Blogue de Martin Leclerc

Équipe Canada junior : une pyramide et l’effet papillon

Vendredi 21 décembre 2012 à 9 h 45 | | Pour me joindre

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Ces dernières années, j’ai eu le plaisir de diriger des équipes de hockey mineur à Lachenaie avec mon ami Claude Poirier. Non madame! Pas le chroniqueur judiciaire que vous voyez à la télé. Je parle du vrai Claude Poirier, qui est comptable, mais qui ne compte jamais les heures qu’il consacre bénévolement aux enfants.

Claude est une espèce de machine qui suit tout ce qui se déroule au sein du hockey mineur (et du baseball mineur) québécois. Il a deux fils qui ne sont pas du même âge? Pas de problème, il dirige chaque année deux équipes de hockey et deux équipes de baseball! Sans compter tous ces comités dans lesquels il siège pour s’assurer que tout soit le mieux organisé possible.

Sa vie est un feu roulant de séances d’entraînement, de matchs, de tournois, de camps d’entraînement de hockey qui chevauchent les championnats provinciaux de baseball, et de camps d’entraînement de baseball qui chevauchent les séries éliminatoires du hockey.

Ce type est incroyable! Rien ne lui échappe. Il apprend par coeur les calendriers de ses équipes le jour de leur parution. Il lui suffit d’observer un organigramme de tournoi durant deux minutes pour en déceler les failles. Il connaît tout le monde, partout. Ancien arbitre en chef à Montréal, il sait par coeur tous les règlements du hockey, mais aussi les règlements administratifs de Hockey Québec.

Voyez le genre? Claude Poirier est une espèce de bible du hockey mineur sur deux jambes.

* * *

Il y a quelques automnes, donc, Claude m’avait jeté par terre en me racontant qu’un retranchement de joueur dans la LNH avait eu des répercussions jusqu’au sein de notre association de hockey mineur.

- Mouhahahahahahahaha! Voyons donc Claude, tu pousses un peu fort! Comment veux-tu que la décision d’un entraîneur de la LNH puisse avoir des répercussions jusqu’à Lachenaie?

Il avait légèrement froncé les sourcils, un peu agacé par mon scepticisme.

- Telle équipe de la LNH a renvoyé le joueur A dans la LHJMQ. Et quand le joueur A est revenu avec son équipe de junior majeur, cette équipe avait une formation complète. Elle a donc été obligée de céder le joueur B au junior AAA de Terrebonne. À son tour, le junior AAA de Terrebonne a été obligé de renvoyer un joueur de 17 ans dans le midget AA. Et le midget AA vient de retrancher un joueur de Lachenaie, qui revient cette semaine jouer pour notre équipe midget BB. Je sais que ça semble farfelu, mais ce que je dis est vrai : un gars s’est fait retrancher dans la LNH, et cela a eu des répercussions jusque dans une équipe de Lachenaie!

En train d’attacher mes patins, incrédule, je me retrouvais soudainement en face d’un comptable élaborant la théorie de l’effet papillon, version hockey. Un peu comme la maxime de Benjamin Franklin :

À cause du clou, le fer fut perdu.
À cause du fer, le cheval fut perdu.
À cause du cheval, le cavalier fut perdu.
À cause du cavalier, le message fut perdu.
À cause du message, la bataille fut perdue.
À cause de la bataille, la guerre fut perdue.
À cause de la guerre, la liberté fut perdue.
Tout cela pour un simple clou.

* * *

Je ne l’ai jamais avoué à Claudius (c’est le surnom que je lui ai donné), mais cette amusante conversation a fini par changer ma façon de concevoir le monde du hockey et le sport en général.

Les joueurs et entraîneurs qui évoluent dans l’univers du hockey sont souvent convaincus de vivre en vase clos, ou de n’être en relation qu’avec la catégorie immédiatement inférieure ou immédiatement supérieure à celle où ils se trouvent. Ils font pourtant partie d’un vaste écosystème, d’une immense pyramide vivante dont ils sont des rouages essentiels et dont ils gravissent les échelons à leur rythme, d’année en année.

Mais dans les faits, aussi incroyable que cela puisse paraître, le petit hockeyeur de 11 ans issu du plus petit village québécois fait effectivement partie de la même pyramide que Sidney Crosby. Et suivant la théorie énoncée plus haut, un simple « battement d’ailes de papillon » peut avoir un effet dans la vie de l’un comme de l’autre.

* * *

Depuis que Hockey Canada a annoncé la composition de l’équipe nationale junior la semaine passée, je pense à Claude Poirier.

Cinq Québécois font partie de l’équipe nationale cette année, ce qui est presque de la science-fiction par rapport à la faible présence de nos joueurs au sein d’ECJ depuis le début des années 2000.

Et curieusement, quatre de ces joueurs (Jonathan Drouin, de Sainte-Agathe, Xavier Ouellet, de Terrebonne, Jonathan Huberdeau, de Saint-Jérôme, et Charles Hudon, de Boisbriand) proviennent tous de la même région! Ils sont presque voisins!

Il y a plus d’un demi-million de hockeyeurs au Canada et plus de 100 000 hockeyeurs au Québec. Et malgré cela, le Québec peine chaque année à placer plus de deux ou trois joueurs dans l’ECJ. Quelles étaient les chances de voir quatre joueurs du même coin et de la même ligue de hockey mineur décrocher une place dans cette formation?

Simple hasard? Ce serait beaucoup trop plate comme explication! Je préfère croire qu’il y a beaucoup de gens de hockey qui ont produit des « battements d’ailes de papillon » extrêmement positifs dans la région Laurentides-Lanaudière au cours des dernières années. Et je dis qu’il faudrait enquêter sérieusement pour essayer de reproduire ce qu’ils ont fait!

En attendant, suivons cette édition d’ECJ de très près, ne serait-ce que pour découvrir si des battements d’ailes de papillon survenus dans les Laurentides peuvent effectivement, comme le veut la théorie, déclencher une tornade en Russie, où sera disputé le Championnat mondial.