Blogue de Martin Leclerc

Pourquoi le CH manque-t-il de jus en 3e période?

Vendredi 15 février 2013 à 12 h 56 | | Pour me joindre

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Quand nous fréquentions l’université, Éric, l’un de mes très bons amis, étudiait en sciences de l’éducation, une faculté où l’on retrouvait une proportion de filles d’environ 95 %. Tous les gars de notre bande le jalousaient un peu…

Puis un beau jour de printemps, Éric nous a invités à participer au party de cabane à sucre de sa faculté. Évidemment, nous nous sommes tous portés volontaires!

Le soir venu, durant notre long trajet d’autobus scolaire en direction de la cabane à sucre, quelqu’un a eu la brillante idée de brandir une bouteille de Jack Daniels. Quand nous sommes arrivés à destination, l’un des membres de notre joyeux groupe de boys – nous l’appellerons Marcus – n’a jamais pu profiter de la fête. Malgré toute sa bonne volonté, il est descendu de l’autobus tête première! Jack Daniels lui avait scié les jambes d’un seul coup.

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Eh bien, le Canadien me fait un peu penser à Marcus depuis le début de la saison. Quand la troisième période commence et que l’issue du match est en jeu, les joueurs de Michel Therrien donnent souvent l’impression d’avoir vidé le réservoir et de ne plus rien avoir dans les jambes.

Mardi dernier à Tampa, le Tricolore a bousillé une avance de trois buts en troisième période avant de l’emporter in extremis, en tirs de barrage, par la marque de 4-3 sur le Lightning. Dans les jours précédents, le CH avait gaspillé en troisième période des avances d’un but (contre les Bruins) et de deux buts (contre les Sabres).

Puis jeudi soir, à Sunrise, malgré un pointage de 0-0 après deux périodes, le CH dominait nettement les pauvres Panthers de la Floride. En troisième, cependant, les Panthers ont carrément eu le dessus. Et n’eût été le brio de Carey Price, cette rencontre ne se serait sans doute pas soldée par une victoire de 1-0 du Canadien en prolongation.

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Il suffit d’observer n’importe quelle équipe de la Ligue nationale pendant les 10 ou 12 premières rencontres de la saison pour déterminer ses grands traits de caractère, pour déceler les tendances lourdes, bonnes ou mauvaises, qui vont la définir jusqu’à la fin du calendrier.

Nous venons tout juste de franchir le quart de la saison. Et après 13 rencontres, le CH vient au 29e rang dans la LNH au chapitre des buts marqués en troisième période (6). Montréal est à égalité avec l’équipe occupant le dernier rang à ce chapitre, les Kings de Los Angeles, qui ont aussi l’excuse de présenter la pire attaque de la ligue.

Si cette tendance devait se maintenir, il s’agirait d’une mauvaise nouvelle pour le CH. Car lorsqu’on répertorie les cinq équipes de la LNH qui ont éprouvé le plus de difficulté à marquer des buts en troisième période au cours de chacune des cinq dernières saisons, on note que seulement le tiers d’entre elles sont parvenues à se tailler une place en séries.

Ajoutons à cela le fait que le CH se situe dans le dernier tiers de la ligue (23e rang) en ce qui a trait au nombre de buts accordés en troisième période, et nous obtenons un cocktail inquiétant. Une sorte de recette parfaite pour laisser filer des avances et perdre de précieux points donnant accès aux séries.

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Le Canadien est-il en mauvaise condition physique?

La question se pose. Michel Therrien avait lui-même soulevé cette hypothèse lors de sa nomination à titre d’entraîneur de l’équipe le printemps dernier. À son avis, il s’agissait du scénario le plus plausible pour expliquer le nombre effarant d’avances que le CH avait laissé filer au cours de la saison 2011-2012.

Therrien est extrêmement minutieux et exigeant lorsqu’il est question de la condition physique de ses hommes. Toutefois, il n’a découvert son club qu’en janvier dernier après un lock-out de près de quatre mois. Et il n’y a pour ainsi dire pas eu de camp d’entraînement.

En plus, le calendrier de 48 matchs est tellement compressé que les entraîneurs n’ont à peu près pas la chance de soumettre leur équipe à des entraînements de qualité. Ils sont obligés de constamment leur accorder des congés pour leur permettre de récupérer.

Même quand les joueurs se présentent au camp dans des conditions optimales, qu’ils bénéficient d’un camp digne de ce nom et qu’ils disputent un calendrier normal de 82 matchs au cours duquel les rencontres sont plus espacées, les entraîneurs responsables du conditionnement physique disent qu’ils ne font que du « damage control » durant une saison de hockey. Le rythme est tellement effarant qu’il est impossible de faire progresser la condition physique d’un joueur au cours d’une saison. On s’efforce simplement de limiter la décroissance au maximum.

Par définition, une tendance lourde est difficile à renverser. Mais si la tenue chancelante du CH en troisième période est réellement le résultat d’une condition physique générale déficiente, il sera à peu près impossible de rectifier le tir.