Blogue de Martin Leclerc

Le syndicat fantoche de Georges Laraque

Jeudi 23 août 2012 à 14 h 43 | | Pour me joindre

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Par souci de transparence, j’amorce cette chronique par un aveu. Il y a quelques années, au moment où j’étais l’employé d’un quotidien montréalais, j’avais signé une chronique enflammée dans laquelle j’encourageais les joueurs de la LHJMQ à se regrouper (et donc à se syndiquer) pour faire valoir leurs droits.

À l’époque, un peu comme Gilles Lupien l’a mentionné cette semaine, il me semblait inadmissible que les allocations versées aux joueurs soient restées les mêmes durant plus de trois décennies.

Encore aujourd’hui, même si je sais fort bien que la réalité économique des équipes n’est pas partout la même, il m’arrive d’imaginer Patrick Roy et ses partenaires des Remparts (l’équipe attire environ 360 000 spectateurs par saison) nager dans l’argent.

Je trouvais aussi anormal qu’on impose à des joueurs-étudiants un calendrier et des voyages trop exigeants. À l’époque, on pouvait arguer qu’un joueur des Foreurs de Val-d’Or ou des Huskies de Rouyn-Noranda consacrait plus de temps aux voyages au cours d’une saison qu’un joueur des Rangers de New York ou des Capitals de Washington.

Encore récemment, j’ai été abasourdi en voyant à quel point on a pressé le citron avec de brillants espoirs comme Sean Couturier et Jonathan Huberdeau, dont les équipes se sont rendues jusqu’à la Coupe Memorial. Ils n’ont à peu près pas eu de période de repos pendant deux ou trois ans parce qu’Équipe Canada occupait tous leurs temps libres avec des camps estivaux, des matchs préparatoires et des championnats de toutes sortes.

L’importance accordée aux études des joueurs me semblait aussi déficiente. Les chiffres qui m’avaient été fournis par le programme sports-études montraient qu’un grand nombre de joueurs abandonnaient tous leurs cours ou plusieurs cours durant la session d’hiver, au moment où leur équipe s’engageait dans la dernière ligne droite du calendrier et dans les séries éliminatoires.

Encore aujourd’hui, je pense qu’il serait relativement simple pour les dirigeants du hockey junior d’exiger que tous leurs joueurs fréquentent une école et qu’ils réussissent un nombre minimal de cours. Il me semble que ce serait faisable d’implanter une politique qui dirait : étudiez pour devenir médecin, professeur ou menuisier. Mais étudiez tous, sans exception!

Naissance douteuse

J’ai écrit tout cela dans le passé, même si je considérais la LHJMQ comme un incroyable circuit d’excellence. Je le pense encore d’ailleurs. Les hockeyeurs de la LHJMQ sont à mes yeux de jeunes privilégiés qui acquièrent une inestimable expérience de vie. Je pense aussi que l’encadrement offert aux joueurs s’est très nettement amélioré au cours des dernières années.

Cela dit, je regarde encore le hockey junior avec un œil critique parce que c’est mon job et parce que rien n’est parfait.

Aussi imparfait puisse être le monde du hockey junior, cette idée de création d’un syndicat représentant les hockeyeurs juniors canadiens m’apparaît tout à fait ridicule! En tout cas, les gens qui disent piloter ce projet ne le mènent pas de manière suffisamment crédible pour qu’il soit pris au sérieux.

J’ai commencé à sérieusement déchanter il y a deux jours quand Georges Laraque a annoncé sur sa page Facebook qu’il avait été nommé directeur de « l’Association des joueurs de la Ligue canadienne de hockey ». Vraiment ?

La création et la naissance d’un syndicat international (1) de joueurs âgés de 16 à 20 ans au sein d’une des plus grandes institutions sportives canadiennes constitue une gigantesque nouvelle, tant d’un point de vue sociétal que sportif. Et des embûches énormes se dressent sur la route de ceux qui mènent ce projet (ou qui prétendent l’avoir réalisé, c’est selon).

Par exemple, on ne sait même pas si les joueurs d’une ligue de hockey amateur pourraient se qualifier à titre de travailleurs ou d’employés au sens du Code du travail.

Il y a toute une côte à remonter pour leur faire reconnaître un tel statut par les tribunaux. Pour mener une bataille juridique d’une telle complexité, on se serait attendu à ce qu’on nous présente un avocat ou un négociateur de renom.

On a plutôt accouché de… Georges Laraque, le tout nouveau joueur de la Ligue québécoise de football senior (n’ambitionnait-il pas, il y a quelques semaines, d’effectuer un retour dans la LNH?) et membre du Parti vert.

Aussi, compte tenu de l’importance du poste, des responsabilités que Laraque prétend détenir et de l’ampleur de sa nouvelle tâche, on se serait attendu à un point de presse ou à un communiqué officiel pour annoncer sa nomination.

Une autopub sur Facebook ? Ça ne fait pas sérieux.

Il serait par ailleurs intéressant de savoir qui sont les personnes qui ont nommé Laraque à ce poste de « directeur exécutif ».

Ne revient-il pas aux membres d’un syndicat de voter et de choisir ceux qui les représentent? Toutes les équipes juniors majeures au pays sont au beau milieu de leur camp d’entraînement. Cela signifie qu’environ 25 % de l’effectif du « syndicat » n’est pas encore officiellement déterminé.

Aucune assemblée de joueurs n’a encore eu lieu, selon mes infos.

Aucune existence légale

En plus, jeudi après-midi, tant à la Commission québécoise des relations de travail qu’à Ressources humaines Canada, on était incapable de trouver la moindre trace d’une demande d’accréditation provenant d’un syndicat désirant représenter les joueurs du hockey junior majeur canadien.

Inexpérimentés, la plupart des soi-disant membres du syndicat ne savent pas ce qu’est un syndicat. En fait, leur syndicat n’a même pas d’existence juridique. Et les joueurs n’ont pris part à aucune assemblée pour déterminer ce qu’ils veulent accomplir. Mais qu’ils se consolent : ils ont un directeur!

Et Georges Laraque a un plan. Il dit que son organisme considère que les allocations hebdomadaires de 50 $ versées aux joueurs sont acceptables. En revanche, selon lui, il faut réformer le programme de bourses d’études pour en accroître les bénéfices et la portée.

Selon Laraque, des avocats travailleront gratuitement « pour le moment », afin d’aider la nouvelle association à négocier ces nouveaux avantages auprès des dirigeants de la Ligue canadienne de hockey.

Ce qui nous amène à la prochaine question : combien ça coûte d’opérer un syndicat international, bilingue, dont les 1200 membres sont répartis sur plusieurs fuseaux horaires, des provinces maritimes jusqu’au Pacifique?

La facture monte rapidement. On imagine des frais de bureau, de téléphone, de déplacements, le salaire d’une ou deux secrétaires, d’éventuels frais d’avocats, l’éventuel salaire du fameux directeur, sans compter les émoluments de ceux qui ont nommé Laraque à son poste et qui semblent tirer les ficelles.

Et on se demande rapidement quelle sorte de contrôle exerceraient des jeunes de 16 à 20 ans, qui ne font que passer au hockey junior, sur des employés permanents ou sur des adultes qui semblent déjà avoir bien peu d’intérêt à les consulter?

Et puis, peut-on moralement envisager de prélever des cotisations syndicales auprès de jeunes qui ne gagnent que 50 $ par semaine?

Honnêtement, jusqu’ici, ce projet ressemble à une planque d’adultes qui ont mis la charrue avant les bœufs et qui se sont dit : « Nous voulons le bien des jeunes hockeyeurs et nous allons l’avoir. »

Je trouve ça plutôt inquiétant.

(1) Plusieurs équipes des ligues de l’Ouest et de l’Ontario sont basées aux États-Unis.