C’est fait. Les propriétaires de la LNH ont décrété à minuit et une minute, dimanche, leur troisième lock-out en 18 ans. Étant donné l’influence et le contrôle que la Ligue et les dirigeants des équipes exercent sur les grands médias nord-américains, on souhaite maintenant bonne chance aux amateurs qui chercheront à s’informer pour comprendre et cerner les enjeux de ce conflit.
Pour ceux qui ne s’en sont pas rendu compte, il y a une chose qui a fondamentalement changé dans le monde du hockey depuis le lock-out de 2004-2005. Plusieurs grands médias ont déployé leur portefeuille et leurs tentacules pour acquérir des équipes et devenir membres du cénacle des propriétaires.
Et ce matin, alors que les joueurs viennent de se faire jeter à la rue, il est assez hallucinant de constater à quel niveau se situe la mainmise des proprios sur les médias et les journalistes auxquels les amateurs de hockey se fient pour s’informer.
Au Canada par exemple, Bell est actionnaire du Canadien de Montréal et des Maple Leafs de Toronto.
Bell Média détient 28 chaînes de télé traditionnelles, dont CTV, le premier réseau de télévision du Canada, et détient et exploite 30 chaînes spécialisées, dont TSN, la première chaîne spécialisée du Canada, et RDS, la première chaîne spécialisée de langue française du Canada. Bell Média détient également 33 stations de radio.
À quelle sorte d’objectivité ou de « contrôle du message » les amateurs de hockey canadiens et québécois auront-ils droit au cours des prochains mois lorsqu’ils regarderont les bulletins des nouvelles de CTV, TSN ou RDS, ou lorsqu’ils consulteront les sites Internet de ces stations ? La question se pose.
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Toujours parmi les actionnaires du Canadien, on retrouve la famille Thomson, qui détient 20 % des actions. Grâce à une exemption consentie par le bureau des gouverneurs de la LNH, cette famille détient aussi une très importante participation chez les Jets de Winnipeg. La société Woodbridge, contrôlée par les Thomson, détient 85 % des parts du Globe and Mail, le plus grand quotidien du Canada.
Un autre géant des télécommunications canadiennes, Rogers, se partage la propriété de M.L.S.E. (vaste conglomérat sportif dont les Maple Leafs de Toronto font partie).
Or, Rogers possède le réseau Sportsnet, un réseau de sport en continu qui diffuse sur l’ensemble du territoire canadien, ainsi que des centaines de sites internet, et 55 stations radiophoniques.
Durant ce lock-out, les journalistes de Rogers subiront-ils des pressions (directes ou indirectes) pour ne pas trop faire mal paraître les patrons de leur boîte ? On peut se le demander.
Et que dire de Québecor, qui est le plus grand éditeur de journaux du Canada, qui possède le plus important télédiffuseur privé de langue française ainsi qu’une nouvelle chaîne sportive, TVA Sports.
Le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, courtise Gary Bettman depuis deux ans pour accueillir une équipe dans l’amphithéâtre que les contribuables sont en train de lui construire à Québec.
Le commissaire de la LNH risque-t-il de se faire descendre en flammes dans les pages des journaux de l’empire ? Le point de vue des joueurs, qui ont sacrifié énormément lors du lock-out de 2004-2005 et qui ont vu la ligue encaisser des revenus records au cours des sept dernières années, sera-t-il véhiculé auprès des amateurs ?
Au Canada, la liste de magnats de l’information qui ont des intérêts dans des clubs de hockey et qui se trouvent en position de protéger leurs intérêts en contrôlant un très vaste pourcentage de l’information qui les concerne est absolument ahurissante. Elle donne froid dans le dos.
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De l’autre côté de la frontière, le plus important câblodistributeur américain, Comcast, est propriétaire des Flyers de Philadelphie. Or, Comcast possède aussi NBCUniversal. Et NBC est le seul diffuseur majeur de la LNH au pays de l’oncle Sam.
NBC diffuse à travers 200 stations affiliées partout sur le territoire des États-Unis. C’est un géant mondial de l’information, des communications et du divertissement qui possède un très grand nombre de chaînes d’information continue et plus d’une quinzaine de chaînes consacrées au sport.
Les liens entre NBC et la LNH sont si forts que des informations ont circulé ces dernières semaines selon lesquelles le réseau s’engageait à verser des droits de diffusion de 250 millions à la Ligue même si un lock-out devait empêcher la présentation de tous les matchs cette saison!
Copiez-collez toutes les questions que soulèvent les situations de conflits d’intérêts de Bell, de la famille Thomson, de Rogers et de Québecor, et elles s’appliquent de la même manière à NBC.
En lisant cette chronique, il y a sans doute des lecteurs qui se disent : « Voyons donc, la LNH est tellement une grosse machine. Ses dirigeants n’ont pas le temps de se préoccuper de ce qui se dit ou s’écrit à leur sujet. Ils n’ont aucun intérêt à contrôler l’information qui les concerne. »
J’ai une petite nouvelle pour vous.
La LNH possède un site Internet, traduit en huit langues, qui rejoint des millions d’amateurs de hockey à travers le monde. La saison dernière, la Ligue m’a demandé de collaborer à son site français, qu’elle était sur le point de lancer. Je n’ai posé qu’une seule question :
- Aurai-je la liberté de dire et d’écrire ce que je veux?
On m’a répondu par l’affirmative.
Puis assez rapidement, j’ai su que tout ce qui était susceptible d’être controversé était revu par une sorte de comité de censure à New York. Ma collaboration avec eux a donc été brève.
Tout cela pour dire que, si ces gens tentent de contrôler de simples échos de vestiaires ou des insignifiances du genre, n’y a-t-il pas de fortes chances qu’ils le fassent aussi pour un lock-out susceptible de leur infliger des centaines de millions en dommages de toutes sortes?