Blogue de Martin Leclerc

Les 100 hauts salariés de Forbes et les pauvres de la LNH

mardi 19 juin 2012 à 21 h 25 | | Pour me joindre

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J’aime bien quand le magazine Forbes publie ses listes d’équipes professionnelles les plus rentables ou d’athlètes les mieux payés. Ça ne change pas grand-chose à nos vies, mais ça fait jaser.

Ça fait plus de 20 ans que je m’intéresse aux évaluations et aux relevés de Forbes qui, au cours des années, ont souvent été démentis avec beaucoup de ferveur et tournés en ridicule par les dirigeants d’équipes de sport professionnel.

Les chiffres avancés par Forbes sont-ils fiables ou pas? Je me le suis longtemps demandé, jusqu’à ce que l’irrévérencieux site Internet Deadspin publie, il y a deux ans, les vrais états financiers des Pirates de Pittsburgh, des Rays de Tampa Bay, des Marlins de la Floride, des Angels d’Anaheim, des Mariners de Seattle et des Rangers du Texas.

En allant comparer les vrais bilans financiers de ces formations avec les évaluations de Forbes, j’avais été stupéfait de constater à quel point les différences étaient minimes. On aurait presque cru que le magazine avait eu accès aux vrais chiffres.

La grande révélation de la fuite de documents dont Deadspin avait bénéficié était que les équipes du baseball majeur faisaient des déficits fictifs ou réduisaient grandement leur marge de profits, aux fins d’impôts, en amortissant les joueurs qui composaient leur formation. Un peu comme le comptable de n’importe quelle compagnie déprécie les vieux ordinateurs, la photocopieuse et le mobilier du bureau.

Évidemment, les équipes de la LNH font la même chose.  

Mais bon, revenons à nos moutons.

Forbes publiait cette semaine sa liste annuelle des 100 athlètes les mieux payés du monde. Dans ce palmarès des gens riches et célèbres, on retrouve des boxeurs (Floyd Mayweather et Manny Pacquiao sont les deux athlètes qui ont empoché le plus d’argent au cours de la dernière année), des golfeurs (Tiger Woods, Phil Mickelson, etc…), des joueurs de soccer, des joueurs de tennis, des tonnes de joueurs de la NFL, quelques joueurs de cricket, un grand nombre de baseballeurs et de joueurs de basket… alouette!

Mais aucun hockeyeur.

Aucun joueur de la LNH n’apparaît sur cette liste, même si cette ligue a pourtant vu ses revenus grimper de 2 milliards à plus de 3 milliards au cours des sept dernières années. La valeur des franchises a aussi grimpé en flèche, comme en témoignent les sommes colossales que la famille Molson (575 millions pour le Canadien) et les multinationales Bell et Rogers (1,32 milliard pour les Maple Leafs et le reste de l’empire MLSE) ont dû payer pour accéder au cénacle des propriétaires.

Le joueur le mieux payé de la LNH cette saison était Brad Richards, qui empochait 12 millions de dollars, alors que le 100e athlète le mieux payé selon Forbes, le lanceur Jake Peavy, a touché 16,6 millions au cours de la dernière année.

Financièrement, malgré la très grande santé financière de leur industrie, les grandes vedettes de la LNH ne s’approchent donc même pas des vedettes des autres grands sports nord-américains.

En fait, les meilleurs hockeyeurs de la LNH piétinent depuis la signature de leur dernière convention collective. Au cours des sept dernières années, tout le monde a eu l’impression que les joueurs vedettes – ceux qui dictent l’allure du marché – passaient à la caisse plus que jamais.

Dans les faits, leurs salaires n’ont absolument pas évolué.

En 2003-2004, la dernière saison qui a précédé le lock-out, les cinq meilleurs joueurs de la LNH empochaient collectivement 52 millions. Cette année, les cinq plus hauts salariés de la ligue ont touché… 51 millions.

Il y a quelques semaines, on m’a raconté qu’à l’occasion de leur réunion de fin de saison, les entraîneurs d’une équipe de la LNH ont appris que leur patron s’attendait à ce qu’un conflit de travail éclate l’automne prochain.

–          Il va y avoir un autre lock-out, ont demandé les entraîneurs?

–          Non, nous pensons que les joueurs vont déclencher une grève, leur a-t-on répondu.

Voilà qui est fort intéressant.

La plupart des analystes croient que les joueurs de la LNH se pincent tous les jours et se considèrent comme chanceux de vivre sous les termes d’un contrat de travail qui leur a été dicté par les propriétaires après le long lock-out de 2004-2005.

Voilà des sons de cloche qui suggèrent que ce n’est peut-être pas le cas.