Blogue de Martin Leclerc

Il est bon comment, Alex Galchenyuk?

Lundi 4 février 2013 à 12 h 52 | | Pour me joindre

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Lorsqu’il veut pleurer un bon coup, chiquer de la guenille ou tout simplement refaire l’histoire en rêvassant, le partisan du Canadien n’a qu’à jeter un coup d’œil aux séances de repêchage passées et à compter les virtuoses qui ont bêtement filé entre les doigts des recruteurs de cette organisation.

Lorsque j’étais enfant, les gens maudissaient l’équipe de recrutement du CH parce qu’elle avait préféré Mark Napier à Mike Bossy (1977), puis Doug Wickenheiser à Denis Savard (1980).

Dans les années 1990, c’est devenu une tendance. Au point où les partisans, résignés, se sont mis à simplement hausser les épaules en constatant que Terry Ryan avait été préféré à Jarome Iginla (1995), Jason Ward à Marian Hossa (1997) et Éric Chouinard à Simon Gagné (1998).

Et plus récemment, il y a eu Kyle Chipchura que le Canadien a sélectionné tout juste avant Travis Zajac (2004). Et que dire du défenseur David Fischer, que Timmins a choisi avant Claude Giroux en 2006? Dans le cas de Giroux, la légende veut que le recruteur en chef du Canadien ait reçu l’ordre d’ignorer l’explosif attaquant des Olympiques de Gatineau pour se concentrer sur la reconstruction de la brigade défensive de l’équipe.

Ça fait mal juste à y penser…

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Peu importe. L’histoire du CH et des 29 autres formations de la LNH au repêchage amateur illustre à quel point il est difficile d’observer des hockeyeurs de 17 ans et de projeter dans le temps le rythme auquel se développera leur talent. Les athlètes ont beau être interviewés par des spécialistes et soumis à toutes sortes de tests scientifiques ou psychométriques avant le repêchage. À la fin, au moment de prendre la décision, le recruteur peut difficilement s’appuyer sur autre chose que son instinct et son sens de l’observation.

Il faut donc rendre à Trevor Timmins ce qui lui revient. Depuis le début de son association avec le CH il y a 12 ans, le nombre de joueurs qu’il a sélectionnés et qui ont atteint la LNH est tout simplement hallucinant. Son taux de réussite le place parmi les deux ou trois grands maîtres de la LNH en matière de détection de talent.

Ces dernières années cependant, aussi bons les Carey Price, Max Pacioretty et P.K. Subban soient-ils, les détracteurs de Timmins lui ont souvent reproché d’être incapable de « frapper la longue balle », c’est-à-dire de dénicher un espoir de premier plan capable d’influencer le destin de l’organisation.

Or, Alex Galchenyuk fera probablement taire ces détracteurs à jamais. Frapper la longue balle, vous dites? Galchenyuk n’est pas un coup de circuit, c’est un coup de canon comme on en frappe rarement. Cette balle a non seulement quitté le stade, elle a survolé le stationnement situé derrière le stade et peut-être même la rivière située derrière le parking!

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Quand des amis ou des amateurs me parlent d’Alex Galchenuyk, j’ai souvent de la difficulté à trouver des mots suffisamment éloquents pour exprimer ce que je pense de son jeu.

Je leur dis que Galchenyuk est un fauve. Qu’il a une explosivité hors du commun, des mains extrêmement rapides et une capacité presque artistique à déplacer la rondelle latéralement devant lui. Et que lorsqu’il combine les trois, il crée quelque chose que l’on aperçoit rarement sur les patinoires de la LNH. Et j’ajoute que j’ai couvert mes premiers matchs du CH en 1991, et que Galchenyuk est la recrue la plus talentueuse à avoir endossé cet uniforme durant cette période. Aucun doute là-dessus.

Puis, je termine en soulignant que ce qui m’impressionne le plus chez ce jeune homme, c’est l’incroyable vitesse à laquelle il parvient à lire les situations de jeu. Quand vous êtes en mesure de repérer une ligne de passe et de compléter la manoeuvre avant même que vos adversaires ou les spectateurs assis dans les hauteurs de l’amphithéâtre puissent l’avoir imaginée, vous êtes un joueur extrêmement spécial.

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J’en vois déjà quelques-uns se précipiter sur leur clavier pour m’écrire : « Le petit n’a que 18 ans, il n’a disputé que quelques matchs et vous partez en peur! Vous lui ajoutez une pression inutile sur les épaules! »

Si on ne peut plus saluer le talent ou la beauté du geste sportif, dans quel monde vivons-nous?

Et puis, tiens, ça me donne le goût d’en rajouter.

Alex Galchenyuk est âgé de 18 ans (pour encore quelques jours). Et parmi les attaquants du Canadien, il est celui qui a accumulé le plus de points jusqu’ici (7) à égalité avec Tomas Plekanec. Or, Galchenyuk joue en moyenne huit minutes de moins par match que Plekanec…

Galchenyuk mène un trio en compagnie d’une autre recrue (Brendan Gallagher) et de Brandon Prust, un combatif joueur d’utilité au talent limité. Pourtant, c’est ce trio qui se démarque le plus, qui créé le plus de chances de marquer à cinq contre cinq et qui présente le meilleur bilan au chapitre des « plus » et des « moins ».

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Je regarde jouer Galchenyuk depuis le camp d’entraînement et la même question me revient sans cesse à l’esprit : ce grand post-ado pourrait-il causer la surprise de l’année en occupant le 1er rang des pointeurs du Canadien à la fin de la saison? Avec ce qu’il a montré jusqu’à présent, ce n’est pas saugrenu de croire en cette possibilité. En tous cas, ça peut certainement donner lieu à un intéressant débat!

Mais soyons raisonnables et projetons-nous dans deux ou trois ans, lorsqu’il aura eu le temps de s’acclimater au rythme de la LNH, de gagner en maturité physique, de faire sa place dans le vestiaire, de faire partie de la première unité d’avantage numérique et qu’il sera constamment jumelé aux deux meilleurs ailiers de la formation.

Le voyez-vous devenir premier marqueur du Canadien à 20 ou 21 ans? Personnellement, je n’ai aucune difficulté à franchir ce pas. Ceux qui ont bien suivi le début de saison de l’équipe non plus, sans doute.

La question qui tue maintenant : combien de joueurs de 20 ou 21 ans sont-ils parvenus à terminer au 1er rang des marqueurs du CH au cours de son histoire?

Réponse : ce n’est jamais arrivé.

Guy Lafleur et Max Pacioretty l’ont fait à 22 ans. Ils sont les plus jeunes joueurs de l’histoire moderne à avoir occupé le 1er rang de la colonne des marqueurs de ce club.

En 1940-1941, John Quilty avait réussi ce tour de force à l’âge de 19 ans. Mais on parle d’une époque qui précédait celle des six clubs (il y en avait sept), durant laquelle Jack Adams était un vrai entraîneur et non un trophée. Pas certain que ce soit valable comme comparaison.

Mais bon, revenons un peu à Galchenyuk. Quand vous débarquez au sein d’une équipe de la LNH qui compte une aussi longue tradition et que les gens se mettent à rêvasser et à fouiller dans les archives après vous avoir vu jouer quelques matchs, vous êtes indéniablement un joueur très spécial.

Il est bon comme ça, Alex Galchenyuk.