Blogue de Martin Leclerc

L’échec des Coyotes, l’entêtement de Bettman et le sort de Québec

Vendredi 1 février 2013 à 10 h 05 | | Pour me joindre

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Les propriétaires de la Ligue nationale et l’Association des joueurs ont abordé à peu près tous les sujets imaginables et réglé une panoplie de problèmes au cours des difficiles négociations (et du lock-out) qui ont mené à la rédaction de leur nouveau contrat de travail. Toutefois, ils ont volontairement omis de corriger une grosse anomalie…

Je me souviens d’avoir tiqué au début de janvier en constatant que les joueurs et leurs patrons avaient discuté des manières de rehausser la qualité des glaces ainsi que du droit des athlètes de séjourner seuls à l’hôtel sur la route, mais que les Jets de Winnipeg étaient toujours membres de l’Association de l’Est…

Comment pouvait-on signer un contrat de travail de 10 ans en laissant une équipe du Manitoba dans la même division que les deux équipes de la Floride, ainsi que les Hurricanes de la Caroline et les Capitals de Washington? Comment pouvait-on persister à imposer des dizaines de milliers de kilomètres de voyages superflus aux Jets et à toutes les équipes de l’Est, qui sont forcées de visiter Winnipeg régulièrement durant la saison?

La seule réponse logique? Même si Greg Jamison avait obtenu une aide financière de 300 millions de dollars de la Ville de Glendale, la LNH n’avait aucune espèce d’idée de l’avenir des Coyotes de Phoenix.

Le réaménagement des divisions et des associations faisant l’objet de débats difficiles au bureau des gouverneurs, en plus de devoir être négocié avec l’AJLNH, il valait mieux attendre, quitte à laisser les Jets accumuler les Air Miles.

* * *

Tard jeudi soir, le chat est finalement sorti du sac : Jamison n’a effectivement pas réussi à amasser les 170 millions de dollars nécessaires pour acquérir les Coyotes.

Gary Bettman, qui célèbre ce vendredi son 20e anniversaire à titre de commissaire de la LNH, se retrouve donc avec un (autre) épouvantable problème de crédibilité sur les bras.

- C’est Bettman qui a orchestré la venue d’une équipe de la LNH en Arizona.

- Ça fait près de quatre ans que Bettman a convaincu les propriétaires de la LNH de reprendre cette équipe en faillite, en promettant que de nouveaux propriétaires allaient se pointer.

- Entre six et huit acheteurs potentiels sont venus jeter un coup d’œil aux livres et huit scénarios différents d’aide financière de la part de la Ville de Glendale ont été échafaudés.

- Un promoteur crédible (Jamison) est parvenu à obtenir une aide financière sans précédent de 300 millions de dollars de la Ville de Glendale dans l’espoir de rassurer d’éventuels investisseurs.

- La LNH vient de ratifier une nouvelle convention collective et d’accepter un partage des revenus censé être plus généreux envers les équipes de petits marchés.

Malgré tous ces avantages financiers, toutes ces courbettes, toutes ces promesses et toutes ces démarches, il n’y a toujours aucun investisseur sérieux qui ait pris la peine de signer un chèque de 170 millions de dollars pour acquérir cette équipe de hockey!

Voilà une magistrale claque en pleine face! Bettman a beau tenir aux Coyotes, qui jouent dans le cinquième marché des États-Unis (un impératif lorsqu’on négocie des contrats de télévision nationaux), le message du marché est limpide : personne ne veut investir son argent dans cette aventure.

Cessons une fois pour toutes les manœuvres respiratoires. Le corps que l’on tente de réanimer est mort depuis des années.

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Tant au point de vue de l’image que des résultats, ce dossier est un échec total.

Bill Daly, le commissaire adjoint de la LNH, a laissé entendre à Hockey Night in Canada que les Coyotes seront vraisemblablement déménagés à la fin de la saison. « Nous sommes plus susceptibles d’opter pour une autre stratégie en ce moment que nous l’étions il y a cinq mois », a-t-il indiqué.

On croit rêver.

Cette situation aussi gênante que saugrenue pourrait toutefois permettre de régler de nombreux problèmes. En plus des cas particuliers de Winnipeg et de Phoenix, il y a Québec, Markham et Seattle qui sont en train de construire (ou en voie de construire) des amphithéâtres modernes pour accueillir des équipes de la LNH.

Voici deux scénarios possibles.

a) Le transfert rapide des Coyotes à Québec.

Ce déménagement permettrait de réinsérer Winnipeg dans l’Association de l’Ouest dès la saison prochaine.

Et la vente des Coyotes, à fort prix, permettrait aux propriétaires de la LNH de récupérer leur mise et même de dégager un profit intéressant. Dans un second temps, une expansion à Seattle et à Markham permettrait aux propriétaires de faire banco en allant chercher de 600 à 800 millions de dollars. Avec 32 formations, la LNH pourrait alors se redéployer en quatre grandes divisions de huit équipes et développer des rivalités moins locales (un souhait des télédiffuseurs américains).

Cette solution permettrait aussi de renforcer la présence canadienne (9 équipes sur 32) dans la LNH, les marchés canadiens étant généralement les plus lucratifs pour la ligue.

Désavantage pour la ligue : la LNH a absolument besoin d’occuper l’ouest des États-Unis pour des raisons logistiques (transport des équipes, fuseaux horaires et heures de diffusion des matchs) et économiques (le contrat de télévision nationale du côté américain). En optant pour Québec en premier et en laissant Seattle en plan pour quelques années, on négligerait un aspect stratégique du plan d’affaires de la LNH. Sans compter le fait qu’une équipe d’expansion à Seattle, un marché non traditionnel, aurait moins de chance de connaître du succès aux guichets qu’à Québec et à Markham.

b) Un transfert rapide des Coyotes à Seattle.

Cela permettrait d’ajouter une formation dans le fuseau horaire du Pacifique et de créer des rivalités intéressantes avec Vancouver, Los Angeles, Anaheim et San José. Ces formations figurent parmi celles qui voyagent le plus et qui changent le plus souvent de fuseau horaire durant la saison. C’est un problème de longue date qui créé des difficultés pour les partisans qui veulent suivre les activités de leur équipe (matchs en fin d’après-midi), ainsi que pour les télédiffuseurs. Cette option permettrait aussi à la LNH de continuer à occuper le territoire de l’Ouest américain.

Dans un deuxième temps, l’ajout de Québec et de Markham dans le cadre d’une expansion permettrait à Winnipeg de réintégrer l’Association de l’Ouest, et aux propriétaires de faire pleuvoir des centaines de millions de dollars dans leurs coffres tout en greffant deux marchés de hockey canadiens à la ligue. On l’oublie souvent, mais le contrat de télévision nationale le plus lucratif pour la LNH est celui qui concerne les droits canadiens, pas les droits américains.

Désavantage pour la ligue : minime, à part le caractère public de l’échec total de la stratégie de Bettman à Glendale (encore pire que le fiasco d’Atlanta) et la honte de devoir plaider l’entêtement. Opter pour un transfert rapide à Seattle serait sans doute plus commode pour la ligue et ses partenaires.

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Peu importe le scénario retenu, les astres sont désormais parfaitement alignés pour les amateurs et les promoteurs qui espèrent mettre rapidement la main sur une équipe de la LNH.

Le retentissant échec des Coyotes de Phoenix provoquera un effet domino qui modifiera considérablement le portrait au cours des prochains mois.