Blogue de Martin Leclerc

P.K. Subban et son agent savent compter

Mardi 15 janvier 2013 à 13 h 14 | | Pour me joindre

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La source des douloureuses négociations qui opposent le Canadien à P.K. Subban est assez facile à dénicher. Elle se trouve dans cette convention collective que les propriétaires et l’Association des joueurs n’ont pas encore fini de rédiger. Et savez-vous quoi? Subban a bien raison de tenir son bout!

Le contrat de travail de la LNH est conçu de manière à priver les jeunes joueurs de tout rapport de force dans leurs négociations avec les équipes. Qu’ils s’appellent Sidney Crosby ou Ti-Joe Septièmeronde, les joueurs qui viennent d’être sélectionnés au repêchage ne peuvent signer un contrat de plus de trois ans. Et leur salaire de base est plafonné à 925 000 $ (auquel peuvent toutefois s’ajouter des bonis).

Par ailleurs, les joueurs n’ont droit à l’arbitrage salarial qu’après leur quatrième saison dans la LNH. Cela signifie qu’après leur premier contrat de trois ans, ils se retrouvent pour la plupart devant une sorte de vide. La hauteur de leur rémunération et la durée de leur contrat est en quelque sorte laissée au bon vouloir de leur directeur général, puisqu’ils n’ont absolument aucun moyen de contraindre leur club à les payer selon la réelle valeur du marché.

Et c’est ici que, dans les cas de joueurs talentueux comme P.K. Subban et Jamie Benn, des Stars de Dallas, la merde heurte directement le ventilateur.

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Effectivement, le joueur de troisième ou de quatrième trio n’a absolument rien à dire lorsqu’il négocie sa quatrième année de contrat. Ou bien il signe le document que lui tend généreusement son DG, ou bien on le remplace assez facilement. Mais si l’attaquant de premier ou de deuxième trio, le gardien numéro un ou l’un des deux premiers défenseurs du club refuse de signer au rabais et décide de rester à la maison, c’est le joueur qui tient le gros bout du bâton.

Les cas de Subban et de Jamie Benn seraient réglés depuis fort longtemps s’ils avaient eu le droit de profiter de l’arbitrage. Peu importe leurs revendications et peu importe l’offre soumise par leur équipe, ils auraient paradé devant un arbitre qualifié et auraient obtenu depuis longtemps un contrat d’une saison et un salaire correspondant à leur réelle valeur sur le marché.

Mais dans la LNH, on veut le moins possible rémunérer les jeunes joueurs à leur juste valeur. La clause voulant empêcher les joueurs de quatrième année de négocier à armes égales se retourne donc contre la ligue : les joueurs ordinaires signent au rabais (ce qui surviendrait de toute façon) et les joueurs indispensables font la grève et réclament des contrats à long terme et des salaires de 5, 6 ou 7 millions de dollars par saison.

Les propriétaires ont tout fait pour écraser les joueurs lors des dernières négociations visant à renouveler la convention collective. Ils n’ont fait aucun cadeau. Les agents, l’Association des joueurs et les joueurs en ont pris bonne note. Au cours des prochaines années, il ne faudrait donc pas se surprendre de voir les grèves de joueurs exceptionnels se multiplier.

Il y a un trou dans la convention collective, et tant pis pour les propriétaires! Les joueurs ne se gêneront certainement pas pour essayer d’en tirer profit.

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Une dernière petite observation dans le cas de Subban. Certains ont affirmé que les Rangers de New York avaient torpillé les demandes du jeune défenseur du Canadien en fin de semaine en concluant une entente de deux ans (à raison de 2,55 millions de dollars par saison) avec leur jeune et excellent défenseur Michael Del Zotto.

Del Zotto et Subban sont tous les deux représentés par Don Meehan.

Comment Subban peut-il demander que le CH lui verse 5 millions de dollars par saison si Del Zotto accepte 2,55 millions de dollars, a-t-on entendu.

Pour l’agent de Subban, la réponse à cette question est assez facile à trouver. Del Zotto est le troisième défenseur des Rangers derrière Marc Staal et Dan Girardi. Et Subban, si on se base sur son temps d’utilisation des deux dernières saisons, est clairement le premier arrière du Canadien.

Marc Bergevin peut toujours arguer que Subban n’aurait jamais été autant utilisé si Andrei Markov avait été en santé. Le fait demeure : parmi les 210 défenseurs de la LNH, Subban était au 18e rang pour le temps d’utilisation  la saison dernière. Un autre fait demeure : la quasi-totalité des défenseurs capables de produire en attaque et qui sont envoyés sur la patinoire aussi souvent que Subban empoche 5 ou 6 millions de dollars par saison.

Fin de l’argument Del Zotto. Ou presque.

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Ceux qui critiquent les demandes de Subban oublient aussi la structure salariale du Canadien. Car il faut aussi se comparer à ses coéquipiers lorsqu’on négocie un contrat!

Lorsqu’il fait le tour de son vestiaire, Subban constate qu’à 3,9 millions par saison, Josh Gorges empoche plus que le défenseur numéro un des Rangers de New York! Et que dire de Tomas Kaberle, qui touche 4,25 millions plus de dollars qu’il ne démontre d’intensité sur la patinoire? Sans compter Markov, qui a récolté 5,75 millions à chacune des deux dernières années pour faire des exercices de rééducation avec Pierre Allard.

Sachant cela, comment peut-on sérieusement arguer que Subban devrait se contenter des mêmes 2,55 millions que Del Zotto?

Tout cela pour dire que Subban, qui est représenté par un agent crédible et chevronné, sait de toute évidence compter. Et les chiffres lui donnent raison de tenir son bout dans cette négociation.