Blogue de Martin Leclerc

Gomez et Redden : morts de rire jusqu’à la banque

Mardi 22 janvier 2013 à 13 h 18 | | Pour me joindre

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Le préjugé que l’on entend le plus souvent à propos des syndicats, c’est qu’ils servent à protéger les moins bons employés,  au détriment des employés les plus performants, au sein des entreprises.

On pourrait débattre longtemps de cette question, mais ce n’est pas l’objet de cette chronique. Toutefois, en regardant le surréaliste traitement qui est réservé à Scott Gomez et à Wade Redden depuis la reprise des activités dans la LNH, il est difficile de ne pas avoir ce préjugé en tête. Les autres joueurs doivent se pincer pour s’assurer qu’ils ne sont pas en train de rêver!

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Scott Gomez a signé en 2007 un hallucinant contrat de sept ans d’une valeur de 51,5 millions de dollars avec les Rangers de New York. Constatant rapidement qu’il venait de commettre la plus grande erreur de sa carrière, Glen Sather l’a ensuite échangé au Canadien de Montréal. Et après trois années ridicules au cours desquelles Gomez a inscrit un total de 21 buts et compilé un bilan défensif de -22, la direction du Canadien vient de racheter les deux dernières années de son contrat (5,5 millions payables à 100 % cette saison et 4,5 millions payables au deux tiers la saison prochaine).

Geoff Molson jette donc 8 millions de dollars à la rivière pour se débarrasser de Gomez, qui ne répond pas aux attentes.

Résultat? Gomez s’apprête à signer un contrat de 600 000 ou 700 000 $ avec les Sharks de San José, qui vont l’employer dans un rôle de soutien. Il aura donc droit à une augmentation salariale cette saison (!) et il encaissera 6,2 millions (au prorata des matchs annulés en raison du lock-out). En plus, Gomez paraphera probablement une autre entente la saison prochaine, qui pourrait avoir pour effet d’effacer la perte de salaire de 33 % que lui occasionnera le rachat de sa dernière année de contrat.

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Wade Redden a signé en 2008 un contrat de six ans d’une valeur de 39 millions avec les Rangers de New York (on remarquera ici que Glen Sather est à l’origine de ces deux contrats controversés).

Après deux saisons, les Rangers ont déterminé qu’il était plus avantageux pour eux de faire jouer Redden dans la Ligue américaine et d’employer des défenseurs plus jeunes et moins coûteux au Madison Square Garden. Au cours des deux dernières saisons, le vétéran défenseur a donc empoché 13 millions pour jouer dans les ligues mineures. Et en plus, les Rangers viennent de jeter 8,35 millions à la poubelle (5 millions payables à 100 % cette année et les deux tiers de 5 millions la saison prochaine) pour racheter les deux dernières années de son contrat.

Résultat? Redden vient de signer un contrat de 800 000 $ assorti de bonis de 200 000 $ pour se joindre aux Blues de St. Louis. Lui aussi aura donc droit à une augmentation salariale cette saison!

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Remettons maintenant ces deux histoires en contexte  :

-          Les propriétaires ont déclenché un lock-out de quatre mois l’automne dernier parce qu’ils estimaient que les joueurs étaient trop payés.

-          Les joueurs ont perdu environ un demi-milliard en salaire durant ce lock-out.

-          À la table de négociations, les propriétaires ont demandé et obtenu le droit de racheter un contrat qu’ils jugeaient « toxique » au sein de chaque organisation afin de mieux se conformer au nouveau partage des revenus (50/50).

-          L’Association des joueurs a poussé la note plus loin en accordant aux propriétaires la permission de racheter deux contrats. Cette mesure visait à empêcher que les joueurs les moins nantis fassent les frais du nouveau partage des revenus.

À la fin des courses, on ne sait trop par quel tour de magie :

-          Deux joueurs qui étaient considérés comme les moins performants de leur équipe respective se retrouvent avec des augmentations salariales.

-          Les deux joueurs qui encaissent le moins de pertes financières à la suite du lock-out sont des athlètes qui étaient assis sur des contrats que même leurs dirigeants syndicaux considéraient comme toxiques.

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Je penche généralement en faveur des joueurs lorsqu’il est question de rémunération. Je crois sincèrement que ceux qui donnent le spectacle devraient toujours obtenir la plus grosse part du gâteau parce qu’ils sont le moteur de leur industrie et qu’ils génèrent des milliards en revenus.

Mais en ce qui concerne Gomez et Redden, je débarque totalement. La manière dont leurs cas particuliers ont été traités défie la logique, tant du côté des propriétaires que du côté de l’Association des joueurs.

Il aurait été facile de convenir que les généreux contrats de Gomez et de Redden puissent être rachetés, tout en prévoyant que dans l’éventualité où ils seraient parvenus à se trouver un poste dans un autre club, leur nouveau salaire soit simplement déduit des obligations de leur équipe d’origine.

Par exemple, si Gomez devait encaisser 5,5 millions de dollars avec le CH cette saison et qu’il paraphait finalement un contrat de 700 000 $ avec San José, le CH aurait pu voir sa facture diminuer à 4,8 millions. Le généreux contrat de Gomez aurait ainsi été respecté dans son intégralité, et les propriétaires ne se seraient pas retrouvés dans une position où ils doivent payer encore plus pour des contrats dont ils voulaient justement se débarrasser.

La position la plus gênante est toutefois celle de l’Association des joueurs. Ensemble, Gomez et Redden recevront environ 1,7 million de plus que ce qui était prévu à leur contrat cette saison. Et cet argent, c’est dans la part de gâteau des autres joueurs – les employés performants – qu’il sera pigé.

En fin de compte, ce sont Gomez et Redden qui doivent se demander s’ils ne sont pas en train de rêver.