Blogue de Martin Leclerc

Roy a eu quatre ans pour mûrir sa décision

Vendredi 24 mai 2013 à 10 h 18 | | Pour me joindre

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Même si le temps file rapidement, il nous envoie parfois de sympathiques clins d’oeil.

Il y a exactement quatre ans aujourd’hui, le dimanche 24 mai 2009, je signais sur RueFrontenac.com une chronique révélant que Pierre Lacroix (alors président de l’Avalanche du Colorado) venait de soumettre à Patrick Roy une offre extrêmement difficile à refuser.

Sur un plateau d’argent, Lacroix avait non seulement proposé à Roy le poste d’entraîneur-chef de l’Avalanche, mais aussi le contrôle des opérations hockey de l’organisation.

Ainsi, au lieu de se faire offrir un vulgaire siège éjectable d’entraîneur, Roy s’était à l’époque retrouvé en face d’un emballant défi sportif. Lacroix, avec lequel il entretenait une relation de totale confiance depuis le début de sa vie professionnelle, lui faisait miroiter la possibilité de reproduire dans la LNH le parcours qu’il avait suivi dans la LHJMQ aux commandes des Remparts de Québec.

On connaît la suite : quelques jours après son retour de Denver, Roy annonçait qu’il déclinait l’offre de son mentor parce qu’il tenait à diriger ses fils jusqu’à la fin de leur stage junior. Et c’était une décision tout à fait noble. Pour un père, la possibilité de vivre des moments aussi particuliers en compagnie de ses enfants ne passe qu’une seule fois dans la vie.

En annonçant officiellement jeudi que Roy avait accepté les fonctions d’entraîneur et de vice-président aux opérations hockey de l’Avalanche, l’organisation et son ancien gardien vedette ont donc concrétisé le fameux rendez-vous raté de mai 2009.

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On entendait encore des observateurs chiquer de la guenille et se demander comment Roy pourra se débrouiller pour assumer ses deux nouvelles fonctions, un peu comme si on venait de lui confier le mandat de piloter une navette spatiale et de gérer simultanément les opérations du centre de contrôle de cap Canaveral.

On parle ici de hockey, pas de recherche spatiale ou de nanochirurgie.

En plus, il n’y a peut-être pas de candidat mieux qualifié que Roy pour occuper un poste décisionnel au sein de la direction hockey d’une équipe de la LNH tout en assumant le rôle d’entraîneur.

Au cours des huit dernières saisons, Casseau s’est retrouvé derrière le banc d’une des équipes de hockey junior majeur les plus en vue au Canada en plus de superviser un groupe de recruteurs, de conclure des échanges et de négocier les transferts de joueurs européens et américains. Entre autres.

À Denver, toutes les tâches cléricales et administratives seront accomplies par Greg Sherman, qui a conservé son poste de directeur général. À 16 h l’après-midi, ce n’est certainement pas Roy qui devra courir jusqu’au télécopieur du bureau pour confirmer à la LNH qu’un joueur de la Ligue américaine a été rappelé par l’Avalanche.

Plusieurs fois par semaine, tous les entraîneurs de la LNH s’installent autour d’une table en compagnie de leur directeur général pour évaluer le rendement de leurs joueurs et pour discuter des moyens à prendre pour améliorer leur équipe.

Roy fera la même chose avec Sherman, Joe Sakic et Craig Billington. Sauf que contrairement aux autres entraîneurs de la LNH, il exercera un contrôle sur les décisions au lieu de les subir. Dans la LNH, les 29 autres entraîneurs fantasment sans doute à l’idée d’obtenir un statut semblable à celui qui vient d’être consenti à Patrick Roy. (Alain Vigneault, notamment, pourrait nous entretenir là-dessus. Mais j’y reviendrai dans une chronique ultérieure.)

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Patrick Roy a ses qualités et ses défauts. Mais en ce qui me concerne, son niveau de passion et de respect pour son sport le classe dans une catégorie à part parmi tous les athlètes et dirigeants d’équipes que j’ai été appelé à côtoyer, tous sports confondus.

Après sa carrière de joueur, Roy a fait ses classes à titre d’entraîneur dans les rangs bantams. Puis, il a investi son argent, son temps et toute son énergie dans l’aventure des Remparts, amorçant ainsi un mouvement qui a incité plusieurs autres anciens joueurs de la LNH à s’impliquer dans le hockey junior majeur québécois et à faire bénéficier les jeunes de leur expérience.

Le hockey junior est une activité lucrative, nous en sommes tous conscients. N’empêche, l’implication de Roy a déclenché une sorte d’effet papillon qui a permis à des centaines d’espoirs québécois de profiter d’un encadrement nettement plus professionnel.

Les Remparts étaient en quelque sorte le bébé de Patrick Roy. Pour cette raison, j’ai bien hâte de voir à quel entraîneur/directeur général il confiera ce joyau de la LHJMQ.

Les standards de Roy et de Jacques Tanguay étant très élevés, les Remparts ne seront certainement pas dirigés par n’importe qui la saison prochaine.

Et parions que dans son bureau du Colisée de Québec, le futur entraîneur des Remparts recevra de temps en temps des appels en provenance de Denver.

C’est ça, la passion.