L’avènement des fameux transmetteurs qu’utilise le Canadien signifie une chose : le dernier rempart des athlètes face aux assauts de la machine médiatique est à la veille de tomber. Leur plus ultime niveau d’intimité (ce qui se produit à l’intérieur de leur corps) ne tient même plus à un fil. Il circule désormais dans le réseau sans fil de l’aréna.