Blogue de Martin Leclerc

Malcolm Subban, symptôme d’une faille canadienne?

Vendredi 4 janvier 2013 à 13 h 42 | | Pour me joindre

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Ce qui m’a le plus étonné depuis le début du Championnat mondial de hockey junior? Le gardien Malcolm Subban. Aussi loin que je puisse me rappeler, il m’est difficile de retracer un gardien numéro un de l’équipe canadienne junior qui ait présenté des carences techniques aussi évidentes.

Le petit frère de P.K. est un gardien athlétique, très combatif et doté d’excellents réflexes. Toutefois, ses puissants déplacements latéraux sont mal contrôlés et il se retrouve souvent hors position quand le jeu change de direction devant lui. Il y a beaucoup d’improvisation dans son jeu.

« Si Subban parvient à raffiner sa technique, il pourrait devenir une star », disaient les recruteurs le printemps dernier, avant que Malcolm Subban soit sélectionné en première ronde (24e au total) par les Bruins de Boston.

De toute évidence, Subban a encore du travail à faire de ce côté. Dans les rangs professionnels, les joueurs ne tentent presque plus de battre les gardiens avec des tirs directs. Pour tromper la vigilance d’un gardien de 1,90 m ou 1,93 m (6 pi 3 po ou 6 pi 4 po) qui couvre bien ses angles et qui adopte une position compacte devant le filet, les professionnels misent davantage sur des tirs bas qui provoquent des retours et forcent le gardien à se déplacer pour stopper une seconde vague. Ou encore, ils cherchent à refiler le disque à un coéquipier posté du côté opposé, dans l’angle mort du gardien. Encore là, une parfaite lecture du jeu et une technique impeccable sont de mise.

Jeudi, je discutais avec un ex-gardien qui a passé une quinzaine d’années dans la LNH. Lui aussi semblait perplexe par rapport au jeu de Subban.

« Je trouve que Subban est athlétique et qu’il a du potentiel. Mais dans le langage des gardiens, il est ce qu’on appelle un reactor. C’est un gardien qui se fie beaucoup à ses réflexes et qui réagit à ce qui se déroule devant lui. Son style n’est pas compact. Techniquement, malgré sa taille de 1,88 m (6 pi 2 po) et son poids de 91 kg (201 lb), je ne trouve pas qu’il occupe beaucoup d’espace devant son filet », analysait-il.

* * *

Je veux tout de suite rassurer les lecteurs qui se demandent si je suis en train de blâmer Subban pour les performances en demi-teintes que l’équipe canadienne a offertes depuis le début de ce championnat. C’est un gardien de 19 ans qui a l’avenir devant lui. Le temps finira par nous dire s’il a effectivement tout le potentiel que les Bruins ont vu en lui.

Toutefois, je me demande si Subban n’est pas le symptôme d’un phénomène plus grand qui frappe l’ensemble du hockey canadien. Le Canada est-il encore capable de développer des gardiens de haut calibre sur la scène mondiale? Notre système de développement des gardiens est-il simplement dans un creux de vague?

L’équipe canadienne junior a remporté la médaille d’or cinq années de suite de 2005 à 2009. Et dans chacune de ces conquêtes, les gardiens canadiens ont présenté le meilleur taux d’efficacité devant le filet, sauf en 2009, où le Canada a présenté la deuxième moyenne.

Cette année, malgré tout le talent et toute la profondeur qu’on retrouve dans cette formation, le Canada est menacé d’être exclu du podium pour la première fois en 14 ans. Devant le filet, étonnamment, le Canada se situe au 4e rang derrière les Américains, les Russes et les Suédois.

En 2010, les gardiens canadiens ont aussi présenté la quatrième moyenne d’efficacité du tournoi. Et l’équipe a dû se contenter de la médaille d’argent. En 2011, les gardiens du Canada étaient huitièmes! L’équipe s’est inclinée en finale après avoir accordé cinq buts aux Russes en troisième période.

Et que dire de l’an dernier? Le Canada a dominé la Russie 56-24 au chapitre des tirs au but en demi-finale, ce qui n’a pas empêché les Russes de l’emporter au compte de 6 à 5…

Ce n’est pas compliqué. Le niveau de compétition est tellement relevé et il y a tellement de parité entre les cinq meilleures équipes au monde, qu’il est à peu près impossible de remporter le Championnat du monde junior sans miser sur un gardien exceptionnel.

Il y a beaucoup de gens qui remettent en question l’ensemble du système de hockey canadien par les temps qui courent et ils ont sans doute raison de le faire. Le jour où l’on cesse d’innover est le jour où l’on commence à régresser.

Mais objectivement, c’est peut-être une correction plus ciblée qui s’impose dans l’immédiat. Depuis quelques années, le développement de nos gardiens n’est peut-être pas au même niveau que celui des machines de hockey qui jouent devant eux.