Blogue de Martin Leclerc

Galchenyuk : le fauve restera à Montréal

Jeudi 17 janvier 2013 à 8 h 24 | | Pour me joindre

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Les partisans du Canadien qui sont âgés de 27 ou 28 ans se souviennent sans doute vaguement de la dernière coupe Stanley remportée par l’équipe. Mais de toute leur vie, aussi incroyable que cela puisse paraître, ils n’ont jamais vu un joueur de 18 ans percer l’alignement du CH!

Nous assisterons donc à une sorte d’événement historique cette semaine, puisque le CH confiera un poste à Alex Galchenyuk! Ça crève les yeux, Michel Therrien et Marc Bergevin ne peuvent tout simplement pas renvoyer le prodige américain à son équipe de Sarnia, dans les rangs juniors.

Eh oui, le Tricolore s’apprête à faire enfin son entrée dans le même siècle que les 29 autres clubs de la LNH. Il faut remonter jusqu’en 1984-1985 pour retracer le dernier joueur de 18 ans à avoir porté les couleurs du Canadien durant une saison complète : le défenseur Petr Svoboda. Après Svoboda? Rien. À part Mathieu Schneider, à qui l’on avait permis de disputer quatre matchs en 1987-1988, malgré ses 18 printemps.

On ne sait trop pourquoi le CH a été frappé d’une vague de conservatisme aussi longue. Pourquoi avoir tant craint de faire confiance aux jeunes? Il faut dire que l’organisation n’a pas sélectionné beaucoup de joueurs d’exception durant cette longue disette…

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Le printemps dernier, Marc Bergevin s’était presque offusqué dans un point de presse lorsqu’un journaliste lui avait demandé s’il allait y avoir des postes disponibles pour les jeunes au prochain camp d’entraînement.

« Nous avons fini en 28e position. J’aurais l’air idiot si je vous répondais qu’il n’y aura pas de poste disponible », avait rétorqué le DG du Canadien.

Eh bien, nous sommes au beau milieu du camp d’entraînement et 18 joueurs de cette fameuse équipe de 28e place y participent. Sans compter P. K. Subban, qui est encore chez lui. Durant l’été, Bergevin a ajouté Brandon Prust et Francis Bouillon à son alignement. Les deux seront fort utiles, c’est certain. Et ils ajouteront une touche de caractère bien sentie. Mais en tout respect, nous sommes loin de l’injection de talent dont cette formation a besoin.

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C’est ici qu’Alex Galchenyuk entre en jeu. Après avoir remporté le Championnat mondial junior, il est débarqué au camp du Canadien avec une carte de visite fort intéressante. Voilà un centre qui fait 1,87 m (6 pi 2 po), qui pèse 93 kg (205 lb), qui se déplace comme un fauve et qui possède – sans l’ombre d’un doute – la meilleure des 27 paires de mains qui s’exercent sur les patinoires du complexe de Brossard.

Lorsqu’il se présente devant un défenseur ou un gardien et qu’il se met à feinter des transferts de poids avec ses épaules tout en déplaçant latéralement la rondelle devant lui, on jurerait qu’il hypnotise ses proies. Sa vision du jeu et sa créativité sont aussi exceptionnelles. Il n’y a à peu près pas de délai entre ce que ses yeux perçoivent et les décisions qu’il prend.

Les attaquants de cette trempe sont depuis longtemps un mythe à Montréal. Ces 15 dernières années, tout le monde disait qu’il en fallait un, mais personne n’en avait vu!

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Michel Therrien est un entraîneur extrêmement minutieux et toujours bien préparé. En fait, Therrien n’est pas minutieux, il est maniaque! Au début de l’été, son camp d’entraînement de l’automne suivant est déjà prévu à la minute près. La composition de ses trios, les horaires, le programme de chaque séance d’entraînement, les phases d’entraînement et de récupération des joueurs, les systèmes énergétiques à solliciter, etc…

Cette saison, Michel Therrien fait probablement face au plus gros défi de sa vie. Il revient derrière le banc du CH pour une seconde fois (une chance que bien peu d’hommes ont obtenue dans l’histoire de l’organisation) avec le difficile mandat de transformer une équipe de 28e place – presque inchangée – en participante aux séries éliminatoires de la coupe Stanley.

Et voilà que Therrien, un maniaque de la préparation qui ne dispose que de six jours pour instaurer son système de jeu et une pensée collective dans son club, insère le jeune fauve aux côtés du capitaine du club et de Tomas Plekanec, au sein du deuxième trio.

Y a-t-il quelqu’un en ville qui croit vraiment que le Canadien agit ainsi simplement pour évaluer Galchenyuk?

Therrien a une très grande qualité en tant qu’entraîneur : il sait comment composer avec les jeunes. C’est pour cela qu’il n’a mis que deux ans à propulser les Penguins de Pittsburgh jusqu’à la finale de la Coupe Stanley lorsqu’il a pris les commandes de cette équipe.

L’entraîneur du CH n’est pas fou. Il sait que le Canadien a fonctionné avec un seul trio durant toute la saison passée. Et quand il regarde autour de lui, il voit bien qu’il n’y a personne de mieux qualifié que Galchenyuk pour compléter le second trio. Il ne recommencera certainement pas à jouer à la chaise musicale avec les joueurs qui ont obtenu leur chance la saison passée et pour qui, de toute manière, la commande était trop grosse.

Therrien agira avec Galchenyuk exactement comme il l’a fait à Pittsburgh avec Sidney Crosby, Evgeni Malkin, Jordan Staal et Kristopher Letang : il l’entourera de bons vétérans et il lui permettra d’avaler les bouchées une à la fois.

Et quand Galchenyuk se sera familiarisé avec le système de jeu et la féroce cadence de la LNH, il lui permettra de déployer ses ailes en le ramenant au centre.

Il y aura enfin un jeune surdoué parmi les attaquants du CH cette saison.

Amen!

Comme récompense pour les partisans, ou pour se faire soi-disant « pardonner » à la suite du lock-out, c’est pas mal mieux que les sacs de chips, les hot-dogs et les boissons gazeuses qu’on distribuera gratuitement au Centre Bell cette semaine.