Blogue de Martin Leclerc

L’année sportive 2012, bon débarras!

Jeudi 27 décembre 2012 à 13 h 42 | | Pour me joindre

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S’il fallait produire une caricature pour illustrer l’année sportive 2012, le dessin final serait probablement un avaricieux malade qui se dope, qui a mal à la tête et qui n’éprouve aucun respect pour ceux qui foulent le terrain avec lui.

L’année sportive 2012 a été détestable au possible. Bon débarras! À cause d’elle, aussi paradoxal que cela puisse paraître, nous avons très peu parlé de sport.

La toile de fond de la misérable saison 2011-2012 du Canadien a été un directeur général déboussolé, une crise linguistique et une vague de congédiements. La saison 2011-2012 de la LNH a été marquée par des suicides, des morts prématurées et une crise sans précédent en matière de commotions cérébrales, un fléau qui a mis sur le carreau le meilleur joueur de la ligue, Sidney Crosby, pendant des mois.

Sur la scène mondiale, on a assisté à la chute de Lance Armstrong, qui était reconnu comme l’un des plus grands athlètes de sa génération. Une enquête dévastatrice a révélé qu’Armstrong et ses coéquipiers méprisaient profondément ceux qui tentaient d’assainir leur sport et qu’ils avaient élaboré un système qui leur permettait de se doper jusqu’à l’os.

Le soccer professionnel italien a quant à lui été ébranlé par une vague d’accusations, de procès et de suspensions relatives à des matchs truqués par et pour le crime organisé. Les scandales du genre pullulent depuis plusieurs années autour de la planète. Comment peut-on s’entraîner, pratiquer un sport toute sa vie et en arriver un jour à accepter de perdre volontairement des matchs?

Et dans la NFL, que dire du scandale des primes versées aux joueurs des Saints de La Nouvelle-Orléans qui parvenaient à blesser leurs adversaires? C’est sans doute l’histoire la plus sale et la plus révoltante qu’il m’ait été donné de voir depuis le début de ma carrière. Quand vous ne respectez plus vos adversaires, vous ne respectez plus personne.

Le monde du sport est aussi de plus en plus insensible. Nous vivons à une époque où un footballeur peut assassiner sa femme et se tirer une balle dans la tête quelques minutes plus tard, sous les yeux de son entraîneur et de son directeur général. Et le lendemain, après un court moment de silence, on dispute le match comme si de rien n’était. Après tout, the show must go on, n’est-ce pas?

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Pour être chroniqueur de sport ou pour lire les pages dites sportives en 2012, il fallait posséder des notions de médecine, de pharmacologie, de criminologie et… de finances.

Au cours de l’année qui s’achève, nous avons davantage parlé d’argent dans les pages sportives que dans n’importe quelle section réservée à l’actualité économique.

Il y a plusieurs années, la divulgation des salaires avait provoqué une révolution dans le monde du sport, en ce sens qu’elle avait permis aux joueurs de se comparer les uns aux autres et de mieux négocier leurs contrats.

Mais l’avènement des plafonds salariaux a poussé la note encore plus loin, à un niveau insupportable. Les directeurs généraux ne gèrent plus des équipes de sport, ils gèrent des masses salariales. Leur objectif ne consiste plus à assembler la meilleure équipe possible. Ils essaient d’abord d’embaucher quelques vedettes pour remplir les gradins, et ils les entourent de figurants qui feront un travail correct pour le moins d’argent possible. Les propriétaires font donc de plus en plus de profits et les amateurs qui paient le gros prix pour assister aux matchs en ont de moins en moins pour leur argent.

Les partisans n’apprécient plus l’effort sportif des joueurs. Ils veulent seulement les voir produire à la hauteur de leur salaire. Dans ce contexte malsain, les bas salariés qui produisent au-delà des attentes deviennent des héros parce qu’ils sont des « aubaines », au même titre qu’une télévision acquise dans les soldes d’après Noël.

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Depuis le déclenchement du lock-out de la LNH l’été dernier, c’est pire que jamais. Joueurs et propriétaires négocient et chiquent de la guenille sur la place publique. Dans quelle autre industrie a-t-on déjà vu les journalistes faire le pied de grue à la porte d’une salle de négociation? Et dans quelle autre industrie a-t-on déjà vu les négociateurs patronaux et syndicaux tenir des points de presse quotidiens sur l’allure des pourparlers?

La résultante, c’est que le sport est devenu un cirque. Des amateurs qui n’ont jamais lu une convention collective de leur vie s’obstinent sur ce que devraient être les conditions de travail des joueurs, ou encore sur la part de revenus qui devrait revenir aux joueurs et aux propriétaires. Les amateurs comparent leurs conditions de travail avec celles des joueurs et des milliardaires qui possèdent les équipes, et ils font du ressentiment. Ils les envient et ils les détestent. Et chaque jour de conflit qui passe, ils les jalousent et les détestent davantage.

Plus que jamais, le monde du sport en 2012 a été dépourvu de morale, de savoir-vivre et de valeurs.

Le plus inquiétant, c’est que le sport est le parfait reflet de la société qui l’entoure. Ceux qui ont suivi l’actualité au cours des 12 derniers mois seront sans doute d’accord avec cet énoncé.

L’année sportive 2012 achève. Bon débarras! L’année 2013 ne pourra certainement pas être pire.