Blogue de Martin Leclerc

LHJMQ : les études de Nicolas Roy passent en premier

Lundi 26 août 2013 à 12 h 58 | | Pour me joindre

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Anthony Beauvillier, Nicolas Roy (au centre) et Nathan Noel
Anthony Beauvillier, Nicolas Roy (au centre) et Nathan Noel

Pour une question reliée aux études, une mégatransaction se prépare dans la LHJMQ.

Nicolas Roy, un brillant attaquant originaire de l’Abitibi, a été sélectionné par les Screaming Eagles du Cap-Breton au tout premier rang du repêchage de la LHJMQ, le printemps dernier.

Toutefois, les parents de Roy, qui sont tous les deux enseignants, souhaitent que leur fils termine son cinquième secondaire au Québec. À l’ouverture des camps d’entraînement, les Roy ont donc gardé leur fils à la maison et Nicolas a continué de s’entraîner avec son équipe midget AAA, les Forestiers d’Amos.

Le directeur général des Screaming Eagles, Marc-André Dumont, a tout fait pour tenter d’apaiser les craintes des parents de Nicolas Roy. Ils ont notamment pris des arrangements spéciaux pour que leur premier choix puisse faire ses travaux de laboratoire de cours de sciences en français au Cap-Breton.

Les dirigeants des Screaming Eagles sont animés par de bonnes valeurs. En plus de la bourse d’études annuelle de 5000 $ offerte par la LHJMQ, l’équipe offre 2800 $ supplémentaires pour chaque saison passée au sein de cette équipe. Cela signifie qu’après son stage junior, un joueur des Screaming Eagles n’a probablement pas à puiser dans ses poches pour terminer ses études universitaires.

Un autre exemple intéressant : l’organisation des Screaming Eagles demande aussi à ses entraîneurs de ne pas avoir recours aux jurons lorsqu’ils s’adressent aux joueurs. Dans le monde du hockey, les vestiaires où l’on ne prononce pas le fameux mot qui commence par f… sont plutôt rares.

Malgré les valeurs de l’organisation et les efforts déployés par les Screaming Eagles, les parents de Nicolas Roy n’ont pas changé d’avis. Leur fils ne se rapportera pas au Cap-Breton. Et vous savez quoi? Ils ont le droit de prendre les décisions qu’ils croient être les meilleures pour leur enfant. Ils exercent donc ce droit au même titre que les parents de Nathan McKinnon, qui avait refusé de se rapporter à Baie-Comeau il y a deux ans.

Constatant qu’ils se trouvaient dans une impasse, les Screaming Eagles ont annoncé en fin de semaine que le vœu de Nicolas Roy sera exaucé et qu’il sera échangé à une équipe québécoise. Mes sources me disent que le téléphone de Marc-André Dumont sonne abondamment. À peu près toutes les équipes québécoises de la LHJMQ ont contacté le DG des Screaming Eagles pour s’enquérir du prix à payer pour obtenir ce brillant espoir.

À la fin, toutes les parties concernées seront satisfaites et, encore plus important, la volonté de Nicolas Roy et de sa famille aura été respectée.

***

Les exemples de Roy et de MacKinnon sont intéressants parce qu’ils démontrent que même aux portes de la LNH, des parents n’hésitent pas à défendre des intérêts qui ne sont pas nécessairement liés au hockey. Ces exemples prouvent aussi qu’avec un peu de bonne volonté, il est possible de faire des arrangements qui contentent tout le monde.

Il est toutefois étrange de constater que si Nicolas Roy avait joué à un niveau inférieur, il aurait été soumis à la réglementation de Hockey Québec qui punit les joueurs qui refusent de se rapporter aux camps d’entraînement des équipes d’élite.

Depuis la semaine dernière, j’ai été littéralement enseveli de courriels et de témoignages de parents qui ne veulent pas laisser Hockey Québec décider de l’école que fréquentent leurs enfants. D’ailleurs, plusieurs dirigeants d’associations de hockey mineur semblent maintenant refuser d’appliquer cette réglementation controversée, qui fait en sorte que les enfants sont au service de la structure d’excellence de la fédération, alors que ça devrait être le contraire.

La semaine dernière, mes chroniques ont surtout fait écho aux propos de parents qui refusaient de s’engager dans le « passage obligé » tracé par la fédération.

Pour compléter le tout, je vous soumets les témoignages, très éloquents et très représentatifs des nombreuses lettres reçues ces derniers jours, de parents qui ont adhéré au système en place et qui croient que les priorités doivent être revues.

À quel prix?        

Salut Martin,

Je lis tes papiers chaque fois et je me sens concerné par tes dernières chroniques.

Au Bas-St-Laurent, les jeunes des Îles-de-la-Madeleine et de la Gaspésie doivent venir évoluer à Mont-Joli ou à Rivière-du-Loup pour jouer dans un calibre AA ou BB, quand il y en a. Ils changent donc d’école et ils habitent en pension à l’âge respectable de 12 ans.

Même chose pour la région du Kamouraska, où le midget Espoir appartient à l’organisation de Mont-Joli, qui est à 2 h 30 de route de chez eux. Cela signifie aussi que ces jeunes doivent vivre en pension et changer d’école. Si le jeune s’ennuie de ses parents et/ou s’il souhaite être rétrogradé de la classe AA au CC, on considère qu’il est en faute et on lui cause des problèmes. On en fait des exemples pour la région.

Pour ma part, mon fils a changé d’école quatre fois en cinq années à cause du hockey. Il a tour à tour fréquenté une école publique dans notre patelin, une école privée située à 45 minutes de la maison, puis une école publique sise à 2 h 30 de chez nous. Puis une autre école publique, cette fois à 4 h de la maison. C’est fou!

Mon fils était une bonne tête à l’école. En secondaire 1, sa moyenne s’élevait à 90 % alors qu’en secondaire 5, sa moyenne générale avait chuté à 70 %. Les trois dernières années ont été laborieuses.

Et que dire des coûts? Quarante semaines de pension à 125 $ ou à 150 $ (cela varie selon l’endroit), ça totalise 5000 $ par année. Il faut ajouter à cette somme 2500 $ à 4000 $ pour l’école privée, plus l’inscription au hockey qui coûte entre 1500 $ et 4000 $. Si votre enfant se rend dans le midget Espoir ou dans le midget AAA, vous tombez dans les ligues majeures avec un coût d’inscription variant entre 7000 $ et 10 000 $, dans certains cas.

Et comme on doit suivre nos enfants pour les encourager, on se déplace pour assister à 75 % des parties. C’est la seule façon de voir son enfant en chair et en os. Il en coûte donc 100 $ d’essence par week-end et 100 $ de resto, et j’oubliais le motel. C’est gênant de demander au préposé du motel s’il y a des rabais spéciaux pour les parents de joueurs de hockey.

Il y a un jeune Gaspésien que je connais et qui joue présentement dans la LHJMQ. Il a 19 ans et ça fait environ huit ans qu’il est parti de chez lui. Il n’a pas été joué en Saskatchewan ni aux États-Unis. Il jouait au Québec! Faites le décompte des dépenses.

Et en plus, on t’oblige dès la catégorie peewee à quêter des commanditaires pour alléger ta facture. Parfois, ils oublient même de te dire que ta facture sera plus élevée si tu ne récoltes pas de commandites. Et j’oubliais les fameux survêtements et le manteau d’hiver, la tuque et la casquette, qui ne font pas partie du coût d’inscription. Et je fais abstraction des pièces d’équipement. On nous propose aussi un album photo au midget AAA. Des photographies de nos enfants prises par un photographe professionnel au coût de 250 $. J’ai dit non merci.

Ce n’est pas parce que nous pensons que nos enfants joueront dans la LNH que l’on fait cela. Ce n’est pas mon cas. Je l’ai fait parce que mon fils voulait pratiquer ce sport qui lui coule dans les veines et que je trouvais bête de lui suggérer de passer à autre chose. Et je me disais qu’il allait devenir un meilleur citoyen…

Signé : Un simple père d’enfant qui joue au hockey

Un choix déchirant

(Traduit de l’anglais)

Concernant vos récents articles au sujet de Hockey Québec et l’obligation de changer d’école pour faire partie des équipes d’élite, voici mon histoire.

Nous sommes une famille anglophone qui réside à Brossard et mon fils fréquente le Loyola High School à Montréal. Il s’agit d’une école privée pour garçons. En fait, mon fils fréquentait Loyola High School, car il étudie maintenant au Collège Français de Longueuil.

Dans notre région, vous êtes obligé de faire partie du programme sport-études du Collège Français pour porter les couleurs d’une équipe bantam AA/AAA ou midget Espoir.

L’an passé, mon fils a participé au camp d’essai du bantam AA/AAA. Il aurait pu et aurait dû jouer pour l’une de ces équipes. Mais après une semaine de camp, nous avons décidé de le maintenir à Loyola. Il a donc été retranché.

Mon fils a passé la dernière saison au niveau bantam BB et il n’a pas été sanctionné. Il n’a pas été obligé de grimper dans une catégorie supérieure (au niveau simple lettre) comme on le voit dans d’autres régions. C’est tout à l’honneur des dirigeants de notre région (Richelieu).

Cette année, mon fils a participé au camp du midget Espoir et il s’est taillé une place dans l’équipe. Si nous avions décidé de le maintenir à Loyola comme l’an passé, il n’y aurait pas eu de sanction et il aurait pu se retrouver dans le midget AA. Mais nous avons décidé de le laisser jouer au meilleur niveau possible (au niveau où il mérite de jouer) et nous l’avons retiré de son école pour l’inscrire au Collège Français. Pour notre famille, ça a été une décision très difficile à prendre.

Je suis déçu et mécontent d’avoir eu à retirer mon fils de l’école que nous avions choisie afin de lui permettre de jouer au hockey avec une équipe de son niveau.

Je pense que la meilleure solution réside dans le système instauré dans la région du Lac-Saint-Louis, où l’on retrouve à la fois une équipe affiliée à un programme sport-études et une autre qui n’est affiliée à aucune école et qui laisse aux joueurs le loisir de sélectionner le programme scolaire qui leur convient. (Pour référence : www.arsenalhockey.ca)

Je veux que mon fils fréquente Loyola et je veux qu’il fasse partie de l’équipe midget Espoir. Malheureusement, je ne peux avoir les deux à cause de la région où ma famille est installée. Si nous habitions dans l’Ouest-de-l’île, ce serait possible.

Signé : Stephen Malowany, Brossard, Québec