Blogue de Martin Leclerc

Qui sélectionnera le magicien de Lac-Beauport?

vendredi 22 juin 2012 à 12 h 02 | | Pour me joindre

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Cette année, le joueur qui pique le plus ma curiosité au repêchage de la LNH ne s’appelle pas Yakupov, Galchenyuk, Forsberg ou Terravainen.  

Son nom est Kevin Roy. C’est un petit magicien de 1,75 m (5 pi 9 po), qui pèse à peine 75 kg (165 lb) et qui est natif de Lac-Beauport.

Au Québec, bien qu’il soit une vedette de YouTube depuis l’âge de 13 ans (ses feintes époustouflantes ont été visionnées plus de un million de fois), Kevin Roy est en quelque sorte passé sous le radar ces dernières années parce qu’il a quitté notre système de développement pour porter les couleurs d’un Prep School du Massachusetts.

Cette saison, Roy a fait le saut dans la ligue de hockey junior des États-Unis, la USHL, pour mieux se préparer pour les rangs universitaires l’an prochain. Il s’était engagé avec Brown pour la saison 2012-2013, mais il a changé d’idée en cours de route et il semble qu’il se joindra plutôt à une équipe de la LHJMQ.

Roy, donc, portait les couleurs de l’équipe de Lincoln dans la USHL cette saison. Et il a totalement éclipsé la compétition comme en témoignent ses 54 buts et ses 50 mentions d’aide en 59 matchs. Avec sa formation, Roy a devancé son plus proche coéquipier de 49 points!

Selon la Centrale de recrutement de la LNH, depuis que la USHL a été restructurée en 2002, aucun joueur de cette ligue n’était parvenu à atteindre le plateau des 50 buts. Par ailleurs, depuis la saison 1998-1999, aucun joueur de la USHL n’avait réussi à franchir le cap des 100 points dans une même saison.

On parle donc d’un talent vraiment spécial.

Au cours des 10 dernières années, la USHL a produit 20 choix de deuxième tour et 18 choix de premier tour dans la LNH. Et aucun d’eux n’est même parvenu à s’approcher des statistiques compilées par Kevin Roy. Ce n’est pas rien!

Parmi les 18 choix de premier tour qui ont joué dans la USHL au cours des dernières années, on retrouve deux joueurs du Canadien : Max Pacioretty et Louis Leblanc.

Pacioretty a inscrit 21 buts et fourni 42 passes en 60 matchs à ce niveau, tandis que Leblanc a marqué 28 buts et inscrit 31 passes. On parle de plus de 40 points de différence par rapport à Kevin Roy…

Mais voilà, à cause de sa petite taille, et même s’il a été choisi à titre de joueur par excellence de sa ligue, Roy a été classé au 80e rang (en deuxième moitié du troisième tour) par la Centrale de recrutement de la LNH. Pour une équipe comme le Canadien, qui cherche à se redonner un visage francophone, il s’agit d’une occasion en or de mettre la main sur un talent exceptionnel après le premier tour.

Au Québec, nous connaissons fort bien les histoires de petits joueurs qui ont été boudés par de nombreuses formations avant de devenir des piliers offensifs dans leur équipe. Martin St-Louis, David Desharnais, et même Daniel Brière qui a déjà été ignoré par toutes les formations de la LNH au ballottage, en sont de beaux exemples.

Les recruteurs disent que Roy manque de force physique et d’explosivité sur patins. Mais ils vantent tous sa patience avec la rondelle, ses habiletés exceptionnelles de manieur de bâton, sa vision du jeu et son incroyable capacité de créer des ouvertures sur la patinoire. Comme le disent les vieux recruteurs, il est beaucoup plus facile de faire prendre du muscle à un jeune joueur que de lui inculquer du talent…

En fin de semaine, donc, je m’attarderai particulièrement sur le cas de Kevin Roy. Je suis curieux de voir quel recruteur en chef et quel directeur général auront suffisamment de flair – ou le goût du beau risque – pour miser sur lui.

Pour le reste, comme je l’ai déjà écrit dans une chronique précédente, le repêchage de cette année s’annonce encore assez décevant pour le Québec.

Je dresserai un portrait complet de la situation dans ma chronique de dimanche.