Blogue de Martin Leclerc

Citoyens de Glendale et contribuables québécois : même combat

Mercredi 28 novembre 2012 à 11 h 37 | | Pour me joindre

Pour me joindre

La séance du conseil municipal de Glendale faisait pitié à voir mardi soir.

Avant de décider s’ils allaient ou non accorder une aide financière de 320 millions de dollars à l’homme d’affaires Greg Jamison pour maintenir les Coyotes où ils sont, les conseillers municipaux et la mairesse sortante ont eu droit à un véritable film d’horreur.

D’abord, ils avaient le choix entre deux scénarios : saigner les coffres publics pour garder les Coyotes ou saigner les coffres publics pour assumer la dette du Jobing.com Arena tout en continuant à entretenir cet amphithéâtre vide, qui serait devenu un éléphant blanc au milieu du désert.

Une fonctionnaire est venue expliquer qu’à long terme, si tous les scénarios de fréquentation de l’amphithéâtre finissaient par se réaliser et si les revenus de taxes anticipés se matérialisaient, cette ville d’un peu plus de 200 000 habitants éprouverait toujours de sérieuses difficultés financières, mais serait légèrement en meilleure posture si elle dépensait 320 millions de dollars pour garder les Coyotes.

Par une majorité de 4-2, le conseil municipal a voté en faveur de l’aide financière à Jamison.

* * *

Pour y parvenir, une première ronde de coupes budgétaires provoquera une vague de suppressions de postes qui touchera tous les services offerts aux citoyens par la Ville (les parcs, les loisirs, les piscines publiques, les festivals, les bibliothèques, la voirie, etc.). Tous les services y passeront, sauf la police et la protection contre les incendies.

« Et dans cinq ans, nos coffres seront encore plus à sec et il faudra procéder à une deuxième ronde de compressions. La Ville sera alors confrontée à des choix encore plus difficiles. Il faudra soit abolir complètement des services, soit couper dans les budgets de la police et du service des incendies », a expliqué la fonctionnaire qui dressait le portrait financier de Glendale.

« Voyons donc, on ne peut pas anéantir complètement le service des loisirs! Que vont faire nos jeunes et nos enfants? Traîner dans les rues et former des gangs? », s’est interrogée la conseillère Norma Alvarez, qui a finalement voté contre l’entente.

Plus tard, un vieux citoyen s’est présenté au micro.

« Ça ne me dérange pas du tout que les piscines publiques, les parcs et les bibliothèques soient fermés. C’est le rôle des parents d’éduquer leurs enfants, pas celui de la Ville! Mais si vous envisagez de couper dans les budgets de la police et des pompiers, alors là, je débarque complètement », a-t-il lancé avant de tourner les talons.

« Vous allez réellement prendre 320 millions de notre argent pour le remettre à des multimillionnaires? Vous allez vraiment pousser au chômage des centaines d’employés de longue date, mettre des familles en péril et couper dans nos services pour donner notre argent à des multimillionnaires? », ont demandé quelques autres, incrédules.

D’autres, portant fièrement un chandail des Coyotes, venaient supplier les conseillers de maintenir l’équipe à Glendale et de laisser une chance à Jamison, qui a connu un franc succès à la barre des Sharks de San José.

* * *

En regardant ce désolant spectacle, il était difficile de ne pas trouver idiots les politiciens qui, au départ, ont décidé de piger dans les coffres publics et d’endetter la population de Glendale pour construire un amphithéâtre dont ils ont ensuite remis les clés à un propriétaire d’équipe de hockey.

Comment ont-ils pu croire une seconde que des millions allaient soudainement se mettre à pleuvoir sur leur ville parce qu’ils construisaient un aréna dont ils assumaient tous les risques et dont les éventuels profits étaient destinés au locataire? Tout cela, en sachant que jamais une étude indépendante n’est parvenue à démontrer que la présence d’une équipe professionnelle constitue un moteur économique dans une ville. Tout simplement parce que si les gens ne vont pas au stade ou à l’aréna, ils dépensent leur argent ailleurs.

Mais bon. Qui sommes-nous au Québec pour donner des leçons aux gens de Glendale?

Au cours des deux ou trois dernières années, même si nos gouvernements sont surendettés et même si nous sommes les contribuables les plus taxés en Amérique du Nord, nous avons dépensé entre 500 et 600 millions de dollars en deniers publics pour construire ou rénover des stades et des arénas destinés au sport professionnel.

L’amphithéâtre de Québec, construit à un coût surpassant les 400 millions de dollars, sera remis à Québecor et à son président Pierre Karl Péladeau.

L’amphithéâtre de 10 000 places de Laval, construit au coût de 120 millions de dollars, sera remis à la famille Molson. Geoff Molson en dévoilait d’ailleurs fièrement les plans cette semaine, comme si la place lui appartenait.

Les rénovations visant à accroître la taille du stade Saputo ont quant à elles coûté quelque 30 millions de dollars. Elles bénéficient à la famille du même nom.

Rapidement, ça fait plus d’un demi-milliard de dollars d’argent public versé à trois des plus riches familles du Québec.

Il y a aussi le stade Percival-Molson, qui a récemment été agrandi au coût de plus de 25 millions de dollars pour permettre aux Alouettes de recevoir quelques milliers de spectateurs de plus à leurs matchs.

Et la semaine dernière, le ministre des Finances du Québec nous présentait un budget rempli de contorsions de toutes sortes : augmentations de tarifs, augmentations d’impôt, travaux d’infrastructures (routes, échangeurs, hôpitaux) retardés, gels des budgets, compressions dans l’éducation. Et la semaine précédente, c’était le ministre fédéral qui, penaud, reportait encore d’une année l’atteinte du déficit zéro.

Les gens de Glendale n’ont pas l’air particulièrement brillants ce matin. Mais qu’ils se consolent, ils ne sont pas seuls.