Blogue de Martin Leclerc

Michel Therrien a toute une commande sur les bras

Dimanche 20 janvier 2013 à 8 h 48 | | Pour me joindre

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Quel impact un entraîneur peut-il réellement avoir sur le rendement d’une équipe de la LNH? À cette grande question théorique, les partisans du Canadien obtiendront une réponse intéressante cette saison.

Quand Jacques Martin a été congédié en décembre 2011, l’équipe jouait sans grande conviction, mais elle présentait tout de même un rendement de ,515. Et avec encore 50 matchs à disputer, le CH ne se situait qu’à deux points d’une place en séries. Qui sait ce qui serait survenu si Pierre Gauthier n’avait pas cédé à la panique?

À l’époque, j’étais convaincu que Martin tirait le maximum du groupe de joueurs (et de la brigade défensive inexpérimentée, privée d’Andrei Markov) qu’il avait sous la main. J’avais d’ailleurs écrit dans cette chronique qu’aucun autre entraîneur n’aurait pu aller chercher plus de points que Martin avec cette formation.

Randy Cunneyworth a ensuite confirmé cette impression en maintenant une fiche de ,450 et en pilotant ce même groupe d’athlètes jusqu’aux abysses de l’Association de l’Est et jusqu’à une gênante 28e position au classement général.

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Regardons maintenant les choses objectivement. Dix-huit des 23 joueurs avec lesquels Michel Therrien a entrepris la saison samedi soir étaient présents lors de la débâcle de la saison passée.

Les cinq joueurs qui se sont ajoutés à l’équipe (Brandon Prust, Colby Armstrong, Francis Bouillon, Alex Galchenyuk, et Brendan Gallagher) auront sans doute un effet bénéfique. Les trois premiers ajouteront une touche de caractère et de robustesse dont le Canadien avait bien besoin. Et en raison de leur jeune âge, Galchenyuk et Gallagher contribueront à l’équipe, au mieux, de temps à autre de manière intéressante.

Par ailleurs, n’oublions pas que Therrien vient d’entreprendre la saison avec une brigade défensive très ordinaire en raison de l’absence de P.K. Subban. Aucune autre formation de la LNH n’a commencé la saison sans son défenseur numéro un. Et aucune autre formation n’a entrepris le calendrier avec, dans le rôle de défenseur numéro un, un athlète ralenti par les blessures (Markov) et qui n’a presque pas joué depuis deux ans.

Bref, Therrien n’est pas mieux équipé que Jacques Martin ne l’était la saison passée.

Et son défi consiste à faire jouer cette équipe quelque part entre ,552 et ,572 et à lui faire amasser entre 53 et 55 points (en 48 matchs) pour participer aux séries éliminatoires. On parle donc d’une très grosse commande.

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Cela dit, Michel Therrien est un grand spécialiste en matière de redressement de situations difficiles. Talentueuses ou pas, ses équipes sont toujours extrêmement bien préparées, elles se soucient des petits détails ainsi que de la qualité de l’exécution de chaque jeu, et elles adhèrent à une culture de l’effort qui force l’adversaire à se surpasser soir après soir.

Les équipes de Therrien se comportent comme des chats de ruelle. Elles se battent tous les soirs. Et même lorsqu’elles ne gagnent pas, l’adversaire ne quitte pas la patinoire sans égratignure.

Therrien a connu d’intéressants succès avec le Canadien au début des années 2000 aux commandes d’une formation assez ordinaire. Il a ensuite remis sur pied l’organisation des Penguins de Pittsburgh (du club-école de la Ligue américaine jusqu’à l’équipe de la LNH) en mettant fin à l’ambiance de country club qui régnait là-bas.

Samedi matin, avant de diriger son 500e match dans la LNH, Michel Therrien reprenait un refrain qui lui est familier. Il a notamment parlé de changement de culture et d’attitude.

« La saison sera courte et elle produira certainement des surprises. Ce sera à nous de créer l’une de ces surprises », disait-il.

Sa vision des choses est assez simple : puisque tous les entraîneurs de la LNH sont compétents et que toutes les équipes sont bien préparées, il faut travailler plus fort que les autres pour survivre dans cette ligue. « Je dirais que 50 % du succès d’un club repose sur la préparation et que l’autre 50 % sur une question de détermination et d’attitude. Quand la rondelle se retrouve dans un coin, c’est la détermination du joueur et son attitude qui lui permettent de ressortir avec », a-t-il expliqué.

Le Canadien ne terminera pas au 15e rang dans l’Est cette saison. Mais jusqu’à preuve du contraire, c’est d’un club de ,515 (49 points) dont Therrien a hérité. Si jamais il parvient à presser le citron et à aller chercher les cinq ou six points supplémentaires qui permettront au CH de participer aux séries, il faudra lui donner tout le crédit. Peut-être même lui ériger une statue.