Blogue de Martin Leclerc

Au-delà de l’attaque massive

Mercredi 30 janvier 2013 à 10 h 56 | | Pour me joindre

Pour me joindre

Les camps d’entraînement ont été extrêmement courts, le calendrier est condensé et les arbitres de la LNH ont de grandes quantités d’hélium dans les bras depuis le début de la saison. Match après match, on les voit décerner nombre de pénalités qui sont soit tirées par les cheveux, soit imaginaires.

Dans ce cafouillis, les unités spéciales semblent jouer un rôle encore plus crucial qu’à l’habitude dans le succès ou les déboires que connaissent les équipes.

Le Lightning de Tampa Bay, qui mise désormais sur une plus grande stabilité devant le filet, obtient un taux d’efficacité de 30 % en avantage numérique. L’équipe de Guy Boucher occupe le 2e rang.

Les Islanders de New York font encore mieux. Leur avantage numérique fonctionne dans 30 % des cas, mais leur unité de désavantage numérique est une véritable muraille qui a jusqu’à présent maintenu un taux de succès de 95 %. Les Islanders détiennent le 6e rang dans l’Est, ce qui n’est pas rien pour cette organisation depuis si longtemps désorganisée.

* * *

À Montréal, le Canadien présentait la saison dernière un taux de succès de 14,3 % en avantage numérique et il a bouclé la saison au 15e rang dans l’Est. Cette saison? Andrei Markov et Raphael Diaz acheminent une quantité phénoménale de rondelles au filet, l’avantage numérique fonctionne à la hauteur de 29 %, et le CH occupe le 5e rang.

« L’avantage numérique fait toute la différence », « le Canadien remporte ses matchs à cause du succès de l’attaque à cinq », « le ballon va se dégonfler rapidement si l’attaque massive traverse une période creuse », entend-on ici et là.

Pourtant, lorsqu’on y regarde de plus près, plusieurs indicateurs montrent que la fondation sur laquelle repose le CH est beaucoup plus solide que cela. Michel Therrien et ses hommes semblent s’être attaqués à plusieurs aspects du jeu qui minaient les résultats de l’équipe la saison passée.

Il n’y a que cinq matchs de joués et il est trop tôt pour s’emporter? Bien entendu! Par contre, s’il est difficile de redresser la barque quand elle se met à prendre l’eau au début de la saison, le contraire est aussi vrai. Il est plus facile pour une équipe de progresser et de peaufiner son jeu quand les aspects fondamentaux de son jeu sont solides.

Par exemple :

- Le jeu à cinq contre cinq : le Canadien venait au 18e rang à ce chapitre la saison dernière. Il marquait 0,95 but pour chaque but marqué par l’adversaire dans cette situation de jeu. Jusqu’ici cette saison, le CH vient au 3e rang à ce chapitre avec 2,25 buts, ce qui est énorme. Quand les officiels se mettront à ranger leurs sifflets dans quelques semaines, cela pourrait faire une grande différence.

Le plus incroyable, c’est que ce sont Brendan Gallagher et Alex Galchenyuk qui se sont le plus démarqués à cinq contre cinq jusqu’à présent. Les deux jeunes présentent un bilan défensif de +4. Ils ont donc eu un grand impact jusqu’à présent.

- Le succès à domicile : dans toute la LNH, le Canadien était l’équipe qui avait inscrit le moins de victoires à domicile (16) la saison dernière. Et voilà que les hommes de Michel Therrien semblent en voie d’exorciser ce démon. Ils présentent une fiche de 3-1. C’est le meilleur début de campagne au Centre Bell depuis celui de 2008-2009. Il n’existe aucune garantie que le CH maintiendra une telle cadence, c’est même improbable. Mais Therrien avait promis une équipe travaillante, unie et difficile à vaincre. C’est ce à quoi nous assistons jusqu’à présent et il est permis de croire que cette formation sera en mesure de présenter une fiche gagnante à domicile, une condition sine qua non pour accéder aux séries.     

- Des trios équilibrés : combien de fois a-t-on entendu qu’il suffisait de stopper le premier trio du CH pour vaincre cette équipe? Eh bien, Max Pacioretty (maintenant blessé), David Desharnais et Erik Cole n’ont inscrit qu’un but lors des cinq premières rencontres. Et le CH présente une fiche de 4-1.

La renaissance de Rene Bourque a donné des ailes à Tomas Plenakec et à Brian Gionta dans la deuxième unité. Et pour la première fois depuis des lustres, Gallagher, Galchenyuk et Brandon Prust permettent à ce club de miser sur un troisième trio offensif.

Quand le moteur tourne au ralenti, Therrien n’hésite d’ailleurs pas à se tourner vers ses deux recrues pour relancer l’attaque. Mardi, il les a utilisés en avantage numérique. Il les a par ailleurs brièvement jumelés avec Cole, qui a inscrit son premier filet à leurs côtés.

Il faut remonter loin, très loin, pour retrouver une telle compétition à l’interne.

- De la profondeur en défense : je reviendrai plus à fond sur cet aspect dans une prochaine chronique. Mais notons au passage que même si le CH n’était pas vilain en défense la saison dernière (11e dans la LNH), le nouvel entraîneur a tout de même resserré la défense de zone et rehaussé le niveau de responsabilité des attaquants à ce chapitre. Le Canadien présente jusqu’ici la quatrième défense de la ligue, et ce, malgré l’absence de P.K. Subban, qui était son défenseur le plus fiable (avec Josh Gorges) la saison dernière. Voilà donc une carte intéressante qui est sur le point de surgir dans la manche de Michel Therrien.

- Houston? Nous n’avons aucun problème!

Il sera donc intéressant de voir combien de temps le CH pourra maintenir ce rythme. Et ce qu’il sera en mesure de bâtir en s’appuyant sur cette étonnante fondation.