Blogue de Martin Leclerc

Le retour de Pierre Gauthier au Centre Bell

Lundi 28 janvier 2013 à 13 h 05 | | Pour me joindre

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Les confrères chuchotaient joyeusement sur la passerelle de la presse dimanche soir.

-          Hey! Tu sais quoi, il paraît que Pierre Gauthier est ici!

-          Coudonc’, as-tu croisé le fantôme? On m’a dit qu’il assiste au match ce soir!

L’ex-directeur général du CH agit maintenant à titre de directeur du personnel (joueurs) pour les Blackhawks de Chicago. Il était assis avec les recruteurs des autres organisations près de l’entrée donnant accès à la passerelle. On a notamment vu Gauthier, entre la deuxième et la troisième période, en grande conversation avec André Savard, un autre ancien DG de l’organisation.

J’aurais aimé être une mouche et entendre cette discussion. Mais surtout, à la fin de la soirée, j’aurais aimé savoir comment monsieur Gauthier avait apprécié la rencontre opposant le CH aux Devils. Mais bon, il fuyait déjà les journalistes quand il occupait le fauteuil de DG et que c’était son travail de leur parler. Alors, aussi bien ne pas le déranger…

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J’aurais aimé savoir ce que pensait Pierre Gauthier lorsqu’il a vu Andrei Markov enfiler son quatrième but de la saison pour donner la victoire au Canadien. Markov est présentement le 11e buteur de la LNH. Il vient au 1er rang de la ligue avec trois buts gagnants et au 2e rang pour le nombre de buts marqués en avantage numérique.

Le sort de Gauthier aurait peut-être été différent la saison dernière si le défenseur s’était rétabli normalement de sa deuxième intervention chirurgicale à un genou. En lieu et place, il s’est fait traiter de moron par à peu près tout le monde pour avoir consenti à Markov un contrat de trois ans, à raison de 5,75 millions de dollars par saison.

Cette saison, avec P.K. Subban à la maison, de quoi le CH aurait-il l’air sans Markov?

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Il aurait aussi été intéressant de savoir ce que monsieur Gauthier pense du début de saison de Rene Bourque. On l’a crucifié sur toutes les tribunes téléphoniques et sur tous les réseaux sociaux pour avoir cédé Mike Cammalleri aux Flames de Calgary contre Bourque, qui n’a inscrit que 5 buts et compilé un bilan défensif de -16 en 38 matchs la saison dernière.

Cette saison? Bourque est l’une des principales raisons de l’excellent début de saison que connaissent Tomas Plekanec et Brian Gionta. Il fonce dans les coins comme un enragé pour en extirper les rondelles, passe la soirée aux pieds du gardien adverse, obtient et crée des chances de marquer.

Le jeu de Bourque, qui était une brebis galeuse l’an passé, fait en sorte que le CH mise sur deux premiers trios fort respectables cette saison.

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Raphael Diaz occupe le 2e rang des pointeurs du Canadien. Le défenseur suisse n’est pas costaud ni très physique, mais il fait bien circuler la rondelle. Il offre 17-18 minutes de qualité à chaque match et il est devenu un rouage important de l’attaque massive de l’équipe.

Jeudi dernier sur Twitter, les partisans de l’équipe se déchaînaient sur le dos de P.K. Subban : « Reste chez vous P.K.! On a Raphael Diaz maintenant! »

Sauf que Diaz était à Montréal la saison dernière. C’est Pierre Gauthier qui lui a fait signer un contrat à titre de joueur autonome en mai 2011 et qui l’a sorti de la Ligue élite suisse à l’âge de 25 ans.

Et Erik Cole, un guerrier que Gauthier a obtenu sur le marché de l’autonomie? Et Brendan Gallagher, qui joue merveilleusement bien et qui a été sélectionné durant le règne de Gauthier il y a deux ans? Et Alex Emelin, que Gauthier a fini par convaincre de quitter la Russie, il y a près de deux ans, pour se joindre à l’équipe qui l’avait repêché en… 2004!

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Avant de faire pleurer qui que ce soit, clarifions une chose : je n’ai certainement pas été un admirateur du règne de Pierre Gauthier, un DG qui était animé d’une mentalité de bunker et qui se comportait constamment comme s’il était assiégé par l’ennemi. Il était comme cela avec les journalistes, mais aussi avec ses propres subalternes, avec lesquels il communiquait très peu ou mal.

En fait, son mandat à titre de DG a illustré à quel point les organisations sportives finissent par ressembler à ceux qui les dirigent.

Et pour chaque transaction ou décision qui tourne présentement en sa faveur, on peut en dénombrer d’autres qui n’étaient franchement pas géniales : Lars Eller contre le gardien numéro un de l’équipe, le lourd contrat de Tomas Kaberle contre celui de Jaroslav Spacek, cette obstination à confier un rôle de premier plan à Scott Gomez, Randy Cunneyworth en remplacement de Jacques Martin… Alouette!

Bref, Pierre Gauthier a réussi de bons coups et de moins bons. Mais n’est-ce pas le lot de tous les directeurs généraux de la LNH?

La manière honteuse dont le règne de Pierre Gauthier a pris fin et le succès que connaît le Canadien en ce début de saison – avec sensiblement le même personnel – montre à quel point tout n’est pas noir ou blanc dans le merveilleux monde du hockey. Et à quel point il est complexe, d’une saison à l’autre, de planifier la performance humaine.

On crucifie pas mal fort à Montréal. Et souvent, ces nuances de gris nous échappent.