Ça fera deux ans demain que les Devils du New Jersey ont fait l’acquisition d’Ilya Kovalchuk. Et il serait intéressant de soumettre Lou Lamoriello au test du polygraphe pour savoir s’il referait cette transaction, et s’il signerait à nouveau le contrat de 100 millions (15 ans) qu’il a par la suite consenti au grand attaquant russe…
Parce que dans l’histoire du hockey, rarement a-t-on vu une transaction changer le destin d’une équipe de façon aussi nette.
Le 4 février 2010, les Devils occupaient le 2e rang dans l’Association de l’Est en vertu d’une fiche de 35 victoires et 20 défaites. Leur machine de hockey était parfaitement rodée en plus d’être régulière comme une horloge atomique. Depuis le milieu des années 1990, à l’exception des Red Wings de Détroit, aucune équipe n’avait connu plus de succès que les Devils dans la LNH.
Mais depuis la célèbre transaction, leur fiche est de… 78 victoires et 80 défaites. Aussi, les Diables du New Jersey ont été éliminés en première ronde des séries en 2010, puis ils ont raté le grand rendez-vous du printemps en 2011, chose qui ne leur était pas arrivée depuis 1996.
Certes, les Devils ne marquaient pas beaucoup de buts lorsqu’ils ont réussi ce beau coup de filet. Mais ils figuraient année après année parmi les meilleures équipes défensives de la ligue. C’était d’ailleurs leur marque de commerce.
Quand l’occasion d’acquérir Kovalchuk s’est présentée, le calcul semblait vraiment simple. L’ajout d’un marqueur capable d’enfiler 50 buts dans une équipe aussi hermétique en défense, était censé refaire des Devils de sérieux aspirants à la Coupe Stanley. Lamoriello, qui voue presque un culte au Canadien des années 1970, croyait avoir trouvé son Guy Lafleur.
C’est pourtant tout le contraire qui s’est produit.
Au cours des trois dernières saisons, Kovalckuk a été l’attaquant le plus utilisé dans la LNH. Et depuis qu’il s’est joint aux Devils, il a récolté 61 buts et 70 passes en 153 matchs. Ce qui n’est pas mal en soit.
Les entraîneurs des Devils, y compris Jacques Lemaire, se sont dit que si leur patron versait autant d’argent à Kovalchuk, ils devaient le faire jouer beaucoup. Et ils ont poussé cette logique jusqu’au bout, en concluant que leur mandat ne consistait pas à soumettre Kovalchuk à leur carcan défensif.
Insérez Picasso ou Monet parmi un groupe d’adeptes de la peinture à numéro, et il y a de fortes chances que les autres élèves soient tentés d’expérimenter leurs propres coloris et leurs propres esquisses à l’occasion. Résultat : ce n’est plus de la peinture à numéro.
C’est un peu ce qui s’est produit avec les Devils, qui se sont éloignés de leur identité et qui sont désormais 18es en défense. Depuis l’arrivée de Kovalchuk (sur 158 matchs), ils ont accordé 45 buts de plus qu’ils n’en auraient alloués s’ils avaient conservé leur moyenne défensive des quatre saisons précédentes.
Et le plus renversant, c’est que l’équipe ne marque pas plus de buts depuis la transaction! Leur moyenne annuelle est passée de 222 à 200 buts marqués, un rendement offensif qui les places parmi les équipes du « tiers-monde » de la LNH.
On a l’habitude de rigoler gentiment quand les hockeyeurs nous parlent de la chimie qui doit exister dans une formation pour qu’elle connaisse du succès. Or, les Devils l’ont démontré concrètement : l’ajout d’un seul électron libre a complètement bousillé une formule qu’ils avaient peaufinée pendant des années.
Dommage.