Blogue de Martin Leclerc

Les morsures, le contemplatif Moen et la vitesse de Markov

Lundi 11 février 2013 à 9 h 39 | | Pour me joindre

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En 1997, Mike Tyson s’était fait retirer son permis de boxe pendant une année complète pour avoir mordu puis arraché la moitié d’une oreille à Evander Holyfield.

Mordre un adversaire? Cette agression sauvage, empreinte d’une troublante primitivité, avait fait scandale partout sur la planète à l’époque. Et le consensus était le suivant : Tyson ne pouvait être dans un état mental normal pour commettre une telle agression.

Revenons maintenant au match de samedi au Centre Bell. L’attaquant des Maple Leafs de Toronto Mikhail Grabovski a mordu l’avant-bras de Max Pacioretty durant une mêlée en fin de partie.

Dans la LNH au cours des récentes années, il s’agit du cinquième incident dans lequel un joueur – stupéfait – se plaint d’avoir été mordu par un adversaire. Oui, oui, vous avez bien lu : le cinquième!

C’est à la fois minable, ridicule et désolant.

On saura lundi après-midi si le préfet de discipline de la LNH, Brendan Shanahan, sanctionnera Grabovski pour son geste. Mais ce qu’on sait pour l’instant, c’est qu’un seul des quatre enragés précédents a subi les foudres de la ligue. En 2009, Jarkko Ruutu des Sénateurs d’Ottawa avait reçu deux matchs de suspension et avait dû verser 31 700 $ pour avoir mordu le pouce d’Andrew Peters, des Sabres de Buffalo. Deux matchs de suspension pour avoir mordu un rival! Avouons que ce n’est pas très élevé comme standard de dignité et d’esprit sportif.

Il faut que ça cesse. Au lieu d’infliger une suspension dérisoire à Grabovski, que Shanahan le mette en cage! Qu’il le condamne à porter une grille complète jusqu’à la fin de la saison.

* * *

Quand un nouvel entraîneur se pointe dans un vestiaire de la LNH, l’équipe vit presque toujours une sorte de lune de miel. Tout le monde repart à neuf. Tout le monde est plein de bonne volonté, chacun se dit prêt à se sacrifier pour le bien commun.

Puis, peu à peu, inévitablement, les petits défauts finissent par refaire surface…

On a beaucoup parlé de Ryan White (qui a péché par excès de zèle) ces derniers temps. Mais Michel Therrien doit aussi sourciller pas mal en regardant aller Travis Moen, qui est extrêmement discret cette saison.

Moen, un joueur de quatrième trio au talent plutôt limité, aura empoché près de 14 millions de dollars dans l’uniforme du Canadien quand il quittera Montréal dans quatre ans. C’est beaucoup d’argent. Pourquoi tous ces billets verts lui sont-ils versés? Le sait-il?

Dimanche matin, j’avais un jeune retraité de la LNH au téléphone. Et mon interlocuteur était pompé. « Ce gars-là [Moen] est une fraude! Un gars comme Josh Gorges est obligé de jeter les gants et se faire donner une raclée pour défendre les meilleurs joueurs de l’équipe. Le capitaine du club s’est fait malmener par tout le monde. Même une recrue comme Brendan Gallagher a jeté les gants contre les Maple Leafs! Mais Moen est resté invisible durant tout le match. Il ne s’implique pas. Il ne veut pas s’impliquer », dénonçait-il.

À l’origine, Travis Moen avait été embauché par Bob Gainey à titre de joueur autonome parce que le CH avait besoin d’une plus grande présence physique. Mais le CH était si pauvre ces dernières années qu’il a souvent fallu l’utiliser dans des trios offensifs.

« C’est beaucoup plus amusant d’essayer de marquer des buts que de se lever tous les matins en ayant mal au dos et aux deux mains. Je pense que Moen n’a tout simplement plus envie de faire le travail pour lequel il a obtenu tout cet argent », déplorait cet ancien joueur, dont je tairai le nom.

* * *

Dans ce fameux match contre les Maple Leafs, qui a bouclé une semaine décevante pour le Canadien, on a aussi noté deux situations nettement plus inquiétantes que la retenue de Travis Moen.

La première : les Maple Leafs sont venus jouer à Montréal deux fois cette saison. Et les deux fois, ils se sont rués sur les défenseurs du CH comme une bande d’enfants se plaisent à tabasser une piñata. Leur cible préférée : Andrei Markov. Et les deux fois, ils ont remporté des victoires assez faciles et décisives.

Le mot va finir par se passer dans la LNH…

La deuxième : Michel Therrien s’est montré très élogieux envers Markov, qu’il a plusieurs fois qualifié de « général » de la brigade défensive de l’équipe depuis le début de la saison.

Or, plus la saison avance, plus les attaquants adverses filent comme des lasers lorsqu’ils passent du côté de Markov ou lorsqu’ils logent la rondelle derrière lui. Face aux Leafs, cette situation est survenue plusieurs fois. On aurait cru revoir le défenseur de la saison dernière, qui peinait à se remettre d’une deuxième intervention chirurgicale à un genou.

Il n’y a pas eu de camp d’entraînement cette année et les équipes commencent à peine à retrouver leur synchronisme. La vitesse du jeu s’accroît. Est-ce pour cette raison que Markov paraît moins bien? Ou le « général » traverse-t-il seulement un petit passage à vide?

Chose certaine, si la situation persiste, ce sera difficile pour Therrien de continuer à systématiquement utiliser Markov contre les meilleurs trios adverses. Ou à lui confier autant de minutes de jeu.

Voilà qui pourrait faire très mal au CH.