Blogue de Martin Leclerc

L’incroyable parcours de Patrick Bordeleau vers la LNH

lundi 4 mars 2013 à 12 h 40 | | Pour me joindre

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Patrick Bordeleau portait les couleurs des Foreurs de Val-d’Or quand le Wild du Minnesota l’a sélectionné au quatrième tour du repêchage de 2004.

« J’avais 17 ans. Je croyais que la route allait être facile. Je me voyais terminer mon séjour dans les rangs juniors et accéder rapidement à la LNH par la suite. Mais ça ne s’est pas passé comme je le croyais », raconte-t-il, au bout du fil.

Dire que Patrick Bordeleau a pris un détour pour accéder à la LNH serait un euphémisme! Quand le temps est venu de prendre le chemin le plus court pour se rendre au show, il a en quelque sorte raté la sortie. En fin de compte, il a dû attendre 9 ans et porter les couleurs de 14 équipes avant de poser ses lames sur une patinoire de la Ligue nationale!

Un attaquant de 26 ans originaire de Valleyfield, Bordeleau a fait le grand saut cette saison dans l’uniforme de l’Avalanche du Colorado. Si ce fier joueur de quatrième trio n’est pas un candidat à l’obtention du trophée Bill-Masterton cette année (remis au joueur qui personnifie le mieux la persévérance, l’esprit sportif et l’engagement envers le hockey), il s’agira d’une injustice. À sa place, la plupart de joueurs auraient rapidement viré les talons et accroché leurs patins.

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Entre Val-d’Or et Denver, Bordeleau est passé par Drummondville et Bathurst (LHJMQ), par Valleyfield (Junior AAA) et par Weyburn (Junior A, en Saskatchewan). Il s’est tapé cinq villes de la Ligue de la côte est et il a même porté les couleurs de l’équipe universitaire St. Thomas (au Nouveau-Brunswick) pendant une semaine, avant que des équipes de la Ligue américaine commencent à s’intéresser à lui.

Et une fois arrivé dans la Ligue américaine, il lui a fallu patienter quatre saisons à titre de joueur de troisième ou de quatrième trio avant d’obtenir un poste dans la LNH.

« Si je n’ai pas songé 100 fois à tout abandonner, je n’y ai pas pensé une seule fois, confie-t-il.

« J’y ai pensé quand j’avais 20 ans et que j’étais à la maison à Valleyfield, alors qu’aucune équipe ne voulait de moi. J’y ai pensé quand Enrico Ciccone, l’adjoint de mon agent Gilles Lupien, m’a conseillé de retourner à l’école parce qu’il était clair que je n’allais pas gagner ma vie dans le hockey. J’y ai pensé quand je me suis retrouvé en Saskatchewan, dans une ligue junior A de faible calibre, simplement parce qu’il me fallait un endroit pour terminer ma dernière saison chez les juniors… »

Il a aussi pensé à tout abandonner quand, à son deuxième arrêt dans la Ligue de la côte est, il s’est retrouvé à Wheeling, dans un appartement dont les murs étaient tous troués.

« C’était un décor digne du film Slapshot, raconte-t-il. J’ai appelé mon nouvel agent, Peter Cooney, et je lui ai dit : « Écoute, il faut que tu me fasses échanger. Je ne peux pas jouer au hockey dans un endroit pareil. » »

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Gilles Lupien n’avait pas décroché pour rien. Bordeleau admet lui-même qu’il n’était pas un client facile et qu’il n’était pas le plus discipliné à l’extérieur de la patinoire. Malgré le fait qu’il ait connu une saison de 56 points  et 87 minutes de pénalité à Val-d’Or à 19 ans, la direction du Wild avait annoncé à son agent qu’il n’allait pas recevoir d’offre de contrat.

« J’ai fait des erreurs de jeunesse qui m’ont coûté cher. Quand l’équipe qui t’a repêché ne te fait pas signer de contrat, ça te suit partout pendant des années. Les dirigeants des autres équipes se méfient, ils se disent qu’il y a probablement quelque chose qui ne va pas », explique Bordeleau.

Peter Cooney, un agent de Boston, a pour ainsi dire ramassé Bordeleau quand plus personne ne voulait de lui. « Peter m’a dit qu’il allait m’aider à réaliser ce que je voulais faire dans la vie : jouer au hockey. Il m’a toutefois demandé de mettre de l’ordre dans ma vie, puis il m’a envoyé dans des écoles de hockey. Il a cru en moi. »

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En 2007-2008, après l’épisode des murs troués à Wheeling, Bordeleau s’est retrouvé en Floride avec les Ice Pilots de Pensacola. Et là aussi, il a vécu une scène digne de Slapshot

« L’entraîneur du club était John Marks, un ancien défenseur des Blackhawks de Chicago. Quand je suis arrivé dans un bureau, il était en train de boire un scotch et de chiquer du tabac. C’était, disons, très pittoresque. »

C’est finalement Marks qui a changé le cours de sa carrière et qui l’a propulsé vers la LNH.

« Marks me faisait jouer sur son premier trio ainsi qu’en avantage numérique et je récoltais presque un point par match. Tout allait pour le mieux. Mais après quelques semaines, il m’a convoqué à son bureau et il m’a demandé si je voulais jouer dans la LNH ou si je voulais gagner 500 $ par semaine pour le reste de ma vie. »

– Je veux jouer dans la LNH, a répondu Bordeleau.

– Parfait. Alors, je te relègue au sein du troisième trio et je te retire de notre avantage numérique, a annoncé l’entraîneur.

Les recruteurs venaient voir jouer Bordeleau et ils déploraient tous qu’un gaillard aussi imposant – il fait 1,98 m (6 pi 6 po) et pèse 99 kg (220 lb) – soit utilisé dans un rôle offensif malgré des habiletés très moyennes.

« J’ai fini par constater que même si mes habiletés me permettaient de connaître un certain succès dans la East Coast League, elles n’étaient pas suffisantes pour me permettre de devenir un joueur offensif dans la LNH. Il fallait que je change de rôle, que je devienne un joueur de soutien énergique et que je laisse tomber les gants quand la situation le commandait. Je me suis donc mis à travailler là-dessus avec John Marks. Et je lui dois aujourd’hui un gros merci », souligne-t-il.

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De fil en aiguille, Bordeleau a commencé à être rappelé par des équipes de la Ligue américaine pour remplacer des joueurs blessés. Puis en 2009-2010, l’Avalanche du Colorado lui a accordé un contrat dans son club-école, les Monsters de Lake Erie.

Après quatre ans d’efforts et de progression dans cette organisation, il a finalement décroché un poste avec le grand club cette saison. Il y a deux semaines, l’équipe lui a remis une lettre confirmant qu’il pouvait se dénicher un appartement et qu’il allait finalement passer toute la saison dans la LNH.

« Quand on m’a confirmé que je restais au début de l’année, j’ai vu défiler toutes les villes que j’avais visitées au cours des neuf dernières saisons. Et quand j’ai reçu la lettre de confirmation récemment, ça m’a vraiment rendu heureux. J’espère ne plus jamais retourner dans la Ligue américaine », lance-t-il, avec la voix d’un type qui revient de loin.

Quel parcours! Quelle détermination! Chapeau, Patrick Bordeleau!